Honnêtement, en quoi cette réforme des retraites est-elle juste ?

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Geoffrey Wetzel Journaliste-Chef de service

Un gouvernement qui insiste autant sur le caractère « juste » d’une réforme doit nous mettre la puce à l’oreille. Les nouvelles retraites ne rassureront pas celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt. Elles n’aideront pas non plus ni les femmes ni les classes moyennes inférieures…  

Voilà un fil rouge qui continue de guider l’ère Emmanuel Macron : simplifier la vie de ceux qui vivent déjà bien. La récente réforme des retraites présentée par la Première ministre Élisabeth Borne le prouve une nouvelle fois : les cadres qui ont réussi seront peu concernés, merci pour eux. Pour les autres, il faudra faire avec (ou sans retraite d’ailleurs).

Nombre d’économistes n’ont pas perçu la mesure de « justice sociale » tant vantée par le gouvernement Borne. Interrogé par l’AFP, Éric Heyer, de l’OFCE, en est convaincu : le report de l’âge légal de 62 à 64 ans « va rester comme une marque de dureté », particulièrement pour « des salariés peu qualifiés qui ont commencé à travailler entre 19 et 21 ans, (et qui) vont avoir l’effort le plus important à faire, tandis que les cadres et ceux qui ont commencé à 23 ans auront très peu à contribuer. Même son de cloche du côté d’Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques, la réforme « va peser plus fortement sur les classes moyennes et une partie des classes populaires […] On pourrait demander un effort plus grand aux salaires les plus élevés, qui ont une espérance de vie plus longue ». Alors, une réforme pour quelques-uns ? Une réforme à la Macron dirons-nous.

Parmi les injustices qui poussent l’ensemble des syndicats à appeler les Français à descendre dans la rue ce jeudi 19 janvier : les travailleurs précoces qui devront trimer plus longtemps. Bien des salariés n’auront pas le choix de travailler plus de 43 ans… « ceux, encore nombreux parmi les personnes nées dans les années 60-70, qui seront entrés dans la vie active à 21, 20 ou 19 ans, voire encore plus tôt, qui auront travaillé sans discontinuer, et pour lesquels aucune pénibilité n’aura été reconnue », constate nos confrères de Libération.

La pénibilité, parlons-en. Pour faire passer la pilule, la Première ministre insiste : la réforme des retraites entend prévenir « l’usure professionnelle ». Mais de quelle pénibilité parle-t-on ? la manutention manuelle de charges ? les postures pénibles ? les vibrations mécaniques ? l’exposition aux risques chimiques ? Rien de tout cela ! Car voilà quatre critères (parmi dix) qui ont été supprimés en 2018 par le chef de l’État.

Sans aucun doute, la réforme des retraites made in Macron s’affiche comme la plus brutale depuis celle menée par Éric Woerth sous le mandat de Nicolas Sarkozy, en 2010 – l’âge légal était alors passé de 60 à 62 ans. Et encore une fois, pour que la réforme paraisse moins dure, la « Première » a annoncé ce qui est censé constituer la mesure phare de « justice sociale » de la « mère des réformes » : une retraite minimale de 1 200 euros, l’équivalent de 85 % du smic net, pour les retraités qui ont réalisé une carrière complète. « Pour les retraités qui ont réalisé une carrière complète », précisons-le ce minimum contributif n’a rien avoir l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Franchement, l’idée n’est pas tant de jouer les rabat-joie, mais cessons de s’enorgueillir de mesures qui jouent les grandes réformes sociales alors qu’elles ne relèvent que du bons sens. 1 200 euros par mois pour une carrière complète, n’est-ce pas le minimum syndical ?

Et les femmes dans l’histoire ? cette réforme des retraites creusera les inégalités. Travailler plus longtemps pénalisera les femmes – aux parcours professionnels plus hachés – et bien plus touchées par le travail à temps partiel. « 18,1 % des salariés en France (hors Mayotte) travaillent à temps partiel dans leur emploi principal, en 2021. Le temps partiel concerne plus d’une femme sur quatre contre moins d’un homme sur dix », a chiffré une étude de la Dares.

À l’heure de la crise énergétique et de l’inflation, la Macronie n’aurait pas pu trouver meilleur timing pour réveiller les petites gens. Peu importe, le Président de la République avance tête baissée pour, accessoirement tenter de rééquilibrer le système actuel (déficitaire), mais surtout laisser une trace de son passage dans l’histoire des réformes en France – question d’égo.

Sera-ce le sens de l’histoire que de travailler toujours plus ? Au regard des congés payés, de la retraite à 60 ans, des 35 heures, et peut-être à l’avenir de la semaine de quatre jours, difficile de le croire…

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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