Jeff Bezos passe le flambeau à la tête d’Amazon

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Le fondateur historique a surpris son monde en annonçant son retrait de la direction du géant américain.

L’année 2020 aura plus que bien réussi à Jeff Bezos et Amazon. Avec un chiffre d’affaires de 386 milliards d’euros sur l’année, la marketplace est l’un des grands gagnants de la crise. Celui qui a dépassé les 100 milliards de dollars de fortune personnelle va laisser sa place de directeur général du groupe à Andy Jassy. Une décision surprise, dans un contexte où Amazon est plus que jamais puissant. Mais aussi plus que jamais critiqué.

L’annonce a secoué les analystes et les marchés du monde entier, ce mardi 2 février. Jeff Bezos, 57 ans, fondateur et PDG du leader mondial de l’e-commerce, s’apprête à prendre du recul et à passer la main. Si la fonction de PDG du groupe va revenir à Andy Jassy, actuel patron d’Amazon Web Services et fidèle du « boss », Bezos restera à la tête du conseil d’administration. « Aujourd’hui, je trouve Amazon plus inventif que jamais. Le moment est donc optimal pour cette transition », a annoncé le plus célèbre des chauves milliardaires dans sa déclaration. Que de chemin parcouru depuis 1994, lorsqu’il créa une simple libraire en ligne ! 27 ans plus tard, l’ancien ingénieur en électricité et informatique est à la tête d’une des entreprises les plus puissantes et influentes de la planète, et l’humain le plus riche du monde.

En 2020, Amazon a brisé tous les records : 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires en un trimestre pour la première fois (104,5 milliards d’euros sur les trois derniers mois de 2020), 7,2 milliards de dollars de bénéfices trimestriel, bond de l’action de 44 % sous l’effet des fêtes de fin d’année et du confinement, chiffre d’affaires de 386 milliards de dollars, soit une hausse de 38 %… Les chiffres donnent le vertige. Avec un bénéfice de 21,3 milliards de dollars sur l’année complète et 1,3 million d’employé·es, Amazon est plus qu’un poids lourd, c’est un État dans l’État.

Jassy, un profil plus consensuel
L’héritage de Bezos est considérable, et salué par les observateur·rices et ses pairs. La santé insolente affichée par Amazon en pleine pandémie ne lui est pas étrangère. Pour autant, son retrait relève en partie de la manœuvre « politique », à l’heure où les pratiques du grand patron Bezos étaient de plus en plus critiquées. Face à sa gestion de la crise et de la pandémie de covid-19 et la dure vie au travail au sein des entrepôts d’Amazon, les contestations sociales grimpent en interne. « Le modèle économique de Jeff Bezos pour Amazon se régalait de subventions publiques, payait peu ou pas d’impôts et déshumanisait et maltraitait ses employés », explique Stuart Appelbaum, président du syndicat de la distribution, de la vente de gros et des commerçants (RWDSU). Sans oublier les soupçons de pratiques anti-concurrentielles qui pèsent sur le groupe, notamment auprès de l’Union européenne, qui a mis en garde Amazon plus d’une fois. Tout compte fait, le profil d’Andy Jassy, qui va donc succéder à Jeff Bezos, paraît plus consensuel et plus à même de présenter le géant de l’e-commerce sous un jour plus acceptable. Histoire, aussi, de moins exposer un Jeff Bezos qui oscille entre image d’un milliardaire visionnaire hors-normes et statut de patron tyrannique, comme Steve Jobs avant lui.

La nouvelle vie de Bezos
Ne vous y trompez pas, le fondateur d’Amazon a beau prendre du recul, il ne s’exclut pas du tableau pour autant. Andy Jassy assurera la direction quotidienne du groupe, Bezos en conservera le contrôle, ainsi que 16 % de son capital. « En tant que président exécutif, je resterai engagé dans les initiatives importantes d’Amazon mais j’aurai aussi le temps et l’énergie de me consacrer à Day 1 Fund, au fonds Bezos pour la planète, à Blue Origin, au Washington Post et à mes autres passions », a ainsi indiqué le gigamilliardaire dans une lettre envoyée à ses salarié·es.

Andy Jassy, en 2019

Le jour de la retraite, s’il arrive véritablement un jour, est donc encore loin pour Jeff Bezos. La course à la conquête spatiale et aux exploits technologiques, dans laquelle le SpaceX d’Elon Musk a pris un sacré avantage sur le BlueOrigin de Bezos, s’annonce comme son nouveau grand défi. Le patron omniscient continuera également d’assurer son statut de patron de presse, lui qui est propriétaire d’un des plus grands quotidiens américains et mondiaux, The Washington Post, depuis 2013. C’est certain, malgré son départ de la direction générale d’Amazon, Jeff Bezos, dont la voix et les avis sur la société américaine et la scène politique sont de plus en plus écoutés, est l’une des personnalités les plus puissantes et influentes de notre époque. Au même titre que Zuckerberg (Facebook), Sundar Pichai (Google), Tim Cook (Apple) et Bill Gates (Microsoft), ses confrères PDG des géants du numérique, les inévitables GAFAM. Et donc, désormais, Andy Jassy.

 

Adam Belghiti Alaoui

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