Gamestop : la révolution n’a pas eu lieu

L’affaire Gamestop – la maison mère de Micromania – a défrayé la chronique en ce début d’année. Pour la première fois, des investisseurs particuliers se sont alliés pour faire basculer dans le rouge des fonds spéculatifs qui pariaient à la baisse sur des sociétés telles que Gamestop, l’une des plus vendues à découvert (notamment par Melvin Capital et Maplelane Capital). La vente à découvert (« short » en anglais) consiste à vendre des titres non détenus au moment de la vente, en pariant qu’on pourra les acheter à un prix inférieur au moment de la livraison du titre à l’acheteur. Fédérés grâce au réseau social Reddit, ces particuliers ont utilisé leurs économies pour acheter des actions de distributeur de jeux vidéo, de quoi obliger les fonds à faire de même pour couvrir leurs propres positions. Effet : accélérer la progression du titre. De nombreux observateurs ont salué cette « révolution » des petits porteurs face aux ogres de la finance mondiale. Une lourde erreur selon d’autres, comme Michael Sfez, associé et directeur des Investissements chez Kermony Office. « Contrairement à ce qui a été dit ou écrit ces dernières semaines, la spéculation autour de Gamestop n’a été une bonne chose pour aucun des protagonistes. Si certains fonds spéculatifs ont été mis en difficulté, beaucoup d’investisseurs individuels ont beaucoup perdu dans l’affaire. » Effectivement, l’action, qui a dépassé les 360 dollars au pic, est rapidement retombée sous les 40 dollars. Et si les fonds spéculatifs ne sont certes pas exempts de reproches, le secteur des magasins de jeux vidéo – auquel appartient Gamestop –, est irrémédiablement sur le déclin, arguent les analystes. « Ce ne sont pas les fonds qui fragilisent le groupe mais les innovations de Sony, Microsoft, etc. La dématérialisation des jeux vidéo est largement installée (les fabricants de consoles ont leurs propres plates-formes de téléchargement désormais). Au final, plusieurs milliards de dollars sont partis en fumée à cause d’un réseau social (Reddit) qui a mis Wall Street sous pression », regrette Michael Sfez. Tous ne partagent pas cet avis, ou en tout cas, font preuve de mansuétude vis-à-vis des petits actionnaires. « L’affaire Gamestop est passionnante. Il n’est pas commun que, d’un coup, des milliers de petits porteurs parviennent à s’unir pour faire plier des hedge funds. En règle générale, ce sont les gros fonds qui dirigent le marché selon leurs intérêts. La leçon à tirer est que, même en Bourse, l’union fait la force. De là à comparer ces actionnaires individuels à de nouveaux Robin des Bois, je ne suis pas sûr. Ils ont juste utilisé les outils financiers des fonds pour s’en servir contre eux afin de dégager, eux aussi, du profit », observe Karl Toussaint du Wast, cofondateur de Netinvestissement. 

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