Ce gouvernement-là roule encore au diesel…

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Geoffrey Wetzel,
journaliste-chef de service

Au regard des actuels blocages qui paralysent notre pays, impossible de ne pas repenser au mouvement des Gilets jaunes. Comment est-ce possible, pour Macron et sa bande, de répéter – avec une certaine maestria – toujours les mêmes erreurs ?

27 septembre 2022. Voilà trois semaines que les automobilistes peinent à faire le plein. Voilà trois semaines que la CGT de TotalÉnergies appelle l’ensemble du groupe à la grève. En cause, les bénéfices records enregistrés dans le secteur qui profitent bien plus aux actionnaires qu’aux salariés. Bloquer les raffineries, les grévistes ne pouvaient pas viser mieux. Quand on touche au carburant, la réaction est épidermique. La CGT n’est pas morte. La France, elle, est en panne.

« On ne retient pas les leçons. Dès que ça touche à l’essence, il faut se saisir du sujet à la seconde », explique un conseiller ministériel à Franceinfo. « On n’a pas pris la mesure. Les gens pètent un câble. Ça met le pays à cran », regrette un ministre, hors caméra. On ne demande pas à l’État de jouer les Madame Irma. Tirer les leçons du passé aurait suffi. Une taxe sur les carburants, c’est ce qui a fait exploser nombre de Français modestes en octobre 2018. Après les Gilets jaunes sur les ronds-points et à Paris, les raffineries sont bloquées. Et quand le gouvernement se réveille, c’est bien souvent trop tard. La crise sociale est déjà là.

Face à l’ampleur de la situation, l’exécutif a compris qu’il devait s’employer. Mais il récite ses trois couplets sur un faux rythme. D’abord une sérénité surjouée. Premier couplet : « Il n’y a pas de pénuries », dixit le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, début octobre. L’objectif : éviter l’effet de panique et que tous les Français se ruent dans les stations-service, ce qui aurait aggravé le phénomène. Problème, les automobilistes ont senti bien avant le gouvernement qu’une pénurie de carburant était en route. Ce que l’on appelle le monde réel…

Alors, quand vous avez du retard à l’allumage, vous vous dédouanez. Deuxième couplet : « On a toujours tendance à mettre le singe sur l’épaule du gouvernement. On ne peut pas se substituer à tout le monde […] Non, non, et non, c’est trop facile […] Le dialogue social, nous y croyons », défend le Président de la République Emmanuel Macron. L’État n’est pas responsable, bien entendu. Mais les contestations et la colère sociale pourraient bien se retourner contre lui dès lors qu’il tarde trop à tenter d’apaiser les tensions qui subsistent dans le pays.

Au départ, même si une convergence des luttes sociales s’apprête à émerger, c’est bien le Groupe TotalÉnergies qui est pointé du doigt. Pour discréditer le mouvement, son patron Patrick Pouyanné a révélé les émoluments des opérateurs de raffinerie : 4 300 euros brut par mois hors intéressement, 5 000 euros primes et intéressement compris. La CGT conteste ces chiffres. Le Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ) estime qu’un opérateur de raffinerie débutant gagne entre 1 600 euros et 1 800 euros net par mois et jusqu’à plus de 3 500 euros en fin de carrière.

Au-delà de la bataille de chiffres, le PDG de Total – qui a augmenté son propre salaire de 52 % pour passer à 500 000 euros par mois – se risque à dresser les Français les uns contre les autres. Notamment les plus pauvres – à savoir les automobilistes qui ne peuvent pas se passer d’essence pour travailler et tout simplement vivre – et les classes moyennes – ces opérateurs de raffinerie frappés, eux aussi, par l’inflation, et qui souhaitent que leurs salaires, et non seulement les primes, augmentent durablement.

Enfin, quand la situation dégénère, vous employez la force. Et c’est le troisième couplet. Comprenez le recours à la fameuse violence légitime, monopole d’État. Le gouvernement, par l’intermédiaire de la Première ministre Élisabeth Borne – désormais revenue d’Algérie – a annoncé qu’il ne s’interdirait pas de recourir à des réquisitions si les négociations entre Total et les syndicats n’aboutissaient pas.

Bref, pris dans un mauvais tempo, l’exécutif n’a une nouvelle fois rien vu venir. Emmanuel Macron lui-même s’est agacé face à la lenteur de ses ministres. Alors pour tenter de sauver les meubles, le chef de l’État intervient, en personne. Comment ? En prenant racine sur le plateau de France 2 pour s’adresser aux Français. Dans une nouvelle émission présentée par Caroline Roux, « L’événement », Macron a dû quelque peu rogner sa logorrhée sur le conflit en Ukraine pour aborder le quotidien des Français. On le retrouvera à la fin du mois pour un deuxième acte. En attendant, demain, mardi 18 octobre, les blocages dans les raffineries feront tache d’huile et l’on s’attend à une journée noire avec une grève interprofessionnelle – les transports, les routiers, les secteurs du nucléaire et de la distribution, les employés d’Ehpad devraient rejoindre le mouvement. Cela ne sent pas bon. Comme une odeur d’essence.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.