600 balles par mois ça se mérite…. à quoi bon vouloir la peau du RSA ?

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Geoffrey Wetzel, journaliste-chef de service

Après la réforme des retraites, Emmanuel Macron poursuit sa logique du « travailler plus ». En ligne de mire désormais : les allocataires du RSA. Est-ce la marque de fabrique de ce gouvernement que de pressurer toujours les plus précaires ? Toujours les plus faibles.

Une page est tournée, une autre s’ouvre. Mais le chapitre reste le même : un durcissement des politiques menées sur le front de l’emploi. Après la réforme de l’assurance chômage, le report de l’âge légal des retraites à 64 ans… le gouvernement Borne, donc Macron, s’attaque dorénavant aux deux millions de foyers qui perçoivent le régime de solidarité active (RSA). L’idée ? conditionner cette allocation minimale à l’exercice d’une activité d’au moins 15 à 20 heures par semaine pour retrouver plus facilement le chemin de l’emploi.

Avec cette mesure, c’est bel et bien l’État providence auquel on coupe une nouvelle fois les ailes. Lequel naît en France avec la Sécurité sociale en 1945 avec un principe : la société devient responsable d’un accident du travail, du chômage, des inactifs… et se doit donc d’indemniser les personnes concernées face aux risques sociaux. À l’origine le RMI (ex-RSA) suit cette logique : « L’important est qu’un moyen de vivre ou plutôt de survivre soit garanti à ceux qui n’ont rien, qui ne peuvent rien, qui ne sont rien. C’est la condition de leur réinsertion sociale », indique à la fin des années 1980 François Mitterand. Au passage, « des gens qui ne sont rien », Macron n’était donc pas le premier à le dire.

Avec cette réforme du RSA, le gouvernement actuel porte donc atteinte à un revenu de subsistance, un revenu garanti. Un accompagnement vers la réinsertion, martèle-t-on à l’Élysée. Non, car dès lors que vous conditionnez la perception d’une ressource à une activité, c’est une obligation de travailler et non plus un « accompagnement », les mots ont un sens.

S’en prendre aux allocataires du RSA fait-il partie du plan des « Cent jours » d’apaisement promis par le président de la République ? C’est du moins, politiquement, une façon de flatter une majorité de l’opinion – selon un sondage Ifop pour Le JDD mené en 2022, 80 % de la population française serait favorable à cette proposition, dont 45 % « tout à fait favorables ». Alors Macron a bien compris qu’il devait rendre justice à celles et ceux qui se lèvent tôt pour pas grand-chose tous les mois, les smicards et classes moyennes inférieures notamment. Le travail doit payer, sous-entendu, beaucoup plus que « l’oisiveté »…

Oui « oisiveté » car cette réforme du RSA accentue la stigmatisation des bénéficiaires de cette allocation. De ces « assistés » a-t-on coutume de les nommer. L’État doit prendre les choses en main pour les pousser à faire vraiment ce qu’il faut pour réintégrer le marché du travail. Question de volonté sans doute. Des profiteurs il y en aura toujours mais je persiste à croire qu’ils ne constituent pas une majorité. La Cour des comptes a récemment publié un rapport édifiant sur les parcours des bénéficiaires : au bout de 7 ans, seulement 34 % d’entre eux sont en emploi. Oui, c’est indéniable, les allocataires du RSA peinent à s’insérer, mais penser qu’ils se projetteront vers l’avenir sans leur assurer un présent – un minimum stable – relève de l’absurde.

Honnêtement, 600 balles par mois (pour une personne seule) se mérite-t-il ? Je crois au contraire que nul ne mérite 600 euros par mois – d’autant plus en ces temps d’inflation galopante – y compris ceux qui ne « font rien ». Alors imaginez si vous travaillez un peu… quel projet a en tête le gouvernement ? Un smic au rabais ? Du travail bénévole à durée indéterminée ? Et surtout, de quelles activités parle-t-on ? C’est irréaliste, je me range du côté de l’économiste François Lenglet : « Ça voudrait dire trouver l’équivalent d’un million d’emplois à temps plein. Mais où ? Dans les jardins publics, pour couper la pelouse au ciseau ? Compter les oiseaux dans le ciel ? Avec quel encadrement, quelle surveillance ? Il faudrait des légions de travailleurs sociaux pour faire cela, et donc des moyens considérables », s’interroge-t-il sur RTL.

Peut-on vraiment croire qu’avec cette réforme les bénéficiaires du RSA retrouveront le marché du travail ? Pour ce faire, c’est évidemment une question de moyens. Pas assez de travailleurs sociaux. L’accompagnement n’en sera donc pas un. Cette réforme tient plus à l’effet d’annonce, elle sera inapplicable. Puis, encore une fois, être au RSA ne découle pas d’une volonté, d’un objectif de vie. Derrière ces « fainéants », des femmes seules avec enfants, des personnes atteintes de problèmes de santé, voire de handicaps : « 26 % de ceux qui quittent le RSA deviennent ainsi bénéficiaires de l’allocation pour handicapés », chiffre François Lenglet.

Un chiffre sur lequel le gouvernement Borne devrait aussi insister : celui du non-recours, massif. La Drees évalue ainsi qu’en 2018, le phénomène concernerait 34 % des foyers éligibles au RSA chaque trimestre et un cinquième de façon durable. Parce que certains ne savent pas qu’ils sont suffisamment pauvres pour y avoir accès – soit le résultat de l’image caricaturale que l’on dresse des bénéficiaires de l’assistanat, en grande partie l’œuvre des politiques et des médias. Pour d’autres, ils font tout pour ne pas avoir à recourir au RSA, pour échapper à la stigmatisation. À la honte.

Conservons un revenu de base pour tous. Un revenu digne. Sans contrepartie, pour une simple et bonne raison : nous n’avons plus besoin de tout le monde pour produire. Intégrons-le. Et acceptons-le.

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise, etc.). Friand de football et politiquement égaré.

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