Alerte au méthane : ça sent le soufre !

Les émissions mondiales de CH4 atteignent des sommets historiques.

La pente vers le réchauffement accéléré de la planète est toujours plus raide. Dans le second bilan mondial du méthane, des scientifiques font état d’une hausse record des émissions de ce gaz à effet de serre, vers des niveaux jamais enregistrés. Si le méthane reste moins longtemps dans l’atmosphère que le CO2, son potentiel de réchauffement est bien plus élevé.

Si le confinement a fait baisser pendant un temps les niveaux de dioxydes d’azote et de carbones et des particules fines responsables d’une partie de la pollution atmosphérique, la course effrénée de notre planète vers son réchauffement ne s’est pas pour autant arrêtée. Bien au contraire. On cite souvent le dioxyde de carbone (CO2), pour parler de l’effet de serre et du réchauffement climatique, on parle moins du méthane (CH4), deuxième gaz contribuant à ce même effet délétère. Les 90 scientifiques issus de 15 pays et réunis par le consortium du Global Carbon Project (GCP) ont publié mercredi 15 juillet le second bilan mondial du méthane, à l’occasion de l’édition 2020 du Global Methane Budget. Le constat, dressé à partir de données satellitaires, d’inventaires au sol et de modélisations, est alarmant : les émissions de ce gaz, dues principalement à l’agriculture intensive et aux énergies fossiles, ont augmenté de 9 % entre la période de référence 2000-2006 et 2017. De quoi atteindre les niveaux les plus élevés jamais enregistrés, et miner les objectifs des accords de Paris.

Attention, gaz dangereux
Bien que beaucoup moins présent dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone, et pour moins longtemps (environ 10 ans contre au moins un siècle pour le CO2), le méthane n’est pas moins redoutable. Et pour cause : il piège 28 fois plus de chaleur que le CO2, son potentiel de réchauffement se révèle 28 fois plus important sur un horizon de 100 ans et 86 fois plus sur vingt ans ! Si le dioxyde de carbone reste la principale cause du dérèglement climatique, le méthane est responsable de 23 % du réchauffement depuis l’ère préindustrielle. Là encore, l’augmentation continue des émissions anthropiques [imputables à l’homme] est en cause : 30 % des émissions de méthane sont issues des troupeaux d’élevage, 8 % de la culture du riz, 18 % de la gestion des déchets, 22 % de l’exploitation du pétrole et du gaz et 11 % de l’extraction du charbon.

Selon les calculs du GCP, les émissions de CH4 ont atteint près de 600 millions de tonnes en 2017, soit 50 millions de plus que sur la période 2000-2006, durant laquelle les émissions étaient stables. Développement massif du secteur des énergies fossiles et de l’agriculture intensive obligent, les émissions de méthane augmentent en continu depuis 2007, jusqu’à des records de croissance annuelle battus en 2018 et en 2019. Résultat : la concentration de méthane dans l’atmosphère est passée de 730 parties par milliard [1 ppb correspond à un rapport de 10-9] en 1750, début de l’ère préindustrielle, à 1 875 ppb en 2019.

Les objectifs de l’accord de Paris, dans le cadre de la COP 21 en 2015, visaient à maintenir l’élévation globale de la température « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation de la température à 1,5 °C ». Les récentes constatations et observations dressées par les chercheurs du GCP correspondent cependant à des scénarios climatologiques de fort réchauffement, sans mitigation à l’horizon : entre + 3 °C et + 4 °C d’ici à la fin du siècle. L’ONU tire la sonnette d’alarme et affirme que pour tenir la promesse des objectifs de l’accord de Paris, qui paraît désormais bien loin, il nous faudra abaisser les émissions de gaz à effet de serre (CO2 et CH4 en tête) de 7,6 % annuellement.

Adam Belghiti Alaoui

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