Le grand retour du « policy-mix »

Au premier semestre 2019, les actifs financiers ont été soutenus par le ton plus accommodant des principales banques centrales, FED en tête, puis BCE et Banque populaire de Chine, et par l’espoir d’un apaisement des tensions commerciales. Pour le second semestre, les économistes estiment que l’incertitude majeure demeure liée aux échanges commerciaux dans la mesure où le ralentissement confirmé de l’économie mondiale est relégué au second plan. Ainsi, aux yeux des professionnels, le retour à l’assouplissement monétaire des banques centrales devrait être suffisant pour soutenir l’économie et les actifs à risque dans les prochains mois. À moyen terme cependant, la situation apparaît différente, prévient Didier Saint-Georges, managing director et membre du Comité d’investissement de Carmignac. Selon lui, « la politique monétaire “non conventionnelle” est à bout de souffle. « Dans la zone euro tout particulièrement, que pourrait-on espérer d’un nouveau programme d’achat d’actifs ou d’une baisse des taux directeurs quand on constate que la France emprunte déjà jusqu’à dix ans à taux négatif et que l’Espagne emprunte au taux de 0,2 % sur la même maturité ? Par conséquent, en dépit de niveaux d’endettements déjà très élevés, la nécessité d’un recours accru à l’arme budgétaire fait son chemin, en Europe comme aux États-Unis, coordonnée au soutien des banquiers centraux », explique-t-il. C’est sans doute, dit-il, cette perspective de connivence politique qui éclaire, voire justifie, la nomination de présidents de banque centrale qui afficheraient davantage leur formation juridique et une intelligence politique éprouvée plutôt qu’une expertise dans la technicité de la politique monétaire. Nick Clay, gérant Actions internationales de Newton Investment Management (BNY Mellon Investment Management) partage ce point de vue. La prochaine vague de soutien monétaire (QE), pense-t-il, pourrait revêtir une forme différente de celle des dix dernières années. « Il est devenu inadmissible de soutenir simplement les marchés et les actifs au profit d’une poignée de personnes. Dans le contexte actuel, toute mesure de relance monétaire doit être perçue comme destinée au peuple. Le populisme a le vent en poupe et les partis populistes prennent de l’ampleur en conséquence, prévient le gérant. Le passage de l’assouplissement quantitatif à des mesures de relance budgétaire – réductions d’impôts, projets d’infrastructure, etc. – pour financer les largesses de l’État – je me réfère à la Théorie moderne des marchés, la MMT en anglais pour l’aboutissement le plus radical de cette approche – signifie que la réponse pavlovienne des banques centrales pour continuer à alimenter les marchés financiers sera mal placée », conclut-il. En somme, les États-Unis et l’Europe semblent bien partis pour faire renaître le concept de « policy-mix » des années 1990, cher à Bill Clinton et à Dominique Strauss-Kahn notamment.

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