Comment va l’Allemagne ?

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L’Allemagne, puissante mais vulnérable

Consacrer sa première visite à l’Allemagne constitue, pour les présidents de la République, une tradition assez récente. De Gaulle, en 1958, avait fait le choix de Rome. Sans doute pour retrouver les sources de notre civilisation. Pour Pompidou, ce fut les États-Unis. Giscard d’Estaing, original, jeta son dévolu sur la Centrafrique. Un pays qui devait plus tard lui porter malheur… Et puis vint Mitterrand, qui visita le pays de l’or noir : l’Arabie saoudite. Chirac, dans les pas de son mentor Pompidou, décollait à son tour pour Washington.

Nicolas Sarkozy fut le premier à se rendre en Allemagne pour son déplacement officiel inaugural. Le tout sans traîner, puisque dès le soir de son investiture, l’impatient arrivait déjà à Berlin. Embrassades un brin surjouées avec une Angela Merkel peu habituée à ce genre de simagrées. Et la sempiternelle chancelière s’habitua ensuite au ballet régulier des locataires élyséens : de François Hollande à Emmanuel Macron. Elle avait déjà connu Chirac !

Matérialisation du « couple franco-allemand », cette visite de courtoisie reste essentielle à la bonne marche de l’Union européenne. Lundi 9 mai, deux jours après son investiture pour un second mandat, Emmanuel Macron décolle de nouveau pour Berlin. Rien de très surprenant : après Bruxelles, la capitale allemande est sans aucun doute la destination internationale qu’il connaît le mieux. Mais si le cadre protocolaire reste inchangé, la relation avec notre immédiat voisin traverse quelques soubresauts.

Un changement de paradigme

D’abord, il y a l’état d’esprit général. Nous étions habitués, depuis une décennie au moins, à un certain contraste. L’Allemagne, alors incarnée par Angela Merkel, semblait d’une redoutable stabilité. La puissance de son économie forgeait l’admiration. Confiante en elle-même, l’Allemagne pouvait même (parfois) donner le sentiment de l’arrogance. En regard, la France, avec ses présidents successifs, paraissait indécise, quelque peu déprimée, presque flapie. Nous nous comparions… Et nous nous désolions. Pendant que le chômage, la dette et le déficit extérieur nous accablaient ; notre voisin affichait un insubmersible succès !

De là à dire que notre pays vit des temps de résurgence économique… Si certains paramètres, comme l’emploi, affichent de beaux résultats, d’autres, comme le déficit de la balance commerciale, restent désastreux. C’est plutôt l’Allemagne qui semble en pleine crise de confiance.

Le douloureux réveil allemand

Il faut comprendre notre partenaire. Le 23 février au soir, l’Allemagne s’endormait dans un monde d’habitudes stables et consacrées, où malgré les outrances et les dangers indéniables, la raison devait toujours l’emporter finalement sur le chaos. Le lendemain matin, l’Allemagne se retrouvait à quelques centaines de kilomètres d’une guerre entre deux états européens. La Russie envahissait l’Ukraine. L’improbable s’était produit. Et, quoi que l’on puisse dire du lyrisme des formules, celle-ci correspondait au moment : un autre monde s’était levé.

Et depuis, Berlin semble comme un peu sonnée. Il y a bien eu le discours du 27 février, prononcé par Olaf Scholz. Devant le Bundestag, le nouveau chancelier s’essayait à un genre qu’on ne lui imaginait pas : le style churchillien. Annonçant un « changement d’époque », ce petit homme discret enterrait en quelques minutes 75 ans de politique étrangère allemande. Berlin, qui depuis 1945 avait l’habitude de se replier sous le confortable parapluie américain, n’entretenant qu’une armée sporadique, se réveillait d’un seul coup. « Si demain la situation dégénérait, l’Amérique, avant de venir à notre secours, s’aiderait d’abord elle-même… ». Voilà en une phrase la pensée qui devait traverser l’esprit du peuple allemand. Olaf Scholz annonçait aussitôt après une hausse considérable du budget de défense, augmenté de 100 milliards d’euros.

Malgré ce discours porteur, depuis, rien n’a vraiment changé. Outre-Rhin, le chancelier Scholz ne parvient guère à convaincre. Le social-démocrate est régulièrement tancé par ses partenaires de coalition, verts et libéraux, qui l’accusent de ne pas en faire assez. Trop taiseux, trop discret, trop peu à l’initiative… L’homme a beaucoup de mal à rassurer ses compatriotes et à fixer un cap au pays.

Un nouveau regard timoré sur l’héritage Merkel

Olaf Scholz est en effet plombé par son passé. Lui qui fut longtemps le ministre d’Angela Merkel, dans le cadre de diverses coalitions, est accusé d’avoir participé avec elle – et la majeure partie de la classe dirigeante allemande – à une politique étrangère désormais jugée naïve, voire complaisante. L’Allemagne est un géant économique dont la stature repose pour beaucoup sur l’importation d’hydrocarbures russes. Gaz en tête ! Évidemment, à la lumière des événements actuels, ce choix stratégique semble relever de l’inconscience. Un colosse aux pieds d’argile ? Les Allemands tancent sévèrement la chancelière Merkel, hier adulée, aujourd’hui accusée de n’avoir rien fait durant ses seize ans de mandat pour réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Une mise en cause qui vise aussi l’ancien chancelier Schröder, et, plus grave encore, l’actuel président fédéral Steinmeier – pourtant censé incarner l’unité de la Nation. Le temps des troubles.

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