De SMS en cafés du commerce, de cours de récré en jardins publics, elle va bon train et rien ne semble pouvoir l’arrêter. La rumeur jaillit dans tous les recoins de France.

Théorie du genre enseignée à l’école, rumeur du 9-3… Souvent nées sur la Toile et se propageant à la vitesse d’une connexion Internet, ces rumeurs occupent encore le devant de la scène médiatique.

Leur point commun ? Se nourrir des fantasmes et des peurs les plus profondes de la population. Certaines rumeurs, comme les histoires de crocodiles se baladant dans les égouts parisiens ou de Tsiganes voleurs d’enfants, sont vieilles de plusieurs décennies. Mythologies modernes, elles refont surface ici ou là, au gré de l’air du temps, parfois remises au goût du jour mais reposant sur les mêmes ressorts infatigables.
Les nouveaux canaux de communication leur donnent aujourd’hui une vitesse de propagation inégalée. En quelques clics, un bruit né au fin fond de la France prend une ampleur nationale. Le phénomène des médias utilisés comme caisse de résonance n’est pas nouveau : déjà en 1987, Isabelle Adjani s’invitait au 20 heures de TF1, afin de faire taire un « on-dit » qui la déclarait gravement malade du sida. Mais à mesure que le Web 2.0 tisse sa Toile, la tendance semble s’être accélérée : telle la rumeur, en 2010, d’une supposée liaison entre Carla Bruni-Sarkozy et le chanteur Benjamin Biolay, qui s’est propagée comme une traînée de poudre en un week-end, ou encore la vraie-fausse mort de Pascal Sevran en 2008, annoncée puis démentie par Europe 1 en l’espace d’une demi-heure.

La rumeur s’invite désormais sur les plateaux télé. Comme un fait avéré, elle est abondamment commentée par des experts et politiques. On se souvient de Jean-François Copé brandissant sur le plateau du « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro un exemplaire du livre pour enfants Tous à poil !, afin de dénoncer l’enseignement de la théorie du genre à l’école. Plus rien ne semble distinguer rumeur et information.
« Il n’y a pas de fumée sans feu », en concluent les Français devant leur écran. La rumeur repose sur le fantasme, pas sur la vérité : c’est justement ce qui la rend si difficile à démont(r)er. « Il est aussi difficile de prouver ce qui existe que ce qui n’existe pas », pointe le chercheur Pascal Froissart (cf. interview). Le plus vieux média du monde n’a pas fini de faire jaser.

Catherine Quignon

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