Le bitcoin, nouvel « or numérique » ?

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En pleine crise économique, la reine des cryptomonnaies voit son prix atteindre des sommets inédits.

Début d’année en fanfare pour le bitcoin, la fameuse cryptomonnaie qui ne cesse de grimper. Sa valeur vient même de dépasser le seuil des 50 000 dollars, un record. En quelques semaines, le prix de la devise numérique s’est multiplié et le bitcoin devient une option de choix pour les investisseur·ses, et ses usages se diversifient.

Jusqu’où ira le bitcoin ? La cryptomonnaie créée en 2008 ne cesse d’offrir de nouvelles perspectives, et sa valeur s’envole. Malgré sa volatilité. Il y a un an, le bitcoin s’échangeait à l’unité à moins de 10 000 dollars, mardi 16 février, il fallait compter près de 50 000 dollars (41 178 euros). Une première notamment permise par l’intérêt grandissant des grandes banques et des multinationales pour la fausse devise. Depuis le début de l’année 2021, le bitcoin a vu sa valeur augmenter de plus de 70 %, excusez du peu. Elle a quintuplé en un an. Autrement dit, l’investissement dans le bitcoin se révèle de plus en plus rentable. Attention cependant : en 2017 déjà, les prix avaient grimpé avec un entrain similaire, puis s’étaient effondrés en 2018. C’est cette volatilité incontrôlables du bitcoin, qui ne repose sur aucun actif, dont se méfient certain·es observateur·rices. Reste que pour d’autres, la situation d’aujourd’hui est bien différente, et le bitcoin s’impose comme une solution de diversification pour les investisseur·ses, qui profitent de sa très faible corrélation aux autres actifs et à l’environnement de marché. Et le marché du bitcoin a de quoi attirer. Avec plus de 18,6 millions de bitcoins émis depuis 2008, l’ensemble du marché atteint la valeur théorique de plus de 923 milliards de dollars.

Une valeur qui s’installe
Plus ça va, et plus le bitcoin s’impose comme une valeur financière de choix. De manière générale, l’utilisation des cryptomonnaies se démocratise, grâce notamment aux programmes des multinationales de paiement comme PayPal ou Visa. Du côté des marchés financiers, si beaucoup discutent encore de la légitimité du bitcoin, le secteur tend à s’institutionnaliser. Et les autorisations délivrées par les autorités américaines à des plates-formes pilotées par le New York Stock Exchange (NYSE) ou soutenues par le Nasdaq pour lancer des produits dérivés du bitcoin se multiplient. L’usage de la cryptomonnaie dans la finance internationale se crédibilise petit à petit. BlackRock, le numéro 1 mondial de la gestion d’actifs permet aujourd’hui à deux de ses fonds d’investissements d’acheter des dérivés du bitcoin. L’engouement se traduit dans les chiffres : la capitalisation totale du bitcoin atteint quelque 970 milliards de dollars.

Tesla mise sur le bitcoin
Le marché du bitcoin s’envole, et Tesla veut en profiter. Début février, le constructeur automobile électrique a créé la surprise en annonçant avoir investi 1,5 milliard de dollars dans le bitcoin, preuve de la confiance de son patron Elon Musk dans les cryptomonnaies. Quelques jours plus tard, MicroStrategy, un éditeur de logiciel américain, a annoncé une levée de fonds de 600 millions de dollars « pour acheter des bitcoins », après avoir pris le pari fin 2020 de miser sur la cryptomonnaie pour permettre aux investisseur·ses de Wall Street d’acheter leur action. En janvier, les positions à l’achat sur le bitcoin ont même supplanté pour la première fois celles sur les valeurs technologiques comme thème favori des investisseur·ses. Pour autant, les banques centrales restent sceptiques face aux cryptomonnaies en général et au bitcoin en particulier. Pour Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, le bitcoin est « un actif spéculatif », et pas une monnaie.

Malgré la réticence des grandes instances bancaires, le bitcoin n’est plus seulement vu comme un investissement à court terme, et certains le voit déjà comme un futur « or numérique ». JP Morgan, la plus grande banque d’investissement au monde, écrit ainsi dans une note : « Le bitcoin pourrait faire concurrence à l’or comme monnaie alternative dans les prochaines années, à mesure qu’une nouvelle génération d’investisseur·ses prend une part toujours plus importante sur le marché ». Une comparaison qui tient notamment  au processus d’émission du bitcoin : il ne peut y avoir que 21 millions d’unités en circulation, une limite volontairement inscrite pour contrôler son inflation et protéger le bitcoin des changements de politique monétaire, comme c’est le cas pour les métaux précieux. Autant dire que cette « monnaie d’octet » (le sens littéral du mot), non régulé par une banque centrale, pourrait devenir une alternative aux monnaies traditionnelles. Et une valeur refuge pour les investisseur·ses en pleine crise sanitaire, alors que la planche à billets tourne à plein régime. Gare à l’euphorie toutefois, la volatilité reste le talon d’Achille du bitcoin.

Adam Belghiti Alaoui

Dans leur savant ouvrage, parfois difficile à lire, Le futur de la monnaie (Odile Jacob), Michel Aglietta et Natacha Valla se lancent, entre autres analyses percutantes, dans une analyse de ce « futur monétaire » où les bitcoins sont décrits comme des « cryptoactifs » et jamais comme des monnaies dont ils ne reprennent pas encore les piliers, à l’instar de la ou du libra de Facebook, devenu le « diem ». « Subrepticement, écrivent les économistes, [ces cryptoactifs] promettent de se substituer aux banques commerciales et de capter la confiance dont les banques centrales bénéficient. La blockchain et la technologie de grand livre distribué (DLT) deviendraient l’alpha et l’oméga de la monnaie de demain. » OM

En guise de complément, la très complète étude de Cointribune, un magazine en ligne consacré aux cryptomonnaies

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