Il était une fois, rue de La Madeleine…

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Petites histoires vraies à destination des commerçant·es français·es qui sont autre chose que des tiroirs-caisses.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Il était une fois, rue de La Madeleine, qui doit son nom à l’église éponyme voisine, dans une ville de l’Oise, un magasin de sportwear nommé S… La propriétaire des lieux était appréciée de sa chalandise : à peine passé le pas de la porte, la cliente ou le client était jaugé·e par l’œil panoramique de la maîtresse des lieux et guidé·e vers l’article vestimentaire qui lui irait au mieux. Elle se permettait même, en professionnelle aguerrie, de déconseiller tel choix initial, jugé malvenu. À telle enseigne que les clients considérés revenaient rue de La Madeleine, tentés par ce relooking gratuit.

La même commerçante avait une façon bien à elle de décourager la fauche. Si l’antivol sonnait au sortir de la boutique, elle allait tout sourire s’excuser auprès de l’indélicat·e pour avoir oublié d’ôter le mouchard. Un coup d’œil suffisait, le ou la fautif·ve lui abandonnait le larcin ou s’acquittait de l’article et tout était dit.

Elle mêlait ainsi dans une même pratique humaine les bourgeois de la ville, les petits acheteurs peu fortunés auxquels elle faisait crédit, les fâcheux·ses et les larcineur·ses, et chacun lui témoignait à sa façon sa reconnaissance : tels jeunes gens champions du vol à l’étalage en tout genre lui dirent un jour qu’ils piquaient chez ses concurrents parce qu’ils se savaient surveillés à cause de leur faciès dès leur entrée et pas chez elle qui leur faisait confiance en cas de paiement différé.

Abusée par un comptable indélicat, la dame fut un jour mise en liquidation, vendit sa maison pour payer jusqu’au dernier denier ses fournisseurs.

Pourquoi contai-je cette histoire ?

Parce que lorsque j’entre dans la plupart des petits magasins aujourd’hui, outre le pouvoir discrétionnaire des nouveaux mal accueillants qui multiplient les exigences entre masques, gel et contingents de clients tolérés, qui vendent un euro un masque jetable dont les attaches cèdent au deuxième port, qui multiplient vigiles, caméras et emballages et qui, bientôt – et c’est heureux – ne devront plus vendre leur maison si tant est qu’ils ne se soient pas protégés depuis belle lurette contre les arrêts des tribunaux de commerce moins aveugles que naguère, je repense à cette commerçante de cette petite ville de l’Oise que son humanisme érigeait en âme incarnant sa ville et la valeur de son métier. Je songe à elle quand j’entends à St Tropez une commerçante hurler sans aménité dans sa boutique assiégée, en pleine braderie, que les dames dans les cabines d’essayage devaient essayer plus vite que ça et céder leur place.

En 2022, quand les parlementaires auront ratifié les « réformes Griset » qui répondent à pratiquement toutes les revendications des commerçants (lire ÉcoRéseau Business n° 84, à paraître le 7 novembre), je voudrais qu’enfin ces 3 millions d’agents économiques indispensables se souviennent qu’ils sont au service de leurs clientèles et non de simples marchands diffuseurs de produits made in China, des vecteurs d’un nouveau monde en quête d’équilibre écologique et humain, et non des rois en leurs boutiques face à des gueux d’acheteurs de leur marchandise.

Et la France et eux-mêmes en tireraient de grands bénéfices.

1 COMMENTAIRE

  1. Monsieur Magnan,
    Je suis étonnée que vous adoptiez désormais l’écriture inclusive? Je vous croyais attaché à un certain bon sens et amour de la vérité . Pitié pour nous, pauvres pécheurs.

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