Internet arrivait en France en 1995. Aujourd’hui, nous faisons connaissance avec la révolution digitale, les data scientists ou community managers… Que nous réserve l’avenir ?

Nouveau métier en 2025... Dompteur de drone !
Nouveau métier en 2025… Dompteur de drone !

Les usages grand public du numérique ont accouché de nombreux nouveaux métiers, à tel point qu’en 2015, le geek est devenu sexy (cf. interview croisée). Surtout, le numérique et l’Internet ont bouleversé bon nombre de codes établis pour même faire du code un nouveau langage qui s’affranchit des canons scolaires, du diktat du français et des diplômes – oui, nous parlons bien de la France -, pour aboutir à des modèles de formation incomparables. Ainsi l’école 42 souhaite polir des joyaux numériques encore bruts. Aujourd’hui, les instituts de formation, écoles et universités ne veulent pas rester à la traîne et œuvrent tous pour anticiper les usages professionnels de demain. Si Catherine Barba soutient que 65% des métiers de 2020 ne sont pas encore créés, les politiques, via un rapport du Sénat, soutiennent l’importance de penser dès aujourd’hui les conséquences du vieillissement de la population et de la révolution digitale. La réponse apportée consisterait à stimuler le sacro-saint triptyque recherche, entreprise et école tout en préparant les futures générations actives à développer une agilité et une posture où rien ne leur ferait peur. «Décodage».

Fertiliser de nouvelles compétences

Le curriculum des écoles ne cesse d’évoluer et les cours dispensés progressent en fonction des liens étroits qui lient l’entreprise aux instituts de recherche. « Nous constatons que certaines modifications très importantes ont lieu dans nos contenus, tel l’essor de la data et d’autres plus sectorielles qui évoluent au gré des entreprises et des étudiants. Ces dernières années, nous observons un renouveau pour les cours de statistiques, les mathématiques appliquées et leurs domaines d’application, ainsi qu’un regain d’intérêt pour l’informatique en lien avec l’exploitation des données et objets connectés », décrit Frank Pacard, directeur de l’enseignement et de la recherche à Polytechnique. A la croisée des nouveaux métiers et de la recherche, les chaires sont de constitution très variable. Selon le souhait des industriels, certaines entreprises vont mettre l’accent sur l’accès à la recherche et d’autres sur la formation. La création de chaire consiste donc en la solution qui prime pour articuler nouvelles compétences, recherche et entreprises. Ainsi, a-t-on observé ces dernières années la multiplication de nouveaux partenariats : Cisco pour les nouvelles technologies avec l’X, Groupama et Lasalle Beauvais pour l’évaluation du risque agricole, Microsoft et l’ENSAE autour de la data science, etc. Les exemples sont pléthores et ne sont pas le seul apanage des écoles d’ingénieurs. Les écoles de commerce sont aussi dans le coup. Les chaires ne sont cependant pas le seul tenant en matière d’évolution des métiers. Les comités de pilotage des programmes et le retour d’expériences des alumni concourent, eux-aussi, à la mise en lumière de nouvelles compétences : « Le réseau des anciens illustre un attachement à vie à notre école, mais surtout fait évoluer le profil des managers, directement à la demande de leur service ou de leur direction. Cela peut concerner, par exemple, l’introduction de chariots de chambre connectés ou de nouvelles méthodes de change », complète Benjamin Garcia, directeur académique du groupe Vatel. Et tandis que LinkedIn publiait récemment une étude sur les changements qui impactaient la profession de marketeur, d’autres métiers dits plus traditionnels se mettent également à la page numérique : « Aujourd’hui dans les domaines de l’hôtellerie et de la restauration, nous avons un juge de paix qui s’appelle TripAdvisor, faisant la pluie et le beau temps. D’où la nécessité de travailler dès la formation sur de nouvelles problématiques telles que la e-reputation », souligne Benjamin Garcia

 

Révolution des métiers

« Certes nous essayons de sensibiliser le plus tôt possible aux nouvelles disciplines. Mais nous pensons que pour être capable d’être performant dans le machine learning ou la compréhension des algorithmes (cf. Grand Angle de ce numéro), il faut au préalable comprendre les domaines qui vont être influencés », explique Franc Pacard. Et Valérie Claude Gaudillat, responsable de l’institut de l’innovation à l’Audencia Nantes d’abonder dans le même sens pour les business schools : « D’égale importance avec les nouvelles disciplines, nous souhaitons aussi inculquer une manière de penser différemment et d’apporter des solutions innovantes aux entreprises. Et d’ainsi faire évoluer certains métiers dit traditionnels vers le design thinking et une meilleure prise en compte de la RSE. »

Toutefois, selon les experts de l’enseignement supérieur et de la formation, nous nous situons à une période qui porte les germes d’un optimisme professionnel : le vieillissement de la population va nécessairement se mâtiner de robotisation, de domotique et de services d’un nouveau genre. Tout comme l’ensemble des emplois posséderont une composante numérique. Dans cette optique, « les hôtels se sont emparés du yield management, tout comme le mouton à cinq pattes qu’était le revenu manager est désormais une spécialisation de l’école », analyse Benjamin Garcia, directeur académique du groupe Vatel. Si le numérique irrigue chaque secteur et accouche de nouvelles fonctions hybrides (cf. encadré), les prospectivistes tendent à se hasarder dans de nouveaux métiers parfois loufoques. Nos enfants, peut-être, voudront-ils devenir coach dans le digital ou au contraire numéropathes pour limiter ses addictions, pilotes de drone civil ou encore architectes de réalité augmentée ? Les scénarios les plus fous parlent même de spéculateurs de monnaie alternative ou de coaches en curiosité. Y croyez-vous ?

 

Geoffroy Framery

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