Airbus et Air France-KLM, une année 2020 dans le rouge

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À l’image d’un secteur de l’aéronautique sinistré, le groupe européen Airbus accuse plus d’1 milliard d’euros de pertes sèches. Air France-KLM en annonce 7…

Année noire pour l’aviation et pour l’aéronautique internationale. Airbus, cador du secteur, paie le prix fort de ce cru 2020 désastreux. Si l’avionneur européen résiste mieux que son adversaire américain Boeing, les pertes sont conséquentes. Pour continuer de limiter les dégâts tant bien que mal Airbus devra, en 2021, gérer les reports de commandes qui s’accumulent.

« Les résultats 2020 témoignent de la résilience d’Airbus dans la crise la plus sévère qu’ait connue l’industrie aérospatiale », dixit Guillaume Faury, PDG d’Airbus. Si le grand patron de l’aviateur européen souligne la résistance du groupe, le constat est là : sans surprise, Airbus a plongé dans le rouge en 2020. Le 18 février, le groupe toulousain, dernier poids lourd du secteur à le faire, a publié ses résultats financiers officiels pour l’ensemble de l’année 2020. La perte nette accusée est de 1,1 milliard d’euros. La casse est donc limitée, malgré la déconfiture globale du secteur aérien et des avions cloués au sol pendant des semaines. Outre ses pertes sèches, l’avionneur européen voit son chiffre d’affaires chuter de 29 %, à 49,9 milliards d’euros. Et pour cause, Airbus n’a livré que 556 appareils en 2020, soit un tiers de mois qu’en 2019. La perte est conséquente, mais Airbus résiste mieux que Boeing, lequel, sur la même période, accuse une perte de plus de 11,9 milliards de dollars (9,8 milliards d’euros). Si les commandes ont baissé, Airbus est parvenu à maintenir une bonne tenue de ses livraisons malgré la crise, tant bien que mal. Et entend bien renouveler la « performance » en 2021 et livrer le « même nombre d’avions commerciaux qu’en 2020 ». Malgré les pertes, l’avionneur a ainsi réussi à dégager un bénéfice opérationnel de 1,7 milliard d’euros. En 2021, il prévoit, optimiste, un bénéfice opérationnel de 2 milliards d’euros.

Rebond en 2021 ?
En 2020, la perte d’Airbus reste légèrement inférieure à celle de 2019, marquée par une amende de 3,6 milliards d’euros dans une sombre affaire de corruption. Reste que les temps sont durs : l’avionneur a réduit ses cadences de production de près de 40 % et a annoncé à l’été 2020 un plan de quelque 15 000 suppressions de postes, dont 5 000 en France, sur les 134 000 que compte le groupe. Pour 2021, le doute subsiste, comme l’exprime Guillaume Faury : « De nombreuses incertitudes subsistent pour notre industrie en 2021, car la pandémie continue d’impacter nos vies, nos économies et nos sociétés. »

Première certitude toutefois : comme en 2020, le groupe ne proposera pas de dividende cette année. Pour passer la crise, Airbus avait négocié très tôt en 2020 des lignes de crédits pour un montant total de 15 milliards d’euros. « Grâce à sa bonne notation de crédit, l’entreprise a été capable de limiter le coût des intérêts à 400 millions d’euros et d’allonger la maturité de la dette en émettant de nouveaux bonds », a précisé Airbus dans ses résultats. Pour autant, 2021 risque fort de ressembler à 2020 : des annulations et des commandes au ralenti, mais les phénomènes marquants de cette année 2 de la crise devraient bien être les reports de livraisons. Le 16 février, la compagnie américaine Delta Airlines a annoncé le report d’un an des premières livraisons des 100 Airbus A321neo commandés depuis 2017. Singapore Airlines a lui aussi choisi de reporter la réception de 132 appareils Airbus et Boeing. La compagnie devait réceptionner les avions entre 2021 et 2023, leur livraison s’étendra finalement jusqu’en 2025-2026

Air France-KLM en pleine déroute
Outre les constructeurs aéronautiques, les compagnies aériennes sont, elles aussi, dans le rouge. Le rouge écarlate. Le groupe franco-néerlandais Air France-KLM traverse une zone de turbulence inédite. Les chiffres donnent le tournis : le groupe a perdu 7,1 milliards d’euros en 2020, et s’est vu priver des deux tiers de ses clients. Conséquence : le chiffre d’affaire s’est effondré de 59 % par rapport à 2019, et tombe à 11,1 milliards d’euros. À peine cet amer bilan publié, Air France-KLM a déjà fait savoir que son premier trimestre 2021 sera « difficile » et que la visibilité d’une reprise reste « limitée ». Frédéric Gagey, le directeur financier du groupe, dit à propos des pertes qu’elles relèvent « d’ordres de grandeur qui donnent un peu le tournis ». On le sait, la rentabilité d’une compagnie aérienne dépend en premier lieu de sa capacité à faire voler ses coûteux appareils. Par ces temps de pandémie, l’équation se révèle insoluble, et les gouvernements français et néerlandais ont dû intervenir pour sauver le soldat Air France-KLM en accordant des prêts directs ou garantis pour plus de 10 milliards d’euros. Des « renflouements » que Bercy voudrait transformer en apports de capitalisation et non compter en dette, ce à quoi l’Europe, pour des raisons concurrentielles, donnera difficilement son aval.

La déroute du groupe franco-néerlandais ne fait pas exception : les compagnies aériennes ont accusé des pertes cumulées de 118 milliards d’euros en 2020, et la trafic aérien s’est réduit de 66 %.

Adam Belghiti Alaoui

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