Recyclage et tri sélectif : la France progresse

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À l’occasion de la Journée mondiale du recyclage (18 mars), retour sur la pratique du tri et les performances de recyclage en France.

Pour relever le défi, économique, environnemental et logistique qu’incarne le déchet et ses millions de tonnes pour la société, le recyclage est un levier et un outil vertueux, vecteur d’une économie circulaire. Qu’il s’agisse de la poubelle jaune ou du tri sélectif, la responsabilisation doit être celle de toutes et tous. Face à ce défi environnemental, économique et logistique, la France progresse, mais le chemin est encore long.

En 2018, le Bureau international du recyclage (BIR) a choisi la date du 18 mars pour établir la Journée mondiale du même nom, mise en place à l’origine en 1994 pour promouvoir la consommation de produits fabriqués à partir de matériaux recyclés. À l’occasion de cette journée désormais ritualisée, le maître mot est la sensibilisation du grand public, en particulier de la jeunesse, à l’enjeu du recyclage. En France, la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (Federec) organise un concours inter-écoles fondé sur la réalisation d’une pancarte qui doit porter des mots liés au recyclage. En 2020, les plus belles réussites ont été exposées dans galeries MR14 à Paris.

Surtout, l’occasion est toute trouvée pour réaliser un bilan du recyclage en France et de son évolution récente. Depuis les débuts de l’organisation de la collecte des déchets à la fin du XIXe siècle, avec notamment l’interdiction du dépôt des déchets ménagers sur les voies publiques en 1870 et l’invention en 1883 par le préfet de la Seine, Eugène Poubelle, du récipient à ordures qui porte son nom, que de chemin parcouru. À commencer par la production de déchets : selon l’Ademe (Agence de la transition écologique), quelque 326 millions de tonnes de déchets ont été produites en 2017, soit 4,9 tonnes par habitant, dont 39 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés (DMA), 63 millions de tonnes produites par les entreprises et 224 millions de tonnes par le BTP. À ce jour, la réussite du recyclage est inégale : les emballages ménagers sont recyclés à environ 70 % et le verre à 86 %, mais le plastique, particulièrement polluant et complexe à traiter, ne l’est qu’à 30 %. S’agissant des habitudes des Français·es, la troisième édition de l’enquête de l’Observatoire du geste du tri réalisé par Ipsos révèle que 51 % d’entre eux·elles trient désormais systématiquement leurs emballages. Un progrès, puisqu’ils·elles n’étaient que 43 % à le faire en 2013 et 48 % en 2017.

Recyclage et économie circulaire
Les déchets sont une ressource, leur gestion une économie et une industrie. Selon l’Ademe, le recyclage approvisionne aujourd’hui 67 % de l’industrie papèterie, 49 % de la sidérurgie et 56 % de l’industrie verrière. Et les déchets engendrent plus de 110 000 emplois directs. L’industrie du recyclage en elle-même, réunit quelque 1 300 entreprises spécialisées, regroupées et représentées au sein de la Federec (Fédération des entreprises du recyclage), pour près de 30 000 salarié·es réparti·es en 12 filières. Le recyclage est un levier économique et d’emploi incontestable, en plus d’être une nécessité écologique et environnementale. Surtout, le recyclage participe et pérennise ce que l’on nomme l’économie circulaire. L’Ademe définit le concept comme « un système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits (biens et services), vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement tout en développant le bien être des individus ». Le concept est simple : celui d’un cercle vertueux, brisant le paradigme de l’économie « linéaire » en passant notamment par un recyclage efficace et une réduction du gaspillage. Le recyclage et la gestion des déchets sont l’un des trois piliers de l’économie circulaire autour de la prévention et de la gestion efficace des ressources, avec l’offre des acteurs économiques (éco-conception, écologie industrielle, commerce durable…) et les comportements des consommateur·rices. On y revient, le déchet et l’environnement sont l’affaire de tous. Et les défis sont encore nombreux, les progrès encore nécessaires. Pour parvenir à mieux gérer la fin de vie de nos plastiques et de nos déchets polluants, trois maîtres mots : éco-conception, éco-citoyenneté et responsabilité individuelle et collective.

La France est en retard
Malgré ses progrès, la France du recyclage n’est pas le meilleur élève européen, loin s’en faut. La part des déchets recyclés par les Français·es est passée de 17,9 % en 1995 à 43 % en 2019, selon Eurostat. Une belle progression, mais loin de la performance des Allemand·es, qui recyclent 68 % de leurs déchets. Selon Jean Hornain, DG de l’éco-organisme Citeo, né en 2017 de la fusion entre Éco-emballages et Ecofolio, « la France est dans le milieu de tableau en Europe concernant le recyclage. Nous ne devons ni nous auto-flageller ni nous enorgueillir, des pays sont meilleurs que nous, on cite souvent l’Allemagne, mais le souci c’est que les façons de calculer les taux de recyclage diffèrent selon les pays. Comme le soulève le DG de Citeo, les disparités statistiques entre pays européens et leur capacité de recyclage sont difficilement opposables (certains pays comptent l’incinération comme du recyclage), mais l’Union européenne a décidé d’une harmonisation prochaine des taux de recyclage. Outre la législation européenne, il est certain que la France du recyclage a encore des progrès à faire. Techniques surtout. Grâce aux programmes de R&D en la matière, la bouteille plastique a par exemple perdu 45 % de son poids ces 15 dernières années. Une autre solution d’avenir est le tri à la source des biodéchets, qui passera par l’adoption du tri ménager comme réflexe quotidien. En ce sens, une récente directive européenne prévoit que les États membres doivent veiller à la collecte séparée et au recyclage des biodéchets à la source au plus tard le 31 décembre 2023. Au-delà du recyclage, l’enjeu global est celui de la valorisation de nos déchets, qui passe et passera également par le réemploi, le marché de l’occasion et du troc, le reconditionnement et la production raisonnée. À chaque déchet sa solution, sans plan de fin de vie. En définitive, on en revient à l’essence même du recyclage, représentée par le ruban de Möbius en forme de triangle de son pictogramme : celle d’un cercle vertueux et responsable, visant à moins prélever les ressources de la planète, mieux produire et consommer et responsabiliser chacune et chacun. La boucle est bouclée.

Adam Belghiti Alaoui

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