Pour qui sonne le glas de Glasgow ?

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Le seul scénario un tant soit peu optimiste avant dix ans serait de rêver à une ONU vraiment unie contre le réchauffement. Soit sans Xi Jinping ni Poutine. Utopie…

Olivier Magnan, rédacteur en chef

La COP26 de Glasgow sera un échec, à tout le moins un sommet international en demi-teinte, d’où ne jaillira pas le grand élan, la forte impulsion, la poussée forte, vitale pour que chaque pays s’inscrive dans le processus de réduction des gaz à effet de serre. L’absence des trois plus gros pollueurs, la Chine, la Russie et le Brésil, suffit à elle seule à condamner à l’impuissance cette réunion des dernières chances à échelle planétaire.

Ces mêmes absents avaient pourtant, au sein du BRICS – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – obtenu lors de la COP précédente de conditionner l’engagement des « pays du Sud » (comme si la Chine et la Russie en faisaient partie !) au respect des engagements des pays développés de l’hémisphère nord. Brillante façon pour les « faux sous-développés » de ne pas s’engager (sinon par des objectifs intenables, comme la Chine), bien certains que les pays dits développés ne tiendraient pas lesdits objectifs…

Un autre signal fort, passé inaperçu au moins en France, signait dès janvier 2020 l’échec annoncé du sommet de Glasgow en Écosse : l’éviction sèche de celle qui aurait dû présider la COP26, Claire O’Neill.

Qui est-elle ou qui « était »-elle ?

Rien de moins que la ministre de l’Énergie et de la Croissance forte du gouvernement de Boris Johnson, le Premier ministre britannique. L’homme à la tignasse en bataille l’a limogée dès janvier pour la remplacer par Alok Sharma, un parlementaire conservateur, l’un de ces ministres récurrents à des fonctions variables à la mode française, mais pas du tout impliqué dans les questions environnementales. Bien plus pratique pour un chef d’État qui se défie des Claire O’Neill, version adulte des activistes à la Greta Thunberg.

Car la limogée promettait des étincelles à la présidence de la COP. Pour une parlementaire qui avait crûment demandé à qui « elle devait faire une pipe » (sic) pour s’exprimer à la tribune, le sommet de Glasgow eût été un porte-voix manifestement politiquement incorrect.

Or il faut désormais des attitudes politiquement incorrectes pour susciter des mesures à la hauteur des catastrophes déjà inévitables : le Premier ministre Johnson avait pourtant accrédité le chiffre de 415 ppp de CO2* relevé dans le monde. Soit les conditions qui prévalaient, disent les climatologues, il y a 3 millions d’années, quand les océans étaient de 20 mètres plus hauts.

La COP26 se résumera aux pitreries du représentant britannique – il s’est mis dans la peau d’un James Bond qui dispose d’une minute pour désamorcer la bombe qui emportera l’humanité –, l’endormissement du vieux président américain Joe Biden en pleine séance et le silence tactique des absents.

Reste le président français à quelques mois d’une échéance qu’il n’est pas sûr de remporter. Facilement démarqué par un discours ambitieux et une jeunesse qui tranche avec les vieux bonzes embourbés dans un système et des lobbys qui les submergent, il a sans doute œuvré à cet engagement (fragile !) de 100 milliards d’aide aux pays faibles pour les accompagner dans leur décarbonation. Mais cette fois, pas de « quoi qu’il en coûte » qu’auraient pu reprendre en chœur les détenteurs des moyens colossaux à engager pour sauver une partie de l’humanité. Voire l’humanité tout entière.

À part l’aumône de quelques milliardaires en plein écoblanchiment, la COP26 entonne un couplet style « après nous, le Déluge ». Cette humanité d’extrêmes pauvres à hyper-riches doit-elle à jamais se diviser en 195 pays et en 195 dirigeant·es mu·es par des intérêts minuscules face à des risques colossaux ? Un optimiste n’aurait qu’un scénario en tête, et il n’est pas si optimiste : que face aux désastres engagés, une ONU transcendante et non complotiste parvienne à unifier et la stratégie de décarbonation planétaire et les capitaux inouïs nécessaires ! Ce ne sera pas avec la COP27 réclamée par Sissi, le dictateur égyptien, que le monde restaurera sa moindre chance de salut.

L’ancien président Hollande qui défendait chez On est en direct de Laurent Ruquier, le 30 octobre, son bilan écologiste (dont la COP21 de 2015) ose dire encore qu’il ne faut pas dire que rien n’est possible. « Des solutions existent », glisse-t-il sans grand risque. Nous qui publions le tout nouveau magazine GreenID résolument activiste à sa manière en sommes persuadés.

 

* 415 parties par million. Depuis les prémices de la civilisation humaine jusqu’à l’ère industrielle, ce chiffre ne dépassait pas 275 ppm de CO2.

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