N’oublions pas les classes moyennes…

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Geoffrey Wetzel,
journaliste-chef de service

Le nombre de millionnaires, en France, explosera dans les quatre prochaines années. La pauvreté, elle, augmente régulièrement depuis quinze ans. Au milieu, les classes moyennes… oubliées.

Les politiques les chérissent. Les politiques les chouchoutent. Les politiques les instrumentalisent. À droite comme à gauche : dès 2012 Sarkozy reprochait à Hollande au cours de sa campagne « une attaque sans précédent contre les classes moyennes ». « Les classes moyennes n’ont rien reçu depuis cinq ans », rétorquait le candidat socialiste. Les années passent, et c’est au tour de Jean-Luc Mélenchon de voler au secours de cette France du milieu : « La classe moyenne porte tout le poids de l’impôt sur son dos ! » Puis, place à Marine Le Pen qui reprochera au président Macron de préparer « le grand déclassement des classes moyennes ».

Derrière les envolées lyriques, la réalité. Les millionnaires seront plus nombreux en France d’ici à quatre ans – le Global Wealth Report de Crédit Suisse estime qu’ils seront 3,9 millions en 2026 contre 2,8 millions aujourd’hui. À l’opposé, la pauvreté augmente depuis 15 ans – on compte environ 9 millions de pauvres si l’on retient le seuil de 60 % du niveau de vie médian. Au-delà des inégalités qui se creusent, une surprise pour personne, c’est aussi la classe moyenne qui s’effrite…

… Cette catégorie d’actifs qui incarne la France du « ni-ni ». Ni trop pauvre, ni trop riche. Ces classes moyennes asphyxiées par des prélèvements obligatoires élevés et souvent exclues des subsides de l’État. Ces « Français moyens » frappés par l’inflation qui ne bénéficient pas de la prime exceptionnelle de rentrée mise en place par le gouvernement en septembre, réservée aux bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, aide personnalisée au logement (APL), minimum vieillesse, allocation adulte handicapé, etc. Ces actifs à qui l’on refuse la prime d’activité dès lors qu’ils perçoivent chaque mois environ 1 800 euros (s’ils sont célibataires et sans enfant). Bref, 1 800 euros, seuil de démission pour l’État-providence ?

La classe moyenne, en voie de « démoyennisation » ? Jérôme Fourquet, politologue et auteur de La France sous nos yeux, le remarque à travers son analyse des évolutions de consommation. Pour lui, « c’est le bas de la classe moyenne qui a décroché ». L’offre de consommation se scinde en deux : le premium et le discount. La marque et la sous-marque. L’obsession des classes moyennes ? « Si à 40 ans, tu ne peux pas payer des Nike ou du Nutella à tes enfants, tu as raté ta vie », illustre Jérôme Fourquet en référence à Jacques Séguéla et sa rolex. D’un côté les classes moyennes qui imitent les catégories sociales aisées, de l’autre celles qui ne peuvent qu’adopter des modes de consommation plus populaires.

L’on vit une période marquée par une demande de hausse des salaires. Les classes moyennes, plus que jamais, réclament leur part du gâteau. Depuis 1982, le Smic s’indexe sur l’inflation. Ce qui n’est plus le cas des salaires intermédiaires. Ceux des classes moyennes. Les hausses successives du salaire minimum entraînent un rapprochement des salaires les plus bas avec les salaires du milieu. « Avec 1 300 euros net par mois, quand vous ajoutez la prime d’activité pour une personne seule à 200 euros, vous arrivez à 1 500 euros net chaque mois […] Augmenter très fortement le Smic risque de conduire à une forme de smicardisation de la société où les salaires les plus bas se rapprochent des salaires intermédiaires pour ne constituer plus qu’une catégorie […] Le problème n’est pas tant ce jeune de 18 ans sans expérience ni formation qui perçoit un revenu à 1 500 euros net par mois, mais cette femme de 40 ans, diplômée et expérimentée, qui plafonne à 1 700 euros », me confiait en mai Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.

Ne pointons pas du doigt les actifs payés au Smic qui voient leur salaire augmenter – eux sont les premiers à souffrir de l’envolée des prix. C’est indéniable. Mais n’oublions pas non plus leurs voisins du dessus, à qui l’on demande beaucoup sans trop récompenser.

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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