Vague de froid : le gouvernement lance le régime de calamité agricole

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Un épisode de gel frappe près de 80 % des vignobles français et des arboricultures partout en France. Il menace déjà les récoltes.

L’hiver est fini, mais le froid est toujours là. Après un mois de mars clément, une vague de froid frappe plusieurs régions et les nuits de gel ont surpris des cultures qui avaient déjà entamé leur bourgeonnement, tout particulièrement les vignobles. Face à des dégâts déjà considérables qui menacent les récoltes, le gouvernement va déployer le régime de calamité agricole.

Le début du mois d’avril laisse craindre le pire pour bien des agriculteur·rices, et rappelle la catastrophe du coup de gel de 2017. Voire pire. En quelques jours, le froid et le gel du milieu de semaine a ravagé l’agriculture française, qui entamait la saison printanière. Dans les vignes, le constat est édifiant : le gel aurait touché 80 % du vignoble français en quatre jours. Malgré les efforts nocturnes déployés par les viticulteur·rices pour limiter les dégâts du gel, par la dispersion de braseros entre les vignes ou encore l’arrosage des vergers pour créer une coque de glace autour des bourgeons, sans parler du brassage de l’air par des pâles d’hélicoptère (!) le froid a fait son œuvre. Face à l’urgence et à ce constat alarmant, le gouvernement va déployer le régime de calamité agricole, comme l’ annoncé Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, jeudi 8 avril. Ce régime exceptionnel peut être invoqué pour indemniser les viticulteur·rices victimes d’une perte de récolte après la reconnaissance, par les autorités, d’un aléa climatique. En l’occurrence, le gel. « Notre mobilisation est totale pour que les mesures d’accompagnement soient mises en place le plus rapidement possible, a précisé le ministre sur FranceInfo, on va étudier également les dispositifs fiscaux habituels que nous pouvons mettre à disposition de ces agriculteurs qui sont face à ces difficultés ». Toutefois, il est encore trop tôt pour chiffrer le coût exact des dégâts, d’autant plus que d’autres épisodes de gel sont à craindre ces prochains jours. En attendant, Julien Denormandie a également promis la pleine mobilisation des assureurs et des banquiers.

Semaine noire
La « violence assez inédite », dixit le ministre de l’Agriculture, de cette vague de gel touche plusieurs régions, du nord de la France à la vallée du Rhône, en passant par l’Île-de-France et le Bordelais. « Dans de nombreuses régions, du nord au sud et de l’est à l’ouest, les dégâts sont impressionnants chez les viticulteurs et chez les arboriculteurs. La détresse est grande aussi dans le monde des grandes cultures ! Les impacts sur le colza, en pleine floraison, sont dramatiques, comme sur les semis de betteraves: de très nombreux planteurs vont devoir ressemer plus de la moitié de leur surface », insiste la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), le syndicat agricole majoritaire. Partout, les récoltes sont menacées, comme le craint Jean-Marie Barillère, président du Cniv, qui réunit les interprofessions des vins AOP et IGP : « On sait déjà qu’on va avoir une très faible récolte en 2021 ». Ainsi que la Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB) : « il est déjà certain que ce gel du printemps impactera sévèrement le volume de la récolte 2021 ». Dans certains cas, notamment dans la vallée du Rhône, l’impact est immédiat. « Pêches, nectarines, abricots vont être rares dans les étals cette année », selon Daniel Sauvaitre, président de l’association nationale des pommes et des poires (ANPP).

Vers un plan de sauvetage ?
Les agriculteur·rices ont besoin d’aide, et la FNSEA « appelle à une réaction rapide des pouvoirs publics », qui doivent « envisager dès à présent les mesures d’indemnisation ppour que chacun passe l’année difficile qui s’annonce ». Dans le même temps, les élu·es de la vigne et du vin réclament « un véritable plan de sauvetage » de la filière viticole. À cette heure, aucune certitude quant à l’ampleur des aides qui seront déployées ni à l’enveloppe dédiée au régime de calamité agricole mise en œuvre par le gouvernement. « L’estimation précise n’est pas encore faite. Il est trop tôt », assure Julien Denormandie. Les coûts seront assurément conséquents, cet épisode de gel étant déjà « l’un des plus sérieux de ces dernières décennies », selon la Cniv. Dans tous les secteurs agricoles, on se mobilise pour sauver ce qui peut l’être et réclamer des actes. Une trentaine de député·es du groupe d’études Vignes, vin et œnologie de l’Assemblée nationale ont ainsi déjà adressé une tribune au ministre de l’Agriculture, pour qu’il active « tous les outils collectifs qui existent pour diminuer l’impact d’une perte de production, mais aussi qu’il réfléchisse à des aides supplémentaires, afin d’éviter que des domaines disparaissent ». Reste désormais à définir les modalités de soutien dans le cadre du régime de calamité agricole qui, à cette heure, sont encore floues.

ABA

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