La boule QUIES, le prix du silence

Au début du XXe siècle, il est encore courant de préparer onguents, crèmes et sirops dans les pharmacies. En 1918, dans une officine du XVe arrondissement de Paris, un pharmacien invente une «sourdine» pour une patiente qui souffre du bruit. « Dès 1921, la société Les laboratoires de boules QUIES installée porte de Versailles voit son volume de production augmenter », affirme Olivier Denis du Péage, président du directoire de QUIES, directeur R&D, arrière-petit fils du fondateur. Avant 1939, 700 000 boules sont produites par an. « Après 1945, les «bouleuses» et les «conditionneuses» confectionnent à la main un million de boules de cire et de coton, toujours rue Auguste-Chabrières dans le 15e. » Une dizaine de boules sont déposées serrées dans la boîte flanquée de l’épervier, symbole de la marque.

Yves Denis du Péage, père de Olivier Denis du Péage, fait le choix, à Gennevilliers, de la mécanisation de la production des boules. A Chauvigny, les «conditionneuses» continuent de travailler à domicile. « L’avantage de nos boules roses réside dans une sorte de «secret» : à 37°, les boules deviennent tendres et malléables ; elles suivent alors le mouvement permanent du conduit auditif. » Avec sa sœur Christine Postel-Vinay, Olivier Denis du Péage reprend l’entreprise il y a 35 ans. Le conditionnement n’est pas encore automatisé. La société ne peut pas croître davantage car elle est encore confinée dans l’étroitesse des locaux. En 1989, l’entreprise déménage à Palaiseau. « Si mon père a mécanisé la production, j’ai cherché à l’automatiser. Grâce à l’automatisation, au début des années 90, QUIES produit 60 boîtes par minutes et 60 millions de boules par an. » Depuis, QUIES développe différents produits de plus en plus techniques, notamment des solutions auditives pour l’avion, la baignade, la musique. « QUIES se spécialise dans le développement de produits de niche comme du spray anti-ronflement, des orthèses mandibulaires, une gamme pour l’hygiène de l’oreille ou encore Médusyl, un produit qui protège du soleil et permet d’éviter les piqûres de méduse. »

La société QUIES est très au fait des normes. « Les boules sont des produits très réglementés qui ont évolué dans le temps. Le respect de la pharmacopée européenne est crucial pour nous. Les boules sont produites dans des salles blanches et QUIES dispose de la certification ISO 9001 et ISO 13485 relative à la conformité des dispositifs médicaux. » En avril 2018, les normes évoluent à nouveau et la réglementation européenne change. « Le bruit est désormais considéré comme néfaste et dangereux. Il représente un danger sanitaire. Les boules deviennent un produit de classe 3. De nouveaux contrôles et de nouveaux tests seront imposés par l’Europe. Or, avant ces normes, QUIES faisait déjà de la qualité sans le savoir, un peu comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. »

QUIES emploie environ cinquante personnes et exporte dans 25 pays. « Malgré la concurrence en Europe, notamment en Espagne, Suisse, Allemagne et Norvège, QUIES demeure leader européen des boules de cire. » Ulysse pourra donc se prémunir encore longtemps du chant des sirènes…

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