Fondée il y a 15 ans par trois passionnés, la PME auboise, spécialiste des implants du rachis, désormais cotée au Nasdaq compte aujourd’hui plus de 300 salariés. Récit.

"Quelque chose me dit que je vais bientôt faire connaissance avec les produits LDR..."
“Quelque chose me dit que je vais bientôt faire connaissance avec les produits LDR…”

Le mal du siècle. Douloureux pour les patients, le mal de dos est aussi une promesse d’innovation pour ceux qui imaginent des solutions pour le soulager. Christope Lavigne, Hervé Dinville et Patrick Richard s’y sont essayés il y a 15 ans. Passionnés par la colonne vertébrale, les trois spécialistes travaillent déjà dans le secteur des implants rachidiens, et décident alors de créer une entreprise qui porte leurs initiales, LDR Médical. L’histoire commence un peu avant l’an 2000 avec une idée : développer des prothèses du rachis plus mobiles. Ils ne vont pas seulement les améliorer, ils vont les révolutionner. À cette époque, ils ne le savent pas encore.

Premiers tâtonnements

« La première fois que Patrick Richard est allé voir un chirurgien en lui présentant le projet, celui-ci lui a répondu, « vous êtes fou » », raconte Éric Vigneron, qui a vite rejoint les trois fondateurs en tant que directeur général adjoint. La pose d’implants à proximité de la colonne vertébrale ou de la moelle épinière est en effet toujours risquée. Pourtant, ils n’abandonnent pas et s’entourent de chirurgiens pour concevoir un produit adapté à leurs attentes. En 2002, la PME troyenne édite sa première facture. La prothèse développée par LDR permet désormais au chirurgien d’intervenir sur les cervicales sans devoir les « fusionner », en restaurant leur mobilité. « Les propriétés biomécaniques de leurs implants ont été faites en tenant compte de la nature », détaille Thierry Dufour. Le neurochirurgien du centre hospitalier régional d’Orléans, collaborateur de LDR sur la partie clinique, fut le premier au monde à poser une prothèse LDR Médical. « Ce n’est plus le patient qui s’adapte à la prothèse, mais bien la prothèse qui s’adapte au patient : ils ont réussi à comprendre cela et à inventer une prothèse maligne », se réjouit-il. « Nous avons beaucoup réfléchi à la “visserie” pour obtenir des produits qui conviennent aux os plus ou moins durs des patients », décrit Éric Vigneron dans une intervention à la technopole de Troyes. Fini les implants en forme de « boule » des années 60, ce sont désormais deux plateaux en chrome-cobalt qui entourent un noyau en polyéthylène. Le plateau s’appuie sur le noyau et garde toute sa mobilité. Une « soudure » qui permet au patient de retrouver des postures que le mal de dos lui empêchait d’adopter.

Rêve américain

Forte de cette innovation, LDR voit plus grand. Christophe Lavigne déménage à Austin (Texas) pour tenter de pénétrer le marché américain, le terrain de jeu des géants Johnson & Johnson et Medtronic. « C’est le premier marché mondial », expliquent alors les fondateurs. Mais, si les chirurgiens outre-Atlantique sont souvent plus ouverts aux innovations, impossible de faire entrer sur le territoire un produit sans l’approbation de la très puissante Food and Drug Administration (FDA, Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux). L’étude clinique qui permettra de décrocher le sésame pour la première prothèse de disque cervicale à deux niveaux commence donc pour LDR. 600 patients sont opérés et suivis scientifiquement. Les sous-traitants français sont encore plus strictement contrôlés. « Leurs exigences sont beaucoup plus grandes que les normes européennes », souligne Éric Vigneron qui accueille les représentants de la FDA à plusieurs reprises sur le site de fabrication des implants à Troyes (Aube). Les investisseurs aubois et champardennais ne suffisent plus. Le groupe Rothschild, qui s’était également intéressé au projet, non plus. Pour soutenir le dossier d’homologation, l’entreprise lève un capital de 25 millions de dollars auprès d’un capital risqueur californien. Un pari qui aboutit en août 2013 : la FDA approuve le produit. La Mobi-C devient alors la première prothèse de disques cervicaux à plus d’un niveau implantable sur le sol américain. L’ascension est programmée. Quelques mois plus tard, en octobre, LDR fait son entrée à la Bourse américaine, à 15$ l’action. Le cours de la petite française au Nasdaq s’envole de 29% dès la première journée. Le chiffre d’affaire de LDR avoisine alors les 112 M$. En 2014, il atteint « 141 M$ », en hausse de « 26,6% » selon le dernier communiqué du groupe.

Faire accepter l’innovation

« Une année fructueuse », commente Christophe Lavigne dans le même communiqué. Pendant ce temps, un nouveau siège social, plus grand, est en construction en banlieue de Troyes et les ingénieurs R&D travaillent sur les implants de demain, encore plus faciles à poser. Pourtant, les produits ne sont toujours pas remboursés en France. « Les études américaines montrent que le produit LDR est deux fois plus rentable que les autres, car le patient se remet plus vite, consomme moins de médicaments, et consulte moins de spécialistes, mais en France, on continue de rembourser les anciennes méthodes car les gens ont très peur de prendre des décisions innovantes qui pourraient engager leur responsabilité », avance Thierry Dufour. Une dizaine d’hôpitaux en France, dont celui d’Orléans où il exerce, ont choisi d’investir dans les produits LDR. « Il est scientifiquement prouvé que le patient va mieux, il est donc normal que LDR cartonne aux États-Unis : les Américains ont beaucoup de défauts, mais ils savent compter ! Ils ont compris que ces produits ont de l’avance », tranche le neurochirurgien, qui parcourt désormais le monde pour former les spécialistes de nombreux pays à la pose de ces ROY-T, Mobidisc, Easyspine, C-Plate et autres implants que l’on espère ne jamais voir de près. « C’est tellement sympa de dire à un patient « je vais vous guérir », cela n’existe pas ailleurs », se réjouit le chirurgien, qui perçoit chez les fondateurs un esprit « meilleur ouvrier de France ». Aujourd’hui, l’entreprise compte huit entités (USA, Chine, Brésil, Allemagne, Belgique, Espagne et Corée du Sud) et plus de 300 salariés à travers le monde. 200000 patients, dans 36 pays du globe, vivent aujourd’hui avec ces prothèses conçues en France.

Article réalisé par Lucie Tanneau

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