On n’arrête pas tout et on ne réfléchit pas, et c’est triste

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Cette parodie d’une BD culte post-soixante-huitarde traduit une actualité inquiétante : ce pays n’est pas très au clair sur son devenir.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Pour le dire tout net, ce pays en prévacances va se confronter à des hordes de touristes jamais vues qui vont se heurter aux déficiences ferroviaires ou aux grèves aéroportuaires. Des foules masquées ou pas, entre retour de covid et besoin de respirer dans la canicule, se préparent à un été embrasé.

Car bien sûr, nos massifs forestiers vont brûler, allumés par des fumeurs ou des pyromanes. Des orages de grêlons vont ruiner les assureurs et les agriculteurs.

Sous peu, depuis le Fort de Brégançon, un président procrastineur qui ne sent toujours pas le besoin de se presser pour mettre en place un commando de ministres efficaces de préférence non-harceleurs va présidentialiser, empêché par une Assemblée nationale dont la mission sera de voter des motions, de bloquer et d’atermoyer.

Dans la France profonde, des histoires se télescopent, image des incohérences humaines. Je connais bien Titine, une laie sympa comme tout qui se promène en toute liberté du cap Hornu à l’esplanade de Saint-Valery-sur-Somme, nourrie (un peu trop) par l’association des Ami·es de Titine. Las, le maire de Saint-Valery craint qu’elle ne renverse un enfant ou une trottinette et veut l’exfiltrer vers un parc animalier en Normandie ou l’abattre. Un collectif des amis de la laie s’insurge, jusqu’à se relayer pour empêcher son kidnapping. Au final, on se dirige vers une solution : parquer sur place Titine dans un enclos de plusieurs hectares. La laie ne déambulera plus parmi les touristes, pas plus dangereuse qu’un gros chien en liberté, mais la hargne est bien là : au moindre incident, disent les élus du coin, elle sera abattue, rêve de tout bon maire, sans doute. Abattre. C’est tellement plus simple.

À Nice, pendant ce temps, une trottinette folle « abat » un gamin de cinq ans, Ukrainien réfugié avec sa famille, qui traversait sur un passage dit « protégé ». Fuir la guerre pour mourir ainsi. Imagine-t-on la douleur des parents ? Le trottinetteur fou sera sans doute condamné pour avoir causé involontairement la mort dans un accident. Il s’en tirera à bon compte.

Il est temps, dans ce pays pas très au clair, de se redonner un sens, un objectif et des priorités. Le système économique capitaliste est justement taillé pour s’adapter, comme le démontre dans tous ses livres un pragmatique si peu révolutionnaire comme Patrick Artus. Mais cette adaptation est tellement libre qu’il faut la canaliser, ce qui n’est pas le cas. La transition écologique doit devenir ce la, ce repère absolu de toute décision dans un pays déboussolé où les cultivateurs ne produisent plus que du blé en forte demande qui rapporte et les constructeurs auto des véhicules électriques aberrants dépendant des terres rares et des composants extraits de mines asiatiques esclavagistes.

Il fut un temps où feu Gébé nous gratifia d’une BD culte, On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste. Lui prônait le retour illusoire à la simplicité et à la frugalité. Il nous faut désormais réfléchir à un On arrête tout, on réfléchit et on cesse de foncer dans le mur.

Le doyen de la tribu. Ai connu la composition chaude avant de créer la 1re revue consacrée au Macintosh d'Apple (1985). Passé mon temps à créer ou reformuler des magazines, à écrire des livres et à en traduire d'autres. Ai enseigné le journalisme. Professe l'écriture inclusive à la grande fureur des tout contre. Observateur des mœurs politiques et du devenir d'un monde entré dans le grand réchauffement...

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