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Macron président. Donc un Premier ministre directement en charge de la « planification écologique » ? Oui, en théorie… 

L’hôtel de Matignon est célèbre pour abriter le plus beau jardin de la République – trois hectares en plein Paris. Cela tombe bien, car le prochain Premier ministre aura la mission de conduire très directement la planification écologique. Une première.

Les grands changements butent souvent sur les contingences administratives. Et si tout le monde ou presque reconnaît désormais le réchauffement climatique comme une menace urgente, c’est la force de l’inertie, de l’habitude, qui contraint à l’inaction. La technocratie est un enfer pavé de bonnes intentions. Mais combien de lois, plus encore de décrets, finissent oubliés dans les placards, renégats de papier, le plus souvent condamnés au « classement vertical » (une mise à la poubelle) ? La longue cohorte des ministres de l’Écologie est là pour le prouver. Toutes et tous défilent, au rythme d’un par an ou à peine davantage, dans ce ministère de l’impossible. Les voilà pris·es en étau entre Bercy (qui tient les cordons de la Bourse), l’Agriculture (le grand rival) et Matignon, qui a souvent considéré la question écologique comme un sujet politiquement explosif. Mieux vaut s’en tenir éloigné, faute de quoi s’en viennent les Bonnets rouges et autres Gilets jaunes. Quant au Président de la République, il a tellement d’autres chats à fouetter !

Révolution ou esbroufe ?

Emmanuel Macron, pour s’extirper de ce micmac, a ainsi annoncé un changement. C’était à Marseille, lors de son meeting électoral, sur les pelouses du Pharo. Lui re-président, son prochain Premier (ou Première) ministre serait directement en charge de la « planification écologique ». Un peu comme au temps de la IIIe République, lorsque les présidents du Conseil cumulaient la fonction de chef du gouvernement avec un autre ministère (Affaires Étrangères, Instruction Publique, Guerre…). L’Écologie deviendrait ainsi autre chose qu’un simple ministère – elle s’inviterait directement au cœur du cockpit étatique. Car c’est bel et bien à Matignon que se mène l’action décisive. Le Premier ministre, qui doit sans cesse arbitrer entre des intérêts divergents, aura cette fois pour mission de verdir toutes les politiques publiques… Tout en rappelant à certains de ses ministres oublieux la marche du changement.

Le ministère de l’Écologie ne se fondrait pas totalement dans Matignon pour autant. Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, deux ministères seraient adjoints. Le premier sera consacré à la Planification écologique territoriale ; le second aura dans son escarcelle le dossier stratégique de l’Énergie. Et pour répondre aux enjeux purement administratifs, un secrétariat général à la planification écologique devrait être créé.

Mais l’invité mystère qui conduira le prochain gouvernement prendra-t-il vraiment ce rôle à cœur ? Le risque est là : ce « Matignon vert » pourrait vite se révéler n’être qu’un tour de passe-passe, une simple opération de communication. « Il faut que tout change pour que rien ne change » … La leçon de Lampedusa, dans Le Guépard, reste valable aujourd’hui.

Fin avril, l’Élysée pensait très fort à Véronique Bédague pour incarner ce changement. La numéro deux de Nexity, totalement inconnue du grand public, a été invitée au Palais par l’influent Secrétaire général de la présidence de la République, Alexis Kohler. Emmanuel Maron aurait même « passé une tête », selon une habitude bien rodée. Malgré tout, Véronique Bédague a décliné poliment. Merci mais non merci ! Elle restera dans le privé. Refuser Matignon ? Inconcevable il y a encore vingt ans, ce poste prestigieux fait désormais beaucoup moins rêver. Pas assez de marges de manœuvre, beaucoup trop de coups à prendre. Tout le monde n’a pas envie d’être un fusible…

Et en Allemagne ?

Ailleurs en Europe, on adapte également la machine étatique pour faire face à l’enjeu écologique. En Allemagne, le nouveau gouvernement a décidé de fusionner le ministère de l’Économie avec celui du Climat. L’idée est de s’extirper des querelles de chapelles entre le nécessaire progrès économique et l’indispensable lutte contre le réchauffement. Ce très imposant ministère, qui regroupe deux dossiers clés, est porté par Robert Habeck, un écologiste, ancien patron des Verts. À son arrivée au gouvernement, celui-ci est parvenu à obtenir une enveloppe de 60 milliards d’euros pour le climat. Pas mal joué !

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