Le plan de Joe Biden pour moderniser les États-Unis

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Le programme Build Back Better prévoit 2 000 milliards de dollars d’investissement dans les infrastructures

Quelques semaines après son arrivée à la Maison Blanche, Joe Biden lance déjà les grandes manœuvres et affiche sa volonté réformatrice. Pour créer de l’emploi, moderniser les infrastructures vieillissante du pays et tenir tête à la Chine, le président des États-Unis propose un plan d’investissement majuscule, financé par une hausse de l’impôt sur les sociétés.

« C’est ambitieux ! C’est audacieux ! Et nous pouvons le faire ! », a lancé Joe Biden depuis Pittsburg (Pennsylvanie) ce mercredi 31 mars, lors de l’annonce de son vaste plan d’investissement dans les infrastructures. Les objectifs sont clairs : créer des « millions d’emplois », tenir tête à la Chine et lutter contre le réchauffement climatique. Le 46e président des États-Unis, élu il y a trois mois, continue sur sa lancée réformatrice et marque sa rupture avec son prédécesseur. « Aujourd’hui, je propose un plan pour la nation qui récompense le travail et pas seulement la richesse. Il construit une économie équitable qui donne à chacun une chance de réussir », s’est exclamé le locataire de la Maison Blanche. Ce programme, qui doit « créer l’économie innovante la plus forte et la plus résiliente du monde », est baptisé Build Back Better (Reconstruire mieux), et porte sur des investissements étalés sur huit ans. L’enveloppe : plus de 2 000 milliards de dollars (1 706 milliards d’euros), financés par une hausse de l’impôt sur les sociétés de 21 % à 28 %. « Il ne s’agit pas de pénaliser qui que ce soit », explique Joe Biden qui, même s’il croit au « capitalisme américain », veut mettre fin aux inégalités fiscales, qui voient un pompier ou un enseignants payer 22 % d’impôts sur le revenu pendant que des grands groupes comme Amazon ou Facebook ne paient pas d’impôt au niveau fédéral. L’annonce de ce plan d’ampleur intervient peu après l’adoption par le Congrès américain d’un plan de relance centré sur la pandémie de la covid, lui aussi chiffré à près de 2 000 milliards de dollars.

Modernisation des infrastructures
La première phase de Build Back Better sera consacrée aux infrastructures vieillissantes du pays. Pour cela, le plan prévoit en particulier d’injecter 620 milliards de dollars dans les transports, pour amorcer la modernisation de plus de 32 000 km de routes et d’autoroutes, et de réparer et rénover quelque 10 000 ponts à travers les États-Unis. Et les besoins en rénovation d’infrastructures ne manquent pas. L’Association des ingénieurs civils (Asce) classe 11 des 17 catégories d’infrastructures évaluées dans la catégorie D, c’est-à-dire en mauvais état, plus d’un tiers des ponts américains doivent être réparés ou complètement remplacés et 43 % des principales routes sont en mauvaise ou médiocre état. Au total, ce sont 650 milliards de dollars qui sont fléchés vers la reconstruction des infrastructures, 400 milliards pour les personnes âgés et les handicapés, 300 milliards pour l’habitat, et 300 milliards pour relancer l’industrie. Un plan ambitieux donc, mais pas suffisamment pour certains, notamment dans le camp de la majorité présidentielle démocrate. Déjà, des voix dissonantes s’élèvent depuis l’aile gauche du Parti démocrate, à commencer par Alexandria Ocasio-Cortez, ancienne soutien de Bernie Sanders lors des primaires et élue de New-York, pour qui le plan est « loin d’être suffisant », et « doit être bien plus important ». De l’autre côté, celui du grand old party (le parti républicain), on retient la contrepartie fiscale du projet, à l’instar de John Barrasso, sénateur républicain du Wyoming, qui y voit un « cheval de Troie » permettant aux démocrates « de dépenser plus et d’augmenter les impôts ». Il faudra un Joe Biden fin négociateur et habile tacticien pour faire passer son programme au Congrès, auprès de l’opposition comme au sein de son camp.

Lutte contre le changement climatique
De la part du pays s’étant retiré des accords de Paris durant le mandat de Donald Trump, les attentes en termes de transition écologique sont considérables. Le plan Build Back Better prévoit d’amplifier « la révolution des véhicules électriques ». Pour cela, le programme ambitionne le passage à l’électricité pour 20 % des fameux bus jaunes de ramassage scolaire. Il s’agira aussi de rendre les nouvelles infrastructures plus résistantes aux évolutions liées au changement climatique, sachant que la plupart des infrastructures actuelles datent des années 1950. Surtout, le plan d’investissement se veut être la clé de voûte de l’ambitieux programme de l’administration Biden en vue de décarboner l’économie américaine d’ici à 2050. Le chemin sera long, et le volet « vert » du plan prévoit notamment l’allocation de 174 milliards de dollars pour le développement du marché des véhicules électriques, via la production nationale de composants et de batteries et des remises et incitations fiscales pour l’achat de véhicules électriques produits aux États-Unis. Aussi, il est prévu de supprimer les subventions et niches fiscales qui profitent aux entreprises actives dans les énergies fossiles et de demander aux plus grands pollueurs de contribuer à un fonds pour les opérations de dépollution environnementale. Il n’y a pas à dire, de Trump à Biden, ce n’est plus le même refrain.

ABA

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