Projet de loi de Finances 2021 : c’est l’heure des comptes à Bercy

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Pour financer le plan de relance et des besoins colossaux, le projet de budget 2021 prévoit des émissions de dettes record.

Les finances publiques s’apprêtent à vivre une année 2021 atypique. Contrainte. La crise sanitaire fait déraper les comptes et le projet de loi de Finances pour 2021 entend traverser la tempête en empruntant quelque 260 milliards d’euros sur les marchés. Un chiffre record justifié par un déficit public de 152,8 milliards d’euros. Le tout dans un contexte de réduction généralisée de la pression fiscale et de soutien réaffirmé aux entreprises.

Au matin du 28 septembre, le seuil symbolique d’un million de décès dus à la pandémie de covid-19 a été franchi, selon les données officielles. Si le bilan réel est sans doute plus lourd, le constat reste le même, le virus n’épargne personne. Et la crise économique qui en découle non plus. Quelques semaines après avoir détaillé son plan de relance, le gouvernement présente son projet de loi de Finances pour 2021 qui va le mettre en musique. L’enseignement est clair : les finances publiques vont plonger.

Quelques chiffres : un déficit de l’État qui atteindra 152,8 milliards d’euros en 2021 (195,2 milliards d’euros cette année, 102 milliards de plus qu’en 2019), une dette stabilisée à 116,2 % du PIB, un déficit public à 6,7 % du PIB et un déficit de la sécurité sociale projeté à 27 milliards d’euros… Les comptes sont dans le rouge écarlate. Pour répondre à l’urgence et continuer à soutenir l’offre et les entreprises (renforcement du fonds de solidarité, maintien du financement du chômage partiel pour les secteurs les plus affectés…), Bercy fait le choix d’une émission de dettes record. Stratégie justifiée par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance : « C’est un budget de relance, qui répond à l’urgence immédiate tout en préparant l’avenir. Je ne laisserai personne dire que l’État n’a pas protégé les salarié·es et les entreprises pendant la crise. » Reste à couvrir les 282,3 milliards d’euros de besoin de financement de l’État pour 2021.

Entre baisse de la pression fiscale et emprunts colossaux
Quand l’État manque de fonds, l’État emprunte, il « investit » et place sur les marchés, selon l’expression consacrée. L’éternelle rengaine du capitalisme et de l’économie de marché se répète. Pour couvrir les besoins de l’État et financer son projet de loi de Finances, l’Agence France Trésor (AFT) est chargée de placer la dette publique sur les marchés et table sur l’émission de 260 milliards d’euros à moyen et long terme (les fameuses OAT, obligations assimilables au Trésor, qui représentent une fraction de la dette à long terme) et sur une augmentation des encours de dette à court terme de 18,8 milliards d’euros. Pour mener à bien cette entreprise, l’AFT, qui est parvenue à placer plus de 235 milliards d’euros d’OAT cette année, bénéficie de conditions très favorables, grâce notamment à l’action de la Banque centrale européenne. Le coût d’emprunt de Bercy à court terme est de – 0,54 %, et de – 0,11 % pour la dette à moyen et long terme. En somme, le financement devrait se faire à taux négatifs, à la faveur du gendarme monétaire européen. En 2021, la France ne sera pas seule à investir en masse sur les marchés, l’Union européenne porte un vaste programme d’emprunt de 750 milliards d’euros qui devrait peser de tout son poids et impacter les marchés.

Malgré des besoins colossaux pour 2021, le dernier chiffrage communiqué par Bercy témoigne d’une baisse de la pression fiscale de 45 milliards d’euros sur quatre ans, entre 2018 et 2021. Entre mouvement des gilets jaunes et crise sanitaire, le gouvernement a accéléré le processus de réduction d’impôts pour les ménages (22 milliards) et les sociétés (23,2 milliards). Ces derniers mois, l’exécutif a multiplié les mesures de soutien aux entreprises, pour renforcer et maintenir leur compétitivité et soutenir la relance. Une stratégie de l’instant prolongée et confirmée dans le projet de loi de Finances 2021, qui doit désormais passer par les cases Haut conseil des finances publiques (HCFP) et adoption en conseil des ministres avant d’être déposé à l’Assemblée nationale par le gouvernement pour un vote vers Noël. 2021 sera donc une nouvelle année d’emprunts et de creusement de la dette. Qu’il faudra rembourser…

Adam Belghiti Alaoui

 

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