Les réussites d’un Quotidien

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Chaque soir sur TMC, une tranche d’information qui déplaît souverainement à la bien-pensance réconcilie avec l’inventivité journalistique.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Êtes-vous un conditionnel de Quotidien ? Non ? Vous devriez. Le talkshow présenté par Yann Barthès depuis 2016 rompt avec les JT, davantage encore avec les plateaux vitupérants. Le style même de la tranche d’info qui commence à 19 h 30 sur TMC, une chaîne du groupe TF1, dépasse son autoprésentation même : « Toute l’année, Yann Barthès et son équipe décryptent l’actualité et le monde qui nous entoure. Politique nationale et internationale, musique, cinéma, culture, question de société, sport : Quotidien passe tout au crible avec une pointe d’impertinence. » Une pointe ? Un gros clou, alors, qui s’enfonce avec précision, inexorablement, dans toutes les chairs vives des sociétés, mais jamais pour faire vraiment mal.

Dans le paysage déprimant, désespérant parfois par son indigence des « programmes » télévisuels formatés TNT, ce rendez-vous du début de soirée réconcilie avec un journalisme pas comme les autres. Ses animateurs n’ont pas leur pareille pour décrypter, démonter, découdre, décomposer, déstructurer la matière même de l’info des autres chaînes. Leurs coups de « dé » quelque chose dérange. Mais la réalité des choses et des êtres jaillit de la déconstruction même des sujets. À coups de montages syncopés, certains personnages, politiques ou pas, volontairement caricaturés, redoutent la mise en évidence de leurs tics, tocs et autres manies.

N’est-ce pas aussi de l’information ? Les bruits de bouche du Premier ministre Castex (systématiquement traqué) ne sont-ils pas un élément de sa vérité ? Son impatience, ses distractions lors de ses innombrables déplacements dans la France entière ne rapprochent-ils pas l’homme de l’élite du Français moyen ? Les phrases jamais terminée d’un François Bayrou, tolérées par les journalistes du main stream, en disent plus sur le responsable du Plan une fois mises en évidence. Quand le journaliste Julien Bellver, aux commandes de 19:30 Les médias monte en parallèle un comparatif des JT et des débats focalisés sur le traitement d’une information, il nous livre une métavision unique puisque nous sommes incapables de zapper entre les chaînes : il en ressort une image vraie de l’info qui nous est servie, comme ces séquences de dessins que l’on fait défiler du pouce et qui restituent le mouvement.

Le sous-titrage même de l’animateur, Barthès, par ses mimiques, ses gestes, ses clins d’œil, ses citations osent casser une séquence que l’on n’aurait pas vue de la même façon : c’est une forme de commentaire.

Alors, bien sûr, Quotidien est honni, discrédité, fustigé par des politiques échaudés et des journalistes « sérieux » que les trouvailles inouïes de leurs confrères décalés exaspèrent au plus haut point. Eux et elles qui « montent » leurs sujets, leurs articles et leurs commentaires, tous plus subjectifs les uns que les autres, ne supportent pas que ces impertinents réussissent à rendre compte d’une vérité en poussant jusqu’à l’extrême les moyens mêmes qu’ils et elles emploient dans leur pratique quotidienne.

Le reste de l’émission enchaîne des chroniques impeccablement menées – Maïa Mazaurette qui sait parler de sexualité avec la pudeur crue d’un oxymore télévisuel parfait, l’Image du jour de Lilia Hasseine, tour à tour souriante, criante et dénonçante, la Brigade des affaires culturelles menée cœur battant par une Ambre Chalumeau éclectique et fraîche, pour ne citer que les séquences principales –, des reportages (Paul Larrouturou, Azzeddine Ahmed-Chaouch ou Sophie Dupont) où l’on capte sans montage ni censure le ton direct et le visage vrai des interviewé·es, les propos des entourages que Salhia Brakhlia enchâsse dans des phylactères, enfin des invité·es en plateau amené·es, comme par la grâce du contexte, à parler autrement – même si la timidité évidente de l’animateur les encourage à en dire trop.

Toute cette recette télévisuelle remet les pendules à l’heure, rattrape les beaux parleurs au détour de leurs discours qui ne disent rien, rappelle des promesses passées oubliées, passent en boucle les éléments de langage.

Voilà de l’information vivante, pertinente, en quête de sens sous les images, les paroles et les archives.

Une réussite de la télé française.

Olivier Magnan

Le doyen de la tribu. Ai connu la composition chaude avant de créer la 1re revue consacrée au Macintosh d'Apple (1985). Passé mon temps à créer ou reformuler des magazines, à écrire des livres et à en traduire d'autres. Ai enseigné le journalisme. Professe l'écriture inclusive à la grande fureur des tout contre. Observateur des mœurs politiques et du devenir d'un monde entré dans le grand réchauffement...

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