Hausse des prix des courses, on rêve ou pas ?

Le confinement correspond bien à une flambée des produits frais.

Voilà une crainte partagée et une question que se posent beaucoup de Français.es en ces temps de confinement/déconfinement si particuliers : les prix de leurs courses augmentent-ils ? Entre nouvelles habitudes de consommation accélérées ou induites par le contexte de crise sanitaire et hausse remarquée des prix des produits frais, la grande distribution est sous pression et pressure ses chalands.

L’impression est confirmée par les chiffres. Selon l’Insee, les prix des produits frais se sont envolés de 18 % en l’espace de douze mois. Si la dynamique de hausse est antérieure à la crise sanitaire et si ses raisons sont multiples, le confinement n’y est pas pour rien. Selon une étude de Bonial, publiée fin avril, 86 % des consommateurs.trices estiment que les produits alimentaires et de grande consommation ont augmenté pendant le confinement. Et pour cause, les paniers d’achats ont inexorablement gonflé tant en volume qu’en valeur. Beaucoup de Français.es ont réalisé des stocks en privilégiant des circuits de proximité ou face à l’appauvrissement du choix dans des grandes surfaces dévalisées lors des premiers jours de confinement. Crainte des risques de transmission du virus oblige, ceux.celles qui s’étaient dans un premier temps rué.es dans les supermarchés pour constituer leurs premiers stocks ont ensuite rapidement limité leur fréquentations des grandes surfaces. Et, inévitablement, leurs de modes de consommation se sont adaptés.

Bouleversement des pratiques
Au sentiment partagé d’un hausse globale des prix s’ajoute une sensibilité accrue des Français.es sur leur pouvoir d’achat et à l’horizon économique à moyen terme. Selon une récente étude de Nielsen France, 82 % des foyers français surveillent de façon accrue leurs dépenses depuis le début de la crise sanitaire et 46 % d’entre eux pensent que leur situation économique sera dégradée d’ici à un an. Et la crainte du virus et les mesures de distanciation sociale s’invitent dans l’équation. Entre explosion de la pratique du
drive, idéale pour limiter les contacts (+ 68 ,8 % depuis le 2 mars), retour dans les magasins de proximité (+ 25 %), achats en hausse de produits de marques de distributeurs surreprésentés en drive et développement continu des achats bio et locaux (respectivement privilégiés par 24 % et 43 % des consommateurs), les habitudes de consommation ont connu des évolutions en un temps record.
Par ces temps difficiles, les grandes surfaces alimentaires (GSA) n’ont eu d’autre choix que de s’adapter. Selon l’étude Bonial, si 89 % portent d’autant plus attention aux promotions depuis le début du confinement et que 93 % estiment qu’elles devraient continuer, elles sont fortement réduites ces dernières semaines. Les enseignes ont de fait tour à tour communiqué sur le gel des prix de certains produits du quotidien. Et s’il est un rayon où les prix augmentent de façon indéniable et visible, c’est bien celui des rayons frais.

Pression sur la production
Complication de la production, ralentissement de l’approvisionnement et hausse de la demande, les GSA peinent à suivre. Dans toute l’Europe, les prix des produits frais montent en flèche. En Franche, l’association UFC-Que Choisir estime à 9 % la hausse moyenne du prix des fruits et légumes depuis la mi-mars (6 % pour le non-bio et 12 % pour le bio). Une hausse particulièrement visible sur les produits cultivés en France. Avant le confinement, on estimait que 50 % des fruits et légumes consommés en France étaient importés, souvent depuis l’Espagne. Les engagements récents de soutien aux filières françaises et à l’approvisionnement en local sont plus que jamais d’actualité dans un contexte de crise sanitaire et de fermeture des frontières. Mais ce que le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume appelle le « patriotisme alimentaire » aboutit à un coût. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les agriculteurs et producteurs français souffrent de la crise. Outre la pénurie de main-d’œuvre saisonnière, dont une grande partie de travailleurs étrangers, l’agriculture française subit de plein fouet la pression de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire. Si la pénurie de matières premières a été évitée, la ruée spontanée de beaucoup dans les supermarchés a causé une tension qui a obligé les agriculteurs à s’approvisionner avec des nouvelles marques, parfois plus chères.
Autre cause majeure de l’augmentation des prix des fruits et légumes : la hausse record des frais de transport. Chose impensable avant le confinement, certains camions qui déchargent des produits frais repartent à vide faute de marchandise. Dans cette situation, la flambée des coûts est inévitable. Selon l’Association nationale des industries de l’agroalimentaire (Ania), les coûts de la logistique ont en moyenne augmenté de 6 %. L’interprofession de la filière des fruits et légumes frais fait état, elle, d’une hausse de 30 % des prix de transports. Les producteurs sont à la peine, les industriels subissent eux aussi (augmentation des prix matières premières, achats d’équipements de protection, d’emballages des produits…). Mais en bout de chaîne, le véritable impact est ponctionné dans la bourse de l’acheteur.

Pour les plus inquiets, rassurez-vous. Malgré le confinement, l’inflation généralisée n’est pas encore là. En avril 2020, l’indice des prix à la consommation était stable (+ 0,0 %) après une faible augmentation en mars (+ 0,01 %).

Adam Belghiti Alaoui

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