Frédéric Mazzella a appris à ses dépens que le chemin de la start-up était semé d’embûches. Le dirigeant de Blablacar, leader mondial du covoiturage, n’en reste pas moins optimiste. Entretien sans blabla.

« Cette révolution majeure n’a pas ini de transformer nos vies, plaçant toujours plus les consommateurs dans une dynamique d’action »
« Cette révolution majeure n’a pas fini de transformer nos vies,
plaçant toujours plus les consommateurs dans une dynamique
d’action »

Fort de votre expérience, pensez-vous qu’il soit facile de monter une start-up en France ?

Non, cette aventure n’est facile nulle part, ni en France ni ailleurs. Alors, bien sûr, on a plus tendance à se plaindre ici. Combien de créateurs d’entreprise s’indignent face au millefeuille fiscal et administratif toujours aussi contraignant  ? Pourtant, le plus dur quand on crée une start-up, c’est d’abord de trouver des clients ! BlaBlaCar a aujourd’hui dix millions de membres, mais il nous a fallu du temps pour en arriver là. Et pour cause : la première version de notre site a été lancée en 2004 alors que le covoiturage n’avait pas encore décollé en France. Plusieurs années ont été nécessaires avant de trouver le bon business model, en phase avec les attentes des utilisateurs. A savoir un système de réservation en ligne, avec comme valeur ajoutée forte l’engagement au préalable des passagers vis-à-vis des conducteurs. Pour trouver son marché, tout startupper du Web doit donc savoir être humble et patient.

 

La concurrence étant rude sur la Toile, quelles sont les clés pour se distinguer ?

Cela peut paraître banal, mais cela passe par l’application à toujours coller aux besoins des utilisateurs. Dans mon cas par exemple, j’ai fait beaucoup de covoiturage au début pour tester moi-même le service et affiner notre offre. Et j’en fais d’ailleurs toujours aujourd’hui ! Car n’oublions pas que le cerveau ne fonctionne pas de la même manière quand il conçoit une solution, et quand il l’utilise. Ainsi, en testant nos services, et ceux des concurrents – à hauteur d’une dizaine courant des années 2000 – nous nous sommes démarqués des autres en optimisant telle ou telle fonctionnalité. Cette démarche d’amélioration continue vise un objectif : fournir un service efficace et simple d’utilisation, ce qui suppose un travail de R&D constant pour absorber toute la complexité inhérente à notre plateforme.

 

Quel regard portez-vous sur le marché du numérique et ses évolutions ?

C’est un créneau plus que jamais incontournable pour tout startupper désireux de se lancer ! Au-delà de son caractère encore novateur, le numérique recouvre un champ très large de potentialités encore partiellement inexplorées. Et pour cause : on est loin d’être au bout de ce que l’on peut faire avec un réseau mondial connecté comme Internet. Cette révolution majeure n’a pas fini de transformer nos vies, plaçant toujours plus les consommateurs dans une dynamique d’action. Créer des start-up dans ce domaine est d’autant plus judicieux qu’aucun autre secteur que le numérique ne permet de générer aussi rapidement des économies d’échelle. Et ce, grâce au caractère instantané du digital qui permet plus facilement de se faire connaître en un temps record auprès d’un grand nombre de personnes.

 

En France, a-t-on la bonne approche politique du numérique ?

Je pense que oui. Les progrès sont considérables. L’adoption en 2014 de la loi sur l’encadrement du crowdfunding est très révélatrice de la prise de conscience de nos responsables politiques quant à l’enjeu stratégique de la transition numérique, tant d’un point de vue économique que sociétal. Maintenant que le déclic est opéré, il faut accompagner toujours plus ces changements. D’autant que la société française est déjà très mûre dans son utilisation du numérique 2.0. L’exemple le plus probant ? Notre acceptation sociale forte des modes de consommation collaboratifs ! Ainsi, les Parisiens sont les plus grands adeptes au monde d’Airbnb après les New Yorkais. Le fait que BlaBlaCar et Drivy, deux start-up françaises, soient aujourd’hui leaders mondiaux sur leurs marchés respectifs, ne relève en rien du hasard. C’est dire si en matière d’économie collaborative, notre pays est à la pointe. Faire du French bashing sur ce point serait pure mauvaise foi.

 

L’économie collaborative a donc encore de beaux jours devant elle…

Plus que jamais ! Dans une société comme la nôtre, où l’usage remplace progressivement la possession, l’économie du partage s’impose comme une véritable lame de fond. Avec des gains démesurés à la clé. Car en effet, combien de voitures, d’appartements ou toutes sortes d’objets de la vie quotidienne sont aujourd’hui sous-utilisés ? Une fois que l’on a cela en tête, on voit combien l’impact de l’économie collaborative est massif. La valeur ajoutée d’un tel marché est notable : conférer une couche de communication instantanée à un monde physique aux ressources largement sous-exploitées, et ce, pour permettre un usage de manière 100% optimisée. Au-delà du Bon Coin, Deezer, BlaBlaCar, et d’autres poids lourds du secteur, les relais de croissance d’un tel marché, en perpétuel renouvellement, s’avèrent plus que jamais infinis. L’avènement des MOOCs, dans le domaine éducatif, en constitue une autre preuve flagrante..

 

Propos recueillis par Charles Cohen

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