Notre-Dame de Paris, deux ans après

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À l’occasion du deuxième anniversaire de l’incendie de la cathédrale, Emmanuel Macron visite le chantier de reconstruction qui voit poindre la résurrection de Notre-Dame.

Voilà déjà deux ans que le drame de l’incendie de Notre-Dame de Paris a choqué la France et le reste du monde. La « commémoration » du sinistre est l’occasion de rendre compte de l’avancée du chantier, dont la phase cruciale de sécurisation entre dans son sprint final et devrait s’achever cet été. La reconstruction de l’édifice pourra commencer au plus tard au début 2022, pour une réouverture au culte en 2024.

Le 15 avril 2019, Notre-Dame de Paris était la proie des flammes, sous les regards effarés des Parisien·nes et des caméras du monde entier. Deux ans plus tard, jour pour jour après l’incendie qui a ravagé la toiture et la flèche de la cathédrale, Emmanuel Macron est de retour sur le chantier pour la première fois. « Cette visite sera l’occasion pour le chef de l’État de remercier à nouveau tous ceux qui ont permis de sauver la cathédrale des flammes, tous ceux qui œuvrent à sa reconstruction – charpentiers, échafaudeurs, cordistes, grutiers, facteurs d’orgue, maîtres-verriers, restaurateurs en peinture et sculpture, tailleurs de pierre, archéologues et chercheurs –, ainsi que les 340 000 donateur·rices du monde entier qui rendent ce chantier possible », a précisé la présidence. Le « chantier du siècle » suit son court, vers la reconstruction à l’identique décidée en juillet 2020. La première grande étape, la sécurisation de l’édifice, devrait s’achever cet été pour les 120 à 130 personnes mobilisées chaque jour. L’ancien échafaudage incendié qui menacé d’aggraver le sinistre a été enlevé en novembre 2020. La zone, à ciel ouvert, sera protégée d’ici à fin avril par un « parapluie » en métal et des bâches en plastique. « Sa pose devrait être achevée dans les prochaines semaines. Notre-Dame de Paris sera alors hors d’eau », précise Jonathan Truillet, conservateur en chef du patrimoine et directeur adjoint des opérations de l’établissement public de conservation et de restauration de Notre-Dame de Paris. Aussi, les gravats ont été débarrassés, pour établir le diagnostic de l’état des pierres sous les voûtes. Pour les inspecter, des échafaudages de 27 mètres ont été montés, l’échafaudage de la nef sera le dernier installé d’ici à fin mai. Ces échafaudages sont indispensables pour mener la dernière grande opération de sécurisation : la consolidation des voûtes grâce à la pose de cintres en bois, déjà en cours.

Émanations de plomb
Les opérations réalisées depuis deux ans sont considérables. Depuis le premier jour, priorité est donnée à l’évacuation des vestiges et aux nettoyage et à l’aspiration des voûtes du chœur, de la nef et de la croisée des quatre voûtes du transept. De juin à novembre 2020, les ouvriers ont procédé à la dépose de l’échafaudage sinistré qui entourait la flèche, en sciant un à un les 40 000 tubes de métal qui avaient fondu. D’août à décembre 2020, le grand orgue a été évacué : il a fallu déposer ses 8 000 tuyaux répartis en 115 jeux. Enfin, de septembre 2020 à janvier 2021, un chantier test a été mené sur deux chapelles – Saint Ferdinand et Notre-Dame de Guadalupe – pour définir un protocole de nettoyage de restauration qui sera généralisé au 24 chapelles que compte la cathédrale.

En parallèle, un millier de chênes français ont déjà été coupés et sont en train de sécher pour servir à la reconstruction de la flèche, son tablier et la croisée du transept. Problème, malgré les avancées, les travaux sont grandement ralentis par les intempéries et les arrêts de chantier à cause de la covid. Les émanations de plomb autour du chantier ont en outre provoqué des retards et alourdi les factures. Cette présence de plomb rend obligatoire les masques à assistance respiratoire dans les zones « émissives ». Une première aspiration des murs intérieurs est prévue à l’automne pour abaisser la teneur en plomb et faciliter le travail des ouvriers. Dès lors, les premiers travaux de nettoyage et de restauration de l’intérieur « changeront considérablement l’aspect visuel dans la cathédrale, qui était déjà très encrassée avant l’incendie. Ce qui promet d’être spectaculaire » promet Jonathan Truillet.

Aménagement du parvis
Outre le nettoyage et la reconstruction de l’intérieur de la cathédrale, le réaménagement du parvis de Notre-Dame est également lancé. Les élu·es du Conseil de Paris l’ont statué ce mardi 13 avril. Les travaux commenceront à la fin 2024, après les JO de Paris. Cette année 2021 sera celle de la prise en forme du projet. La mairie de la capitale prévoit la constitution d’un jury de sélection des quatre équipes d’architectes en lice pour décrocher le chantier. La remise du cahier des charges définitif, élaboré avec l’État et le diocèse, aura lieu cet été. La sélection parmi les quatre équipes se fera en deux tour, un premier en décembre 2021 sur la base des premières esquisses, et un second en avril 2022 à partir des esquisses intermédiaires. Le sélection finale du projet aura lieu à l’été 2022. En parallèle, une consultation citoyenne sera lancée au second semestre 2021 pour alimenter le dialogue compétitif.

Un budget en question
Autant dire que le chemin sera encore long avant que Notre-Dame ne renaisse complètement de ses cendres. Et avant même que la reconstruction ne commence, le doute plane déjà sur le montant des travaux et le budget prévu, qui menace, selon certain·nes, d’être insuffisant. La sécurisation du site a déjà coûté à elle seule 165 millions d’euros et mobilisé quelque 215 entreprises. Le réaménagement du parvis bénéficie lui d’une enveloppe de 50 millions d’euros prévue par la mairie de Paris. L’émotion suscitée par l’incendie avait abouti à l’afflux de 883 millions d’euros de dons de la part de 338 000 donateur·rices. L’exploitation de cet argent, scrutée de près, a fait l’objet d’un rapport de la Cour des comptes, qui a épinglé l’établissement public en charge de la conservation et de la restauration de la cathédrale pour son manque de transparence dans l’utilisation de la somme. Sur le point des besoins pour les travaux, Roselyne Bachelot, la ministre de la Culture, a tranché devant les sénateur·rices le 14 avril: « Il y a un débat qui est né : certains pensent qu’il y aura trop d’argent et qu’il faut déjà penser à une utilisation ultérieure. Certains pensent, au contraire, qu’il n’y en aura pas assez. À l’heure actuelle, les sommes récoltées nous permettent d’envisager tranquillement ce chantier dont la sécurisation sera terminée à la fin de l’été. Nous passerons ensuite à la phase de restauration. Je peux vous dire qu’en 2024, la cathédrale de Paris sera rouverte. »

ABA

 

 

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