Le scepticisme français : Pourquoi c’était PAS mieux avant !

Paris dans 20 ans selon nos intellectuels
Paris dans 20 ans selon nos intellectuels

Depuis 1 an se succèdent les parutions anxiogènes. Nos intellectuels ne nous apprennent plus l’espoir, ils nous enseignent la peur. Crise des temps ou maladie récurrente d’une corporation qui se doit d’être sceptique pour être considérée ? Les 2, mon général.

«Soumission ; Que reste-t-il de l’Occident ? » ; « Le Suicide français » ; « La France qui tombe » ; « L’identité malheureuse ; Comment s’en sortir ? » ; « France, état d’urgence » ; « Décivilisation »… Ne nous étonnons plus si les Français sont les plus importants consommateurs de Prozac dans le monde. Peut-être fréquentent-ils trop le rayon « Actualités » de leurs librairies. Car ces constats et douloureuses questions ne sont pas les titres de films catastrophes ou de romans purement fictionnels. Non, ils sont le fruit de la pensée de certains de nos plus brillants, ou en tout cas de nos plus médiatiques intellectuels : Michel Houellebecq, Régis Debray, Eric Zemmour, Nicolas Baverez, Alain Finkielkraut, Jean-François Kahn, Christian Saint-Etienne, Renaud Camus. Autant de penseurs qui annoncent dans les médias, leurs ouvrages et sans doute leurs amphis, la fin de la France, la fin de l’Occident, la fin des haricots. Bien sûr, Madame la marquise, tout ne va pas très bien. Mais dans quelle mesure ce pessimisme n’est-il pas une posture, voire un argument de vente pour une intelligentsia qui fait depuis longtemps ses choux gras des prédictions catastrophes ?

Car même au cœur des Trente Glorieuses, avec un chômage quasiment nul et une croissance autour de 4%, les intellectuels du moment font le job pour plomber le moral des Français. « Dans les années 50, note Christophe Charle*, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Sorbonne, l’obsession des intellectuels, c’est la guerre atomique. Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Albert Camus cultivent cette crainte, qu’ils prennent très au sérieux. Mais on ne peut guère les blâmer, puisqu’à plusieurs reprises, comme au moment de la crise des fusées de Cuba en 1962, on passe très près du conflit ouvert. » Toutefois, jamais le couperet ne tombera…

La décennie 1960, marquée par une détente des relations Est-Ouest, verra les penseurs hexagonaux agiter d’autres chiffons rouges. « Les intellectuels de gauche vont se mettre à critiquer très lourdement d’autres types de conflits, notamment la guerre du Vietnam, qu’ils érigeront en modèle de conflit impérialiste, explique Christophe Charle. En 1966, Sartre et le britannique Bertrand Russell fonderont même le Tribunal Russell, un tribunal d’opinion sensé assimiler les guerres américaines à de véritables crimes contre l’Humanité. » Parallèlement, un autre discours voit le jour : celui de la dénonciation des inégalités croissantes au niveau planétaire, entre une Europe et une Amérique toujours plus prospères et un « Tiers-Monde » toujours plus à la traîne. Résultat : un discours de culpabilisation de l’Occident, qui fonde sa puissance sur la domination des pays pauvres. « La projection du schéma marxiste sur les relations internationales », résume l’historien. De leur côté, les intellectuels de droite fustigent cette vision maoïste des choses, eux pour qui l’avenir promet une réduction progressive des inégalités.

Quoi qu’il en soit, on le voit, les débats dans les années 60 concernent quasiment exclusivement les enjeux extérieurs. Rien de bien surprenant puisqu’en France, tout semble aller pour le mieux… Pour autant, à gauche, commence à poindre un discours de contestation de la société de consommation à l’intérieur des frontières. Dans le même temps on commence à entendre les prémices du discours écologiste. « C’est René Dumont qui va commencer à critiquer l’usage extensif des pesticides de même que les méfaits de l’industrialisation à outrance », explique Christophe Charle. Mais globalement, concernant la situation intérieure, le discours dominant se veut nettement optimiste. Il est surtout porté par des personnalités de droite. « A l’opposé des craintes de certains à gauche, il existe une vraie confiance dans la société de consommation, affirme l’historien. Un intellectuel comme Jean Fourastié, par exemple, va faire preuve d’un immense optimisme et d’une grande foi dans le progrès technique. D’autres aussi affichent leur optimisme. C’est le cas d’Alfred Sauvy, qui affirmera les bienfaits de la démographie française contre l’avis de nombre de ses contemporains. »

De tous ces discours, lesquels ont le plus d’audience ? Assurément, ceux qui promettent des lendemains qui chantent. La preuve : la politique de développement économique et de foi dans le progrès menée par Georges Pompidou. Aujourd’hui, la question ne se pose même pas tant le consensus – à peine fendillé par l’inusable Jacques Attali – existe dans chaque camp pour annoncer le pire. Au point qu’on peut s’interroger sur le rôle de vigie des intellectuels, qui, finalement, annoncent le bien quand tout va bien, et prédisent le pire quand tout va mal. C’est un peu le discours que tient le penseur américain Noam Chomsky à propos de ses petits camarades dans son ouvrage « Comprendre le pouvoir », paru en 2005 : « Il y a le travail intellectuel, que beaucoup de gens font ; et puis il y a ce qu’on appelle la « vie intellectuelle », qui est un métier particulier, qui ne requiert pas spécialement de penser – en fait, il vaut peut-être mieux ne pas trop penser – et c’est cela qu’on appelle être un intellectuel respecté. (… ) Ces gens-là sont appelés « intellectuels », mais il s’agit en réalité plutôt d’une sorte de prêtrise séculière, dont la tâche est de soutenir les vérités doctrinales de la société. » Les intellectuels non pas prescripteurs d’opinion mais simples suiveurs consensuels ? Une thèse qui expliquerait le pessimisme ambiant, dicté par la réalité socio-économique. Mais un pessimisme qui, si l’on en croit Raymond Aron, peut aussi avoir du bon : « Si la tolérance naît du doute, qu’on enseigne à douter des modèles et des utopies, à récuser les prophètes de salut, les annonciateurs de catastrophes. Appelons de nos vœux la venue des sceptiques s’ils doivent éteindre le fanatisme. ».

 

* La dérégulation culturelle. Essai d’histoire des cultures en Europe au XIXème siècle, ed. PUF, avril 2015

 

Article réalisé par Olivier Faure

1 COMMENTAIRE

  1. Au risque de décevoir l’auteur de cet article, j’affirme que si, c’était bel et bien mieux avant, mais il reste à se mettre d’accord sur le “avant” ! S’il s’agit d’évoquer les années 60, alors oui, en interne du pays il y avait absolument toutes les raisons pour que le peuple soit positif et plutôt heureux… en revanche, si nous évoquons un grand “Avant”, c’est-à-dire une époque pour laquelle on ne peut d’ailleurs pas définir avec précision mathématique une début ni une fin, mais plutôt un Temps d’Avant qui s’est étalé sur pas mal de siècles en commençant en pente progressive lente et qui s’est terminée de la même manière, alors on peut affirmer que oui, c’était mieux à cette “avant” là.
    Alors pourquoi affirmer une telle chose ?
    Et bien simplement en se référant, non pas comme on a coutume de le faire systématiquement chez les modernes et les post modernes par un PIB ou des conforts techniques de tous ordres censés améliorer notre bonheur quotidien, mais en se référant à un état interne de l’homme. La santé de son esprit et de son âme était à l’évidence en bien meilleur état qu’à notre époque. Pourquoi ? Simplement parce que la Raison, cette nouvelle religion du contemporain, et son corollaire l’athéisme occidental, ont littéralement vidé l’âme humaine de ses ressources invisibles et de sa possibilité de transcendance.
    Ne voyant plus rien de plus haut que lui-même, l’hommo post modernus est un Etre qui n’est plus. Il est juste un Avoir sur pied que l’on a formaté pour être (!) essentiellement une entité de rentabilité isolé, mobile, sans mémoire et exclusivement pratique. L’homme “d’Avant” s’en remettait à plus grand et plus haut que lui, le paysan avait un savoir instinctif qui ridiculiserait sans problème le moindre “ingénieur” agronome d’aujourd’hui qui ne sait plus rien de la micro biologie des sols alors même qu’il s’en ira, tout frais émoulu, donner des conseils à des “exploitants agricoles” dénués de tout sens du terroir et de la Terre.
    Dans l’Avant dont je parle, les douleurs, les misères, la souffrance, la peur etc… étaient tout aussi présents et affligeants qu’aujourd’hui (279 conflits générés uniquement par les USA… juste pour donner un exemple), mais cet homme d’Avant disposait en lui d’une dimension qui fait totalement défaut à l’homme d’aujourd’hui, frileux, teigneux, replié sur sa petite sphère personnelle, droit-de-l’hommiste jusqu’à la caricature. L’occident moderne a tué Dieu, est tombé dans le scientisme le plus nauséeux, sa technologie tue tout et partout dans le monde juste parce que nous sommes devenus incapables de vivre dans le silence et l’acceptation de notre finitude. L’orgueil le plus violent à atteint le moindre individu riche, moyen ou précaire. Il veut sauver la planète avant de sauver son âme. Est-ce à dire que j’en appelle à un retour du religieux ? certes non, car les religions telles qu’elles se donnent à voir et à agir aujourd’hui sont elles aussi de véritables caricatures d’une spiritualité originelle qui ne revendiquait rien des dogmes meurtriers des guerres d’aujourd’hui.
    Et que dire de la religion du fric ? Croyez-vous vraiment qu’à l’époque où les familles de paysans subvenaient eux-mêmes à leurs besoins ils étaient malheureux ? Non… ils ne se posaient pas les questions stériles de l’homme post moderne qui se demande s’il aura du réseau dans le “hub” de gare ou d’aéroport où il attend d’être propulsé vers un lointain qui n’évoque plus rien de la diversité du monde. Un lointain rapproché, qui imite l’occident dans tout ce qu’il a de pire.
    Est-ce à dire que je serai pessimiste, négative, déclinologue pour utiliser les mots tendances ? Certes pas non plus. je vis dans mon époque et je fais avec. Mais devenir un positif ne signifie en aucun cas qu’il faille se persuader que l’avant valait l’aujourd’hui parce que cette affirmation est juste fausse. Notre civilisation est bel et bien en phase terminale de son cycle et il n’est pas besoin d’être négatif (?) pour le constater simplement.
    “Nous savons maintenant que toutes les civilisations meurt” (P. Valéry), il est donc parfaitement normal que nous atteignons l’ultime étape qui nous diluera dans la mémoire résiduelle de la grande Histoire. Inutile de faire semblant de vivre un “nouveau paradigme” comme s’entête à le chanter les positivistes de tout poil. Et de surcroit, il n’est pas spécialement grave ni terrible d’être arriver à une fin de civilisation.
    L’Avant de l’Occident fut tumultueux, brillant, prolixe, génial, violent, éblouissant, désolant, bref cette civilisation occidentale a vécu et personne ne sait ce qui viendra prendre la suite…
    Penchez-vous sur la Grande Tradition et vous comprendrez pourquoi à l’évidence, Oui, c’était mieux AVANT.
    Bien à vous

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