2023, l’année de tous les dangers ?

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L’institut d’études français Xerfi vient de publier une note de conjoncture (un peu conjecturale) que les chef·fes d’entreprise encore battants ne devraient pas lire. Mais mieux vaut comprendre ce qui nous attend.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Ce qui est bien, avec les prévisionnistes, c’est qu’ils ne prévoient pas toujours le pire. Le scénario 2023 que vient de publier Xerfi est « gris ». Autrement dit, il pourrait virer au noir et l’institut d’études privé, spécialiste de l’analyse économique sectorielle en France et dans le monde, en esquisse même les orages dans le prolongement de l’analyse qu’il vient de publier.

Quand on connaît le sérieux et le degré de prévision vérifié de l’institut français, il existe peu de chances, hélas, que la projection que nous livrent les experts pour l’année à venir vire au gris clair… Je vous invite à boire la sentence jusqu’à la lie, mais la synthèse trop longue que j’en tire ici vous donnera une petite idée des raisons pour lesquelles, dans le monde et singulièrement en France, nous vivions presque mieux au temps de la covid – qui semble du reste s’inviter à nouveau à la fête.

Tout se passe du reste comme si le Parlement et le gouvernement avaient déjà acté cette année II du quinquennat II, avec un président d’une discrétion totale en train de supputer quel nouveau Premier ministre pourra, à son heure, relever une Élisabeth usée jusqu’à la Borne.

Plongeons donc dans lesdites prévisions d’autant plus fondées que la plupart des autres prévisionnistes s’inscrivent dans le même scénario.

  • Un ralentissement économique déjà « tangible » quand le pouvoir d’achat des consommateurs qui écornent leurs fameuses économies du temps de covid n’en finit pas de baisser. Xerfi en infère une stagnation qui va enrayer le rebond des « six mois glorieux » que nous venons de savourer. Les entreprises vont revoir à la baisse investissements et recrutements. PIB 2022 à 2,5 % de croissance, mais à 0,6 % l’année prochaine. Un chiffre que Xerfi qualifie de « récession profonde ».
  • Les banques centrales naviguent à vue entre inflation structurelle si elles agissent modérément et krach financier si elles relèvent brutalement les taux. Peste ou choléra ? Pour l’heure, grippe, au sens de grippage : l’inflation va s’installer.
  • Inflations des coûts de l’énergie, mais désormais aussi des produits alimentaires, des services, des produits manufacturés. Le scénario gris de Xerfi ne se projette malgré tout « qu’à » 2,8 % d’inflation en 2023 (la promesse à laquelle personne ne croyait de François Villeroy de Galhau – Banque de France – et Christine Lagarde – FMI) pour peu que le pétrole et les cours agricoles se normalisent.
    L’emploi dont on se gargarisait en le qualifiant de « quasi plein » va forcément se dégrader à la rentrée. Si bien que le Grand-angle que nous consacrons aux évolutions du salariat dans le prochain numéro d’ÉcoRéseau Business trouvera sa pleine mesure. Les créations nettes d’emploi ont déjà été « divisées par deux depuis la fin 2021 », dixit Xerfi. Si santé et enseignement tentent de rattraper leur déficit monstrueux de ressources humaines, ces activités non marchandes ne compenseront pas les emplois industriels perdus. Les défaillances d’entreprises repoussées par les aides et que l’on redoutait finissent par se manifester. Notre prévisionniste cite 40 000 emplois détruits et un taux de chômage reparti au-dessus des 8 %.
    • Si le projet de loi sur le pouvoir d’achat que les « minorités parlementaires » ne vont quand même pas retoquer va « amortir le choc », les aides ne seront pas toutes poursuivies : en 2023, on ne parlera que de ça. Seul le « reflux attendu de l’inflation » va limiter les dégâts.
  • En se gardant comme poire pour la soif le montant de l’épargne amassée (pas par tout le monde) en deux ans de pandémie, les Français·es ne dépenseront pas à tout va en 2023, même si les autos convoitées en 2022 finiront par sortir des chaînes.
  • Grâce au moral encore positif des chef·fes d’entreprise, à leur volonté de croire « transitoires » les fluctuations du moment, les investissements sont encore au rendez-vous. Mais Xerfi voit poindre la menace de l’affaissement des exportations (la conjoncture mondiale, certes, mais aussi l’inadéquation de l’offre française), la hausse des salaires de fin d’année et la faiblesse de la consommation. Ajustements à venir qui pourraient, malgré tout, épargner R&D et technologies numériques, stratégiques.

Voilà pour les projections « grises » de l’institut privé.

Mais si l’on enlève un peu de blanc au mélange et qu’on lui ajoute un peu d’encre noire, 2023 deviendrait carrément une annus horribilis pour la France et la planète, toujours en attente des milliards de la transition quand les forêts du monde partent en fumée.

Et si, pessimisent les experts, et si la guerre en Ukraine se radicalise, comme en brandit la menace un Poutine plus boursouflé et plus agressif que jamais, avec son cortège de rationnements énergétiques ?

Et si des puissances déstabilisées jouaient à leur tour leur partition, comme la Chine, l’Iran ou la Turquie ?
Et si la Chine accumulait des failles telles que les pénuries s’aggravent en Occident ?

Et si la sphère financière connaissait un « effondrement des prix des actifs » – avec un effet délétère sur les fonds d’investissement endettés ? Si les dettes publiques explosaient sous l’effet de taux démultipliés avec un risque d’anéantissement du « potentiel de croissance » du monde ? Et si, et si la guerre des changes revenait, le fractionnement des capacités des pays européens… (vous lirez vous-même les autres menaces listées, j’ai déjà dépassé les frontières d’un éditorial raisonnable…).

Entre les quasi-certitudes des effets inéluctables qui vont peser sur l’année 2023 et les risques sérieux qui pourraient embraser le monde, il nous reste à nous accrocher à l’idée que le pire n’est jamais sûr. Mais il ne l’est pas quand une société se serre les coudes et qu’un gouvernement garde les moyens d’agir. Or le cas France, sans majorité absolue – comme l’incertitude anglaise, comme le retour des kamikazes au Japon, comme la fragilité des Démocrates aux États-Unis – assombrit encore un peu le scénario gris.

Alors comme le colibri qui apporte sa goutte d’eau pour lutter contre l’incendie, allons-y de nos gouttes d’eau, de notre ténacité, de notre imagination, de notre refus du découragement. Une donnée que les prévisionnistes ne peuvent pas chiffrer…

Le doyen de la tribu. Ai connu la composition chaude avant de créer la 1re revue consacrée au Macintosh d'Apple (1985). Passé mon temps à créer ou reformuler des magazines, à écrire des livres et à en traduire d'autres. Ai enseigné le journalisme. Professe l'écriture inclusive à la grande fureur des tout contre. Observateur des mœurs politiques et du devenir d'un monde entré dans le grand réchauffement...

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