Joe Biden au pouvoir, vers un allègement des taxes sur les produits français ?

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L’élection du démocrate à la Maison Blanche laisse espérer un rebattage des cartes des relations commerciales entre la France et les États-Unis.

Après quatre ans de relations diplomatiques et économiques tumultueuses, offerts par Donald Trump, l’arrivée au pouvoir de Joe Biden pourrait se traduire par un apaisement des échanges. Et des taxes sur les produits européens et français. Reste que rien n’est acquis, si Biden devrait se montrer plus flexible que son prédécesseur, l’adage « America First » ne sera pas enterré pour autant.

De Donald Trump à Joe Biden, le changement a de quoi donner le vertige. Et redonner une lueur d’espoir à des entreprises françaises dont l’accès au marché américain coûte toujours plus cher ces derniers mois. Une chose est sûre, l’investiture de Joe Biden ouvre un chapitre inédit de l’histoire américaine. Parmi ses nombreux défis : réparer les ponts qui reliaient les deux rives de l’Atlantique. Avant de considérer la refonte des relations commerciales, notamment avec la France, le 46e président des États-Unis devrait satisfaire à l’une de ses premières promesses : le retour de son pays dans les Accords de Paris, ratifiés en 2015 par 195 délégations et dont Donald Trump avait décrété une sortie le 4 novembre. Seront également sur la table la réconciliation avec l’Organisation mondiale de la santé et une probable reprise des pourparlers nucléaires avec l’Iran. Quant aux disputes commerciales ouvertes ou exacerbées sous le mandat Trump, le chemin vers l’allègement sera long.

Dossiers brûlants
La guerre commerciale entre l’américain Boeing et le franco-européen Airbus, l’un des serpents de mer des tensions économiques entre les États-Unis et le Vieux continent, en fait partie. En l’occurrence, Donald Trump n’est pas celui à blâmer au premier chef. La guerre commerciale fait rage depuis plus de 15 ans entre les deux géants de l’aéronautique. Aujourd’hui, la rivalité se traduit en une augmentation plus que significative des droits de douane sur les produits européens à l’entrée sur le territoire américain. Donald Trump n’aura pas oublié de laisser un souvenir cuisant aux entreprises européennes en annonçant une augmentation des droits de 25 % sur les vins non pétillants et de 15 % sur les pièces de fuselage, d’empennages et autres pièces aéronautiques. En 2019 déjà, les importations européennes de vin, fromage, huile d’olive ou encore whisky et avions Airbus avaient déjà fait l’objet d’un alourdissement de taxes. Des décisions américaines unilatérales qui fâchent Paris et Bruxelles. Pour autant, la Commission européenne mise sur la nouvelle administration Biden : « L’UE va collaborer avec la nouvelle administration américaine le plus tôt possible pour poursuivre ces négociations et trouver une solution pérenne à cette dispute. »

Le vin français fragilisé
Le principal dommage collatéral de la guerre Airbus-Boeing est donc celui qui pèse sur la filière viticole française. La nouvelle taxe de 25 %, élargie à tous les spiritueux, dont ceux de plus de 14 degrés épargnés jusqu’ici, constitue une blessure de plus pour une filière déjà très fragilisée par la crise. Le secteur anticipe un manque à gagner proche du milliard d’euros en 2021. Sur la question, Biden n’a pas tranché ni donné d’avis formel. Michel Chapoutier, président de l’Union des maisons et des marques de vin interrogé sur les antennes de France Info estime que « cette deuxième vague de taxation est consécutive d’une vraie faute de nos gouvernants ». D’autant plus que l’extension des droits de douane s’est ressentie sur les marchés financiers : Cointreau a perdu 3,15 % le jour de l’annonce, Ricard 1,25 % et Airbus 0,19 %.

Autre point chaud : la taxation des GAFAM, rendue effective par la France et très peu appréciée par l’administration Trump. Paris a intimé un ultimatum à Washington le 12 janvier, donnant « jusqu’à l’été » pour trouver un compromis sur la taxation que la France souhaite internationaliser. Jusqu’à présent, l’administration Trump a fait échouer les négociations en menaçant la France de nouvelles représailles économiques. Un dossier supplémentaire dans lequel Biden devra s’immiscer pour, espérons-le, calmer le jeu. Autant dire que la toute neuve administration Biden fait face à une montagne considérable de défis, un pays plus que jamais divisé et des relations internationales et commerciales regrettables à plus d’un titre. La dispute politique et économique avec le Chine, elle aussi, pèse de plus en plus sur le marché français et européen, en particulier sur les grands groupes cotés en Bourse, qui subissent la liste noire des sociétés chinoises interdites aux investisseurs américains.

Donald Trump s’en va, l’espoir d’une nouvelle donne est permis, mais gare à la confiance béate. Joe Biden est un démocrate modéré qui devrait apaiser les tensions, mais il aura déjà tant à faire pour apaiser les tensions internes à la société américaine ! Ce sera sans doute aux pays européens de faire le pas vers Washington, de proposer de nouveaux contrats commerciaux bilatéraux. Comme l’écrit Lucie Robequain dans un éditorial paru dans Les Échos : « Les démocrates qui accèdent à la Maison-Blanche ne font pas forcément le jeu des Européens ».

Adam Belghiti Alaoui

 

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