EcoRéseau Business s’associe à la France des Solutions en publiant chaque jour pendant 1 semaine des portraits de personnes issues de la société civile qui répondent à des problématiques concrètes.

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Stéphanie Delestre veut combattre le chômage avec les données et ringardise Pôle emploi. C’est d’ailleurs lorsqu’elle en a poussé la porte que l’idée de sa Start up a germé.

Comment est née l’idée de Qapa, un procédé de matching pour mettre en relation offres et demandes d’emplois ?

D’un constat simple. La France compte 5,5 millions de chômeurs quand près de 900 000 offres d’emplois ne sont pas pourvues auprès des entreprises. Nous avons mis au point un outil de matching avec 70 critères axés sur les compétences des candidats, et non pas par métier comme chez Pôle emploi. Et cela change tout ! Le champ des possibles s’ouvre pour le candidat tout autant que pour l’entreprise qui n’arrive pas à embaucher. Seules les nouvelles technologies sont capables d’apporter de telles solutions et de servir notre ambition : tuer le chômage en France et en Europe.

 

Pôle emploi aurait dû prendre ce virage du numérique et apporter ces services. Comment analysez-vous son retard ?

Se penser en situation de monopole empêche de faire évoluer ses produits et ses services. Les politiques publiques de l’emploi ne sont pas en phase avec le marché et ne répondent pas aux attentes des jeunes, par exemple, qui font des missions de quelques mois et partent à l’étranger. Surtout, Pôle emploi n’a pas vu arriver les nouveaux acteurs. Partir de zéro, d’une page blanche, est une vraie opportunité pour nous. Toute la différence entre les deux structures repose sur la notion de service, très importante chez Qapa. Les candidats sont nos clients et nous sommes obsédés par la qualité du service rendu. Pôle emploi et nous partageons la même ambition, éliminer le chômage, mais avec des méthodes différentes. Le digital apporte une réponse personnalisée aux candidats inscrits sur Qapa. On apprend de leurs recherches et de leurs réponses pour proposer des offres et des services annexes en adéquation avec leurs besoins.

 

Le maniement des data est sensible. Comment les utilisez-vous ?

Nous sommes des ayatollahs de la sécurité. L’enjeu ne se situe pas dans l’utilisation de la data mais dans la qualité des informations récupérées à l’entrée. La qualité de la data entrante est à surveiller et à bien comprendre pour, ensuite, pouvoir proposer des offres de formation complémentaires par rapport au profil renseigné. Les nouvelles technologies permettent de proposer de nombreux services pour les candidats mais aussi pour les collectivités locales. Grâce aux informations récoltées par Qapa, nous sommes capables de renseigner sur les métiers en tension au cœur d’un territoire. Une information essentielle pour, par exemple, orienter les budgets formation des collectivités.

 

Quels sont vos rapports avec l’Etat ?

J’ai été invitée deux fois par Emmanuel Macron pour expliquer notre métier et nos résultats. Qapa totalise quatre millions de candidats et 200 000 nouveaux inscrits chaque mois. Plus de 280000 offres d’emplois sont disponibles et près d’un milliard de matchings a lieu chaque jour sur le site. Chaque mois, 8000 personnes décrochent un contrat grâce à Qapa. Alors Emmanuel Macron a voulu savoir comment les nouvelles technologies avaient la capacité de changer la vie des gens, la simplifier et la rendre plus égalitaire… Nous vivons la révolution numérique tous les jours. Il a besoin de comprendre comment l’innovation va influencer l’emploi, la formation et l’économie en général. Je lui ai aussi parlé de l’apprentissage, indispensable mais très onéreux. Nous avons aussi évoqué les offres de Pôle emploi à mettre en open data. Et surtout que l’institution cesse de penser qu’elle a un droit de vie et de mort sur les chômeurs !

 

Comment avez-vous bâti votre business model ?

Qapa est une place de marché qui met en relation candidats et recruteurs dans un modèle freemium. Les inscriptions sont gratuites pour tous. Des abonnements à partir de 9,90 euros par mois apportent des services supplémentaires aux candidats et des campagnes de communication aux recruteurs. De plus en plus, les clients veulent en avoir pour leur argent et payer pour des services utiles. Les investissements pour mettre en place l’outil de matching ont été supportés grâce à une levée de fonds de 1,7 million d’euros fin 2013. Notre chiffre d’affaires, confidentiel, tourne autour de quelques millions d’euros, avec un triplement chaque année. Qapa est profitable depuis février 2014. Nous comptons 15 collaborateurs.

 

Avez-vous des concurrents dans le monde ?

En Europe non. Aux Etats-Unis, Bright a été racheté par LinkedIn en 2014 et a été fermé pour intégrer les équipes de R&D et les outils de matching de LinkedIn, qui constitue un concurrent indirect. Notre ambition est donc de nous développer en Europe.

 

Avez-vous des freins culturels ou réglementaires pour ce déploiement européen ?

Quelques modifications majeures sont réalisées : la langue, la localisation des candidats, les référentiels des compétences par métier et la monnaie. Notre expérience nous rend la tâche plutôt simple puisque nous avons appris que le système s’autoalimente grâce aux informations fournies par les candidats. La Grande-Bretagne a été lancée en début d’année. L’Allemagne le sera dans les prochains mois. La demande sur ce secteur de l’emploi s’accélère dans tous les pays. Si les recruteurs étaient frileux au départ, notamment les grands groupes, ils sont désormais beaucoup plus ouverts à étudier un système que les candidats plébiscitent.

 

 

Propos recueillis par Stéphanie Polette

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