OpenLux : le Luxembourg au cœur d’un nouveau scandale fiscal

 Temps de lecture constaté 2’45

Selon les révélations d’un consortium international de journalistes, 15 000 Français·es ont créé une société au Luxembourg pour échapper à l’impôt.

Après les LuxLeaks et les Panama Papers, place à OpenLux, la nouvelle enquête au long cours qui révèle l’ampleur des manœuvres d’évasion et d’optimisation fiscales réalisées au Luxembourg, toujours pas qualifié de paradis fiscal par Bruxelles. Le Monde et seize autres médias internationaux ont épluché plus de 3 millions de documents pendant un an. Au menu, les fonds douteux de multinationales, milliardaires, sportifs et autres célébrités.

Coup de tonnerre lundi 8 février, lorsque Le Monde publie en France et simultanément avec d’autres journaux européens une vaste enquête sur les pratiques fiscales très avantageuses pratiquées au Luxembourg, sept ans après les LuxLeaks. Un nouveau scandale d’évasion fiscale. Encore un. Pendant un an, des journalistes du monde entier ont analysé les comptes des 140 000 sociétés immatriculées dans le Grand-Duché, soit une pour 4 habitant·es. Le tout grâce à une directive européenne votée en 2018 qui a exigé la création de registres publics des propriétaires réels des sociétés dans tous les États membres. OpenLux : radiographie d’un paradis fiscal, l’intitulé de l’enquête ne laisse pas de place au doute. En 2014 déjà, l’enquête LuxLeaks révélait des accords fiscaux attractifs accordés par le Luxembourg à des centaines d’entreprises. Si un tiers des comptes de société n’ont pas pu être récupérés et que seule la moitié des bénéficiaires ont pu être identifiés, les chiffres donnent à nouveau le tournis.

Un aimant à grandes fortunes
Le Grand-Duché abrite quelque 55 000 sociétés offshore gérant des actifs, pour une valeur qui atteint 6 500 milliards d’euros sur 2018-2019. Neuf sociétés sur dix sont détenues par des non-résidents et l’on dénombre 157 nationalités. Les Français·es occupent même la première place avec 17 000 sociétés venues échapper à l’impôt. Et c’est efficace, ces entreprises représentent 100 milliards d’euros d’actifs, soit 4 % du PIB français ! Mieux, ou pire c’est selon, parmi les 50 familles les plus riches de France, 37 sont présentes au Luxembourg et y détiennent à elles seules 550 sociétés et 92 milliards d’euros d’actifs. Sur les 500 plus grandes fortunes du pays, selon Challenges, un tiers possèdent des sociétés de l’autre côté de la frontière. Le tourisme fiscal au Luxembourg, comme on pourrait l’appeler, se porte comme un charme. Dans son compte rendu, Le Monde établit même une analogie entre le Luxembourg et Ali Baba, le héros du fameux conte perse qui bâtit sa fortune en devenant la gardien de tout l’or des voleurs… Et pour cause, l’enquête révèle qu’entre œuvres d’art, fonds d’investissement, parts dans des multinationales et bien immobiliers, la caverne luxembourgeoise est bien remplie. À lui seul, le richissime Bernard Arnault, 1re fortune française, possède 72 sociétés dans le Grand-Duché, dont 31 holdings personnelles et 26 filiales du groupe LVMH. Outre les gros portefeuilles français, des grandes fortunes du monde entier sont citées par l’enquête.

Alors le Luxembourg, paradis fiscal ?
« Il faut mettre le Luxembourg sur la liste des territoires non-coopératifs, c’est-à-dire des paradis fiscaux, comme Jersey et les îles anglo-normandes », affirme Nathalie Goulet, sénatrice UDI de l’Orne. Car oui, malgré les révélations et les scandales qui se succèdent d’année en année, le Luxembourg ne fait pas partie de la liste européenne ni de la liste française des paradis fiscaux, qui compte treize États : Anguilla, Bahamas, Fidji, Guam, Îles vierges américaines, Îles vierges britanniques, Oman, Panama, Samoa américaines, Samoa, Seychelles, Trinité-et-Tobago, Vanuatu. Détail important à noter : la liste est fixée par le gouvernement, le Parlement est exclu de tout contrôle.

Une chose est sûre, se prêter au jeu de l’optimisation fiscale au Luxembourg a tout de la bonne affaire. Y avoir une holding donne le moyen de « bénéficier d’exonérations fiscales sur les dividendes et les plus-values perçues, et de faire baisser les retenues à la source pour d’autres revenus », précise l’enquête. L’économie va représenter dans certains cas plusieurs millions d’euros. Tant que l’argent ne sort pas, les fonds sont indolores fiscalement. Selon les estimations du Monde, 8 milliards d’euros de profits sont ainsi stockés dans des sociétés luxembourgeoises sans être reversés aux 37 familles. Si la plupart des familles et fortunes interrogées démentent toute volonté d’opacité de leur compte et de leurs schémas de détention de biens, les faits sont là. Et une grande partie des fonds détenus au Luxembourg ne sont pas encore traçables ni identifiés. De son côté, le gouvernement luxembourgeois a réagi en affirmant que le pays « respecte pleinement toutes les réglementations européennes et internationales en matière de fiscalité et de transparence, et applique toutes les mesures communautaires et internationales en matière d’échange d’informations pour lutter contre les abus et l’évasion fiscales ». Chacun sera juge.

Adam Belghiti Alaoui

1 COMMENTAIRE

  1. Le Monde ferait mieux de se pencher sur les 40 millions de cartes vital faites et utilisées en fraude, sur les millions de personnes qui vivent sans travailler sur le dos de la communauté… et sur la sur taxation spoliatrice qui règne en France

    commençons par faire le ménage chez nous

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.