Entre fiscalité attrayante et prise de risque conséquente…

Investir dans les PME : trop frileux s’abstenir !

Les épargnants qui souhaitent diversifier leurs placements en finançant les PME bénéficient d’un avantage fiscal significatif… Mais sans garantie de récupérer leur mise. Explications.

Pour investir dans des entreprises, il existe une alternative aux marchés actions : les Fonds communs de placement dans l’innovation (FCPI) et les Fonds d’investissement de proximité (FIP). Deux produits qui visent à financer, pour l’un, les sociétés innovantes, et pour l’autre les PME régionales. « Les FIP et les FCPI ont deux objectifs : financer l’économie réelle et alléger ses impôts », explique Guillaume Eyssette, conseiller en gestion de patrimoine (CGP) au cabinet Géfinéo. « Au-delà de l’attrait fiscal, ces fonds permettent à l’épargnant d’investir très facilement dans des sociétés et de diversifier ses placements dans la durée », renchérit Jean-Christophe Ménissier, directeur des participations chez Inocap Gestion. Les CGP ont toutefois tendance à mettre davantage en avant les avantages fiscaux que procure ce type de placement. Les FIP et les FCPI donnent en effet droit à 18 % de réduction d’impôt, dans une limite de 12 000 euros d’investissement par an pour un célibataire, et le double pour un couple. Aujourd’hui, un célibataire peut obtenir jusqu’à 2 160 euros de réduction d’impôts une année en investissant 12 000 euros en FCPI et autant en investissant en FIP, soit 4 320 euros pour 24 000 euros d’investissements répartis par moitié en FIP et FCPI. Ces plafonds sont doublés pour un couple. Par ailleurs, afin de soutenir l’économie corse, l’État se montre encore plus généreux puisqu’il propose une réduction d’impôt de 38 %.

Si le fisc est aussi magnanime, c’est que ces placements sont risqués. « Les épargnants doivent avoir conscience que l’avantage fiscal accordé par l’État est la contrepartie d’un vrai risque », prévient Guillaume Eyssette. Dans ce cadre, France Invest, l’association regroupant les gérants de ce secteur, a beau jeu d’assurer dans son bilan de performance que « sur le long terme, en 2017, les rendements du capital-investissement français restent très positifs ». Ce constat cache en effet d’importantes disparités, comme le reconnaît lui-même France Invest : « La performance à long terme se maintient à un bon niveau sur un an et s’élève à 9,7 % à fin 2017, mais la dispersion de cette performance reste importante. » Effectivement, les fonds arrivés à échéance l’an dernier ont perdu 5,9 %, en moyenne, au terme de près de dix ans d’immobilisation du capital.

Sur près de 200 FCPI, plus d’un quart a perdu 10 % en moyenne, les trois quarts restants n’étant pas encore remboursés.

Ces fonds souffrent d’un autre inconvénient : les délais de blocage. La plupart des FIP et FCPI sont bloqués pour sept à huit ans, prorogeables jusqu’à neuf ou dix ans, mais certains ne parviennent pas à vendre leurs participations dans ces délais. « Ces fonds sont avant tout réservés aux investisseurs ayant de l’appétence pour le risque », reconnaît Jean-Christophe Ménissier. Pour Guillaume Eyssette, l’importance de cette durée de blocage pourrait bien être en réalité un atout. « Les FIP et les FCPI sont des produits décorrélés de la Bourse qui s’inscrivent sur le long terme. Résultat, les épargnants ne sont pas tentés – comme c’est souvent le cas sur les marchés financiers – de vendre des actions au plus bas à la première bourrasque. Finalement, ces fonds protègent les investisseurs d’eux-mêmes. »

En tout état de cause, il convient de sélectionner avec soin son fonds avant d’investir : contrôler le sérieux de la société de gestion, vérifier son historique, etc. Innocap assure avoir toujours remboursé ses clients.

« En onze ans, nous avons remboursé treize fonds », confirme Jean-Christophe Ménissier, président d’Inocap. Une performance qui s’explique en partie par sa stratégie. Contrairement à la plupart de ses concurrents, le gestionnaire évite les sociétés non cotées pour se focaliser sur des start-up déjà listées sur des marchés non réglementés comme Euronext Growth (ex-Alternext) ou Euronext Access (l’ancien Marché libre). « Cette stratégie permet aux épargnants d’investir dans des entreprises innovantes, mais dont l’accès est difficile en raison de leur faible liquidité sur le marché », détaille Jean-Christophe Ménissier. NextStage AM va plus loin encore. En investissant dans des entreprises cotées en Bourse, le gérant propose des FIP et des FCPI d’une durée courte et sans prorogation. Trois de ces fonds ont été remboursés au bout de six ans, parmi les onze fonds déjà liquidés par NextStage.

Pour les épargnants réfractaires aux contraintes d’investissement, une alternative existe : les fonds généralistes et de « capital développement », qui concernent des entreprises déjà rentables. Toujours selon le dernier bilan à fin 2017 de France Invest, les fonds généralistes et de capital développement, ainsi que les fonds de « capital transmission » (reprise d’entreprises rentables) ont respectivement procuré 45 et 95 % de gains à leurs souscripteurs. « Il est parfois plus intéressant d’investir dans ces fonds, même si eux ne procurent pas de réductions d’impôts », conclut Guillaume Eyssette.

Pierre-Jean Lepagnot

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