Vers un très haut débit dans les campagnes ?

Sous les vieilles routes, de nouvelles voies…
Sous les vieilles routes, de nouvelles voies…

Révolution invisible

La France est deuxième en Europe sur le nombre de lignes FTTH (Fiber to the Home). Mais cette position de second ne saurait cacher d’importantes disparités dans les espaces ruraux. Enjeux.

Alors que nous entendons parler actuellement du démarrage de la 5G, il n’est pas rare que durant un trajet SNCF entre deux métropoles, nous pestons de ne plus être connectés. La faute à l’éloignement des lignes ferroviaires d’un central téléphonique. Un exemple qui montre les deux France, avec un gouffre séparant des territoires ultra-connectés et des contrées devenues de véritables enclaves dénuées de numérique, d’où les entreprises songent à partir malgré des dispositifs fiscaux incitatifs. C’est dire si la numérisation des campagnes demeure un enjeu fort pour le maintien des services et des entreprises. S’il y a eu concentration des services et des populations depuis les années 1930’ dans les agglomérations française, on ne peut s’empêcher de penser que la France demeure un pays rural en 2017. Selon les derniers chiffres de l’INSEE, l’espace rural en tant qu’espace regroupant l’ensemble des petites unités urbaines et communes rurales n’appartenant pas à l’espace à dominante urbaine (pôles urbains, couronnes périurbaines et communes multi-polarisées) représente en moyenne 30% de la population. Surtout, ce tiers de la population est parsemé sur 70% du territoire qui correspond à 24 000 communes sur les 36 000 recensées en France…

Aussi vital que l’électricité

« Aujourd’hui, qu’il s’agisse de la TPE ou du grands compte, les affaires se sont digitalisées, que ce soit dans les rapports avec les tiers ou avec les clients. Le digital est le point de passage obligé. Le développement des territoires passe par cet accès au haut voire au très haut débit », affirme Alexandre Nicaize, président de l’opérateur Alphalink. Et Laurent Ferraud, conseiller technique pour les nouvelles technologies de la diffusion et de l’information du département des Alpes Maritimes de compléter : « avant la mise en place du très haut débit, il ne s’agissait non pas d’une fracture mais d’un gouffre numérique avec des conséquences terribles sur les services publics et l’attractivité du territoire. C’est d’abord aux espaces enclavés que se destinent ces nouveaux réseaux. Car c’est raccourcir les distances par l’accès aux services dématérialisés en termes d’éducation, de santé, de mutualisation des équipements. Dans le sens inverse, cela nous permet également de mieux connaître les populations et leurs besoins ». La numérisation de l’espace rural dessine donc de nouvelles ambitions dans les pratiques administratives mais aussi dans l’attractivité du territoire. Autre exemple concernant les entreprises, celui de Vétoquinol, laboratoire pharmaceutique basé à Lure en Haute Saône qui souffrait de problèmes d’éligibilité. « Les dirigeants étaient prêts à délocaliser l’usine avec ses 1 500 salariés parce qu’il n’y avait pas d’accès à la fibre. Mais nous nous sommes appuyés sur le réseau public et privé pour leur fournir la fibre optique. Cet exemple a notamment été repris par Axelle Lemaire, alors secrétaire d’Etat au Numérique, devant l’ARCEP pour illustrer les enjeux sur les territoires », illustre Nicolas Aubé, président de Céleste, opérateur pour les entreprises d’accès sur Internet. En parallèle, la consommation du débit a explosé et les habitudes de navigation ont augmenté, tant chez les particuliers que chez les entreprise. Le débit moyen de 500kb il y a 10 ans, est passé à 4Mb, un minimum ! « De manière générale, nous constatons une forte demande des entreprises pour la fibre. D’autant que les réseaux en cuivre arrivent en saturation de leur débit. On estime que chaque année une entreprise consomme 50% de données numérique supplémentaires. C’est une moyenne sur notre portefeuille de 1 500 clients », renchérit le président de Céleste.

Le plan France très haut débit

Depuis lors, la loi contre la fracture numérique de 2009 puis le Plan très haut débit ont annoncé maints changements à l’égard de la numérisation des zones rurales. « Les opérateurs privés ont commencé sur chaque territoire et équiperont les grandes collectivités. Il y a déjà une inégalité, de fait, de traitement. Les collectivités en tant qu’organisatrices de l’égalité sur le territoire ne pouvaient pas rester sans rien faire. Les opportunités économiques sont comparables à celles liées à l’électrification de la France il y a un siècle. Ce sont les mêmes problématiques. Et à l’image des prospectivistes un peu décalés qui parlaient de train à labour fonctionnant à l’aide d’un câble électrique, aujourd’hui, nous savons que le très haut débit est indispensable sans en mesurer tous les enjeux », analyse Baptiste Essevaz-Roulet, associé chez PMP Conseil, cabinet spécialisé dans l’aménagement du territoire.

Les collectivités sont donc rentrées dans un cycle de négociations entre opérateurs privés et l’Etat pour obtenir des subventions et développer la fibre dans chaque territoire. « Nous avons été l’un des premiers département à voter un SDAN (schéma directeur d’aménagement numérique). La vraie nouveauté aujourd’hui est d’apporter la fibre jusqu’au dernier maillon de la chaîne avec la technologie FTTH. Même s’il persistera de rares exceptions, presque tout le territoire sera maillé d’ici 2021 avec une centaine de communes en zones publiques et 63 gérées par les grands opérateurs », décrit  Laurent Ferraud, conseiller technique pour le département des Alpes Maritimes. Le très haut débit fait donc partie de ces chantiers de l’ombre qui vont connaître leur pic en 2018. 30 initiatives vont être lancées au niveau public avec  une ambition jamais vue en termes d’envergure des dispositifs. Imaginez que des territoires tels que la Mayenne envisage un déploiement à 100% ! Selon les experts, après cette période forte, la France sera maillée dans son intégralité, même s’il restera certaines inégalités de débit…

Limites structurelles et organisationnelles

La principale limite demeure le coût. Même si « les collectivités envisagent davantage d’implémenter la fibre plutôt que de construire une autoroute. Le coût du chantier est parfois prohibitif. Pour le Limousin, il est évalué à un milliard d’euros pour couvrir tout le territoire », modère Baptiste Essevaz-Roulet. Autrement dit, l’attractivité d’un territoire ne se construit pas qu’avec une volonté politique forte. La fibre est surtout question de la capacité du territoire à emprunter des infrastructures existantes et de la manière dont le bâti se répartit sur un territoire. Reste que d’autres blocages persistent. « Concernant notre schéma directeur, nous avons mis plus de quatre ans à le réaliser car nous avions besoin des données réseaux détenues par les opérateurs historiques qui ne voulaient pas les rendre publiques en raison du secret des affaires. Ce bras de fer est remonté jusqu’au Conseil d’Etat pour nous donner raison », explique Laurent Ferraud. Et Nicolas Aubé, président de Céleste, de conclure sur l’avenir des territoires : « aujourd’hui, il existe 14 000 communes éligibles à la fibre optique. Ce qui représente 90% des entreprises. Le point principal reste l’information. Beaucoup d’entreprises ignorent si elles sont éligibles et surestiment le coût de l’implémentation. Mais les retombées de la fibre se compteront directement en emplois ».

Geoffroy Framery

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