Néonicotinoïdes, l’Assemblée a voté, retour acté

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En faisant fi des controverses, le parti présidentiel est parvenu à faire voter le retour des néonicotinoïdes en France, au nom d’une « écologie pragmatique ».

C’était le dossier explosif du moment. La question du retour des néonicotinoïdes, classe d’insecticides interdite depuis 2018, a été tranchée par l’Assemblée le 5 octobre. Une majorité de député·es, menée par les élu·es LREM et leurs ami·es Républicain·es ont voté et validé le projet de loi porteur d’une nouvelle autorisation de l’usage des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles au bénéfice des cultures de betterave sucrière. On peut donc bien régresser en matière d’écologie…

« Projet de loi relatif aux conditions de mise sur le marché de certains produits phytopharmaceutiques en cas de danger sanitaire pour les betteraves sucrières. » Dénomination à rallonge pour idée simple : revenir sur une interdiction prononcée en 2018 et retirer une victoire des mains des écolos. Au grand dam des associations de défense de l’environnement, les impératifs et les enjeux économiques ont primé. Il fallait, selon la majorité, revenir en arrière pour soutenir les betteravier·ères touché·es par la jaunisse qui affecte les rendements, dans un secteur déjà largement fragilisé par l’arrêt des quotas européens sur le sucre et l’alignement sur les cours mondiaux fin 2019. Le tout au nom d’une écologie pragmatique, de l’emploi et de la souveraineté alimentaire. Le texte prévoit une dérogation pour autoriser l’utilisation des insecticides tueurs d’abeilles, jusqu’en juillet 2023. Il n’y avait, certes, que peu de suspens sur l’adoption de la dérogation, mais la majorité est apparue plus que jamais tiraillée et divisée sur ce sujet, jugé par d’aucuns comme « anecdotique » mais qui cristallise les tensions entre élu·es. Pour faire passer la pilule, le texte prévoit également la création d’un conseil de surveillance et l’interdiction d’implanter des cultures attirant les abeilles sur les parcelles qui seront traitées aux néonicotinoïdes, pour ne pas exposer les insectes.

Dossier brûlant, majorité échaudée
Malgré la confiance affichée par ses responsables et le vote de la dérogation, le parti présidentiel ressort meurtri du processus. Le vote solennel a vu 313 député·es voter pour, 158 contre et 56 abstentions. Des résultats qui présentent un nombre record de votes négatifs parmi les élu·es LREM, qui furent 32 à voter contre et 36 à s’abstenir. Sur les 271 membres du groupe présidentiel, seuls 175 ont voté en faveur du projet de loi. Et LREM n’est pas la seule force politique à s’être divisée sur la question. Si les Républicains et le Modem ont également en majorité voté pour aux côtés des macronistes, 9 député·es Modem et 21 député·es LR ont voté contre. Malgré la manœuvre de Christophe Castaner, président du groupe LREM à l’Assemblée, qui avait le 21 septembre tenté de convaincre les indécis·es en limitant la dérogation à la seule filière de la betterave sucrière et en proposant l’instauration d’un conseil de surveillance, le texte n’a pas fait l’unanimité parmi son rang et ses alliés.

L’écologie au second rang
À gauche en revanche, l’opposition au projet de loi fut unanime et l’ensemble des forces a voté contre. En réponse aux dénonciations d’un « renoncement » et d’une « faute » par la gauche et les écologistes, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie justifie le texte comme la « seule alternative » pour la survie de la filière betterave et un enjeu de « souveraineté alimentaire ». Le jeu n’en vaut pas la chandelle selon les écolos qui, de concert, regrettent un retour en arrière. Delphine Batho, députée Écologie démocratie et solidarité (EDS), fustige un « vote qui tourne le dos à des années de travail, à des années de combat avec les apiculteurs […] qui se sont mobilisés pour interdire les néonicotinoïdes » et un  « impact monstrueux de ces poisons ». Il est certain que ce vote constitue une régression écologique, il intervient une paire d’années seulement après une victoire contre les insecticides et contente les exploitant·es de la filière betterave et les producteur·rices de sucre, au prix du développement et de la vie d’abeilles, actrices centrales des écosystèmes. Et d’un savant discours de la majorité, à l’instar de Julien Denormandie qui proclamait lors des débats sur le texte : « Nous sommes tous favorables à l’arrêt des néonicotinoïdes, nous sommes tous favorables à la transition agroécologique, avant d’ajouter, cela ne peut pas être au prix de tuer une filière française. » Habile. Mais à courte vue. Tuer des abeilles, c’est peut-être aussi tuer d’autres filières. Il n’a jamais été question pour les betteraviers de changer de culture.

Adam Belghiti Alaoui

1 COMMENTAIRE

  1. il y a quand même un problème de substitution, car l’impact neurotoxique des insecticides interdits néonicotinoïdes dont il s’agit, par ingestion ou inhalation, est plus modéré chez les mammifères, par rapport aux autres insecticides ; leur absence de sélectivité est certes nuisible aux insectes pollinisateurs, dont les abeilles mellifères, mais il n’y a pas d’abeilles sur les champs de betteraves … : https://www.officiel-prevention.com/dossier/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique-2/la-prevention-des-risques-professionnels-des-insecticides

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