Avant les retraites… (re)pensons le travail !

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Geoffrey Wetzel, journaliste-chef de service

Comprendre les causes profondes pour lesquelles les Français ne veulent pas travailler plus longtemps ferait gagner un temps précieux au gouvernement. Nous réformons à l’envers… des gens heureux au travail se posent moins la question de savoir s’ils partiront à la retraite à 62, 64 ou 67 ans.

« Le temps à soi domine et les activités de temps libres, de consommation et d’éducation structurent de plus en plus mobilités et territoires […] Avant le travail obligeait. Aujourd’hui c’est l’art de vivre qui oblige », défend très justement le sociologue Jean Viard. Donc le travail ne constitue plus le pilier central de la réalisation de soi. Évidemment, il est des artistes, des écrivains, des journalistes, des chefs d’entreprises, des passionnés, qui parce qu’ils n’ont jamais vraiment le sentiment de travailler, ne s’imaginent pas un jour cesser d’exercer ce qu’ils font, ce qui reviendrait à cesser de vivre. Pour ceux-là, la réforme des retraites n’aura pas d’impact.

Et puis, il y a les autres. Des ouvriers, souvent, qui exécutent. Des salariés, même très diplômés, qui subissent. Bref des travailleurs qui travaillent. Mécaniquement, 35 ou 39 heures chaque semaine. Parfois 40, 45 ou 50, mais encore faudra-t-il justifier monétairement ces heures de peine supplémentaires. Pour ceux-là, poursuivre une routine deux ans de plus apparaît insurmontable.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Mais, de plus en plus, des cadres a priori épargnés par le travail pénible accusent le coup. Minés par des process exponentiels que les salariés eux-mêmes ne comprennent plus très bien pourquoi ils les appliquent. Fatigués de la réunionite aigüe. Des reportings incessants qui nous empêchent de nous concentrer sur l’essentiel. « La confiance n’exclut pas le contrôle », avouez que celui qui contrôle ne doit pas faire confiance des masses…

Nombre de salariés intègrent une entreprise pour les missions qu’elle leur propose. Certains repartent à cause de la façon dont ils doivent les mener. Ce n’est pas tant le travail en lui-même qui est pointé du doigt, mais tout ce qu’il y a de périphérique. Le management, et le micro-management au premier chef, empêche parfois les individus de se réaliser, de percevoir la finalité de leurs actions.

La vraie réforme ne doit pas venir de l’État. La vraie réforme n’est pas celle des retraites, que l’on a souvent coutume d’appeler « la mère des réformes ». Mais la réforme la plus urgente doit provenir des entreprises elles-mêmes. En finir avec tout ce qu’il y a de plus superfétatoire au profit du cœur d’une mission. Les objectifs doivent, à mon sens, primer sur le présentéisme. Et la confiance triompher sur le contrôle. Entreprises, comprenez-le, le team building, les tournois de baby-foot, et même la présence d’un chief happiness officer, n’empêchent pas la survenue d’un burn out. « Injecter de l’humain », une expression que regrette la philosophe Julia de Funes, ne fonctionne pas. Car ne signifierait-elle pas que l’on ajoute une dose d’humain dans une société, l’entreprise en est une, majoritairement robotisée ?

Mais nos dirigeants ont évidemment un rôle à jouer. Obsédé par le déficit à venir du système des retraites, le gouvernement en oublie d’investir sur tous les leviers qui permettront naturellement de repousser l’âge de départ à la retraite parce que les gens n’auront tout simplement pas envie de s’arrêter. Investissons dans ce qui pourrait améliorer les conditions de travail. Automatisons tout ce qui relève d’un « rabougrissement du cerveau », d’une « aliénation » pour reprendre un vocabulaire marxiste – qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Karl Marx reste incontournable pour penser le sens au travail. Et enfin valorisons les métiers à utilité sociale, vraiment.

Le salariat classique existera toujours. Peut-être par défaut, faute de mieux. Faute d’entreprendre ? L’an passé, la France a battu le record du nombre de créations d’entreprises, plus d’un million ! Accompagnons ce désir de liberté, de flexibilité, de sens, pour que chacune et chacun, regrette de devoir un jour ralentir à 64 ans ou plus. Et croyez-moi, dès lors, cher gouvernement, vous pourrez faire passer toutes les réformes des retraites que vous voudrez.

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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