L’information, pétrole du XXIe siècle

En filigrane de l’évolution de RSD, éditeur de logiciels suisse, c’est toute la montée en puissance des données immatérielles pour les entreprises qui est décrite. Cas d’école.

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Nom : RSD. Activité : éditeur de logiciels. Si cette société, dont le siège social est installé à Genève depuis sa création au début des années 1970, compte près de 120 collaborateurs dans le monde et réalise un chiffre d’affaires estimé à environ 18 millions d’euros, c’est parce qu’elle a su faire des choix. Il lui fallait suivre les nouveaux besoins de ses clients, devenus pléthoriques en matière de tri, gestion et conservation de données.

Le socle d’origine : output management et archivage

Historiquement, le premier métier de RSD est l’output management, c’est à dire la gestion des documents envoyés par une entreprise, comme des factures ou des offres commerciales par exemple. « La problématique est de fournir de très grands volumes à un très grand nombre d’utilisateurs, en faisant coexister papier et électronique. Cela nécessite une grande fiabilité du logiciel, et une grande réactivité du support technique », explique Jean Mourain, vice-président en charge de la stratégie de RSD.
A cette phase industrielle de l’informatique, RSD a ajouté, voilà une vingtaine d’années, un deuxième métier : l’archivage des informations d’entreprise. Avec, là encore, des problématiques spécifiques : « Il s’agit de garder l’information lisible sur une très longue période, donc de la rafraîchir lorsque cela est nécessaire, en fonction des technologies et des outils de relecture. » L’autre devoir du prestataire consiste à chercher des formats toujours plus pérennes, et à transcrire les informations déjà archivées dans ces formats, à mesure qu’ils sont découverts. Il doit aussi garantir que chaque document mérite trois adjectifs. Primo, l’authenticité, c’est à dire la date exacte où il a été produit. Deuxio, l’intégrité : rien ne l’a jamais détérioré. Tertio, la propriété, ce qui revient à répondre à la question : par qui a-t-il été créé ?

Le tournant stratégique de 2008

Le fournisseur de logiciels aux entreprises a avancé sur ces deux jambes jusqu’en 2008. Après 36 ans de présidence, arrivé à l’âge de la retraite, le fondateur, Louis-Pierre Roger, passe alors la main à une nouvelle équipe dirigeante. Désormais emmenée par Pierre Van Beneden, nommé Directeur général en mars 2008, la société prend un tournant stratégique majeur. Jean Mourain se souvient : « Un comité de personnalités de différentes nationalités s’est réuni pour analyser le positionnement de l’entreprise et chercher de nouvelles stratégies. » Les sages dressent le constat suivant : les volumes d’information croissent de manière exponentielle et les exigences de conformité aux réglementations sont toujours plus pointilleuses. Ils identifient alors que les entreprises pourraient bien être tentées d’infléchir la courbe de croissance de l’information, dont la conservation est coûteuse, pas toujours nécessaire, voire, parfois, risquée. Elles auront aussi besoin de dégager des schémas dans cette masse informe, afin de retrouver aisément les documents nécessaires au moment opportun. C’est décidé : RSD se lance dans la gouvernance de l’information.
Mais Rome ne s’est pas faite en un jour. Il faudra plusieurs millions d’euros d’investissement, la mobilisation d’une équipe de recherche & développement d’une quarantaine de membres et deux ans de développement pour mettre en place l’outil dévolu à cette mission : RSD GLASS. « Cela a fonctionné comme un investissement de type start-up qui a eu lieu à l’intérieur même de l’entreprise », explique Jean Mourain. En 2010, les premiers contrats sont signés. Avec quelques surprises à la clé : « Au début, nos démarches se tournaient plutôt vers les services financiers et l’assurance, dont nous pensions qu’ils seraient les plus intéressés par nos solutions. En réalité, nous nous sommes aperçus que c’est en fait l’industrie qui est davantage demandeuse. » Automobile, pharmacie et aéronautique ont en effet besoin, pour des questions juridiques, de pouvoir conserver même longtemps après la conception et la création de leurs produits, les documents qu’ils devront fournir en cas d’accident. Le constructeur PSA Peugeot-Citroën et l’équipementier automobile TRW ont ainsi adopté la solution de gouvernance de l’information de RSD.

Une conduite du changement à mener

En pratique, comment se met en place un programme de gouvernance de l’information ? « Il est déclenché par ceux qui ont les premiers conscience de son importance, comme le service juridique ou informatique », détaille Jean Mourain. La plateforme se déploie ensuite progressivement à partir de ce petit noyau, par capillarité, sans rencontrer d’obstacles techniques, puisque RSD GLASS est « agnostique », c’est à dire qu’il peut fonctionner dans n’importe quel environnement technique. « Pour faciliter la prise en main par les salariés, l’outil doit être le plus transparent possible aux salariés dans leur domaine : ressources humaines, facturation, recherche & développement… Il faut aussi, parfois, comme dans le cas d’une politique sécurité, proposer un peu de formation et sensibiliser, afin de faire prendre conscience de l’importance de certains documents dans la vie de l’entreprise ».
Quelles économies peuvent être réalisées ? « Chaque fois que l’on réduit les besoins de stockage, on réduit les téraoctets nécessaires à leur stockage et le besoin d’administration », répond Jean Mourain. Quant à l’intérêt d’avoir une classification plus systématique et appliquée, « elle permet de faire gagner un temps précieux aux salariés dans leur recherche de documents, et donc d’être plus productifs. »

Un futur inscrit dans le nuage

En 2012, les deux métiers historiques de RSD ont encore représenté la plus grande partie de son chiffre d’affaires. Mais dès 2013, l’objectif est de parvenir à réaliser 50% du CA grâce à la gouvernance de l’information. En 2013 et 2014, deux tendances vont faire plancher les ingénieurs de l’éditeur genevois. Le cloud est la première : « Nous travaillons à rendre l’architecture de notre solution compatible sur le cloud, et à une gouvernance hybride, c’est à dire à la fois dans l’entreprise et sur le nuage », explique Jean Mourain. Outre la sécurité de leurs données dans cette dimension, les entreprises souhaitent des garanties quant à leur localisation. RSD développe des solutions pour interdire le déplacement de données sensibles d’un pays à l’autre et d’une entreprise à l’autre, afin de « lever l’un des freins à l’adoption du cloud par certaines organisations ». Le second sujet est le « Big data », qui oblige l’éditeur à adopter les technologies spécifiques à cette problématique, rendant ses politiques de gouvernance plus critiques.

Article réalisé par Aymeric Marolleau

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