Les atouts MBA de milieu de tableau

"Ils ne font pas le poids. S'ils savaient que j'ai passé un petit MBA discrètement..."

Effet garanti

Coûteux mais accélérateurs de carrière, les MBA valent le coup, même ceux qui n’occupent pas les premières places des classements.

Plus d’une vingtaine d’écoles de commerce prestigieuses provenant de pas moins de huit pays (Etats-Unis, France, Singapour, Chine, Espagne…) rassemblées au même endroit pour un après-midi, tel est le concept du salon QS World MBA Tour qui se tient à Paris, à l’Hôtel du Collectionneur, le samedi 4 mars. Au programme, des rencontres et des dialogues avec les directeurs d’admission qui assurent la présentation de la formation qualifiante actuellement en vogue dans les milieux de la finance et du conseil : le MBA. Le but, pour les postulants : savoir choisir le bon MBA selon leurs besoins et leur volonté de carrière. « Un MBA est l’un des investissements les plus importants qu’un professionnel ambitieux puisse faire dans sa carrière, souligne Isabelle Pasmentier, directrice marketing et communication Europe pour Quacquarelli Symonds Limited, qui gère l’étape française des salons QS World MBA. Il est donc important pour eux de ne pas se tromper dans leur choix. QS a créé le World MBA Tour pour aider les futurs étudiants en MBA à faire un choix éclairé. » La popularité croissante des MBA est en grande partie due à leur acceptation généralisée par les employeurs et la réputation de retour sur investissement rapide qu’offrent ces formations, tant en termes de salaire que d’évolution de carrière, même en milieu de classement. « Les entreprises qui recrutent des MBA ont souvent une présence mondiale, elles sont de plus en plus diversifiées et doivent continuellement innover pour rester compétitives, poursuit Isabelle Pasmentier. Tous les MBA sont équipés d’une compréhension des fondamentaux de l’entreprise : stratégie, comptabilité, marketing, finances, opérations, comportement organisationnel… »

Les classements, mais pas seulement

Pour faire leur choix parmi le panel de MBA existants – toute business school qui se respecte propose désormais sa formation générale de management – les postulants peuvent s’appuyer sur les divers classements qui fleurissent un peu partout. Mais pas seulement. « Ils sont un élément de choix parmi d’autres, mais ont une importance relative. C’est aussi pourquoi le salon a lieu. Le plus important, c’est de trouver le MBA avec un programme qui correspond avec le profil, la culture et les attentes du candidat », remarque Isabelle Pasmentier. L’investissement est important autant sur le plan financier que personnel, et on ne peut s’engager à la légère sur la seule base d’un classement. « Les classements, oui, c’est important d’y être, c’est un élément de critère de choix. Mais il en existe énormément. Pour certains d’entre eux, il faut faire soi-même la démarche pour être mentionné à l’intérieur !, expose William Hurst, directeur Executive Education de la Business School nantaise Audencia. Il y a toujours une variance d’un classement à l’autre, d’autant plus qu’il existe un biais par rapport à la réputation globale de l’école de commerce et non spécifiquement au MBA. La qualité intrinsèque du programme n’est pas toujours représentée. Nous, par exemple, sommes plutôt bien classés par SMPG, mais ne figurons pas dans celui établi par le Financial Times parce que nous n’avons pas 30 diplômés par an… » Voilà, entre autres, pourquoi les MBA classés hors top 20 et hors grandes écoles parisiennes parviennent à exister : les recruteurs comme les candidats ne s’attardent pas uniquement sur le nom de la structure qui dispense cette formation. « C’est bien qu’il y en ait, cela nous permet de benchmarker sur ce que fait la concurrence pour améliorer notre offre, reconnaît Carole Daniel, directrice de l’Executive MBA de SKEMA Business School à Lille. Mais très honnêtement, pour les postulants, c’est la focalisation sur une thématique donnée qui les attire. Ils choisissent en fonction de leurs attentes. Comme nous sommes issus de la fusion de deux écoles, nous sommes sortis de certains classements où il faut trois ans d’ancienneté pour y figurer. Pour autant, ça ne nous empêche pas d’être attractifs. » Un constat que valide Pascal Berthier, directrice MBA de l’EM Lyon : « Nous sommes plus petits que les autres mais cela permet d’être flexibles et d’introduire de nouveaux cours. Surtout, nous nous appuyons sur des facteurs de différenciation qui sont notre marque de fabrique : grâce à l’incubateur interne de l’école, plus de 85% des entreprises créées par nos élèves à la suite de leur MBA sont toujours en vie après cinq ans. » Enfin, le prix est évidemment un critère de décision important : le montant à investir pour neuf mois de formation peut varier de 10000 euros à plus de 100000 euros selon les écoles. « Pourquoi est-ce aussi cher ? D’une part, parce qu’il existe des “coûts de production” importants, note William Hurst. Et puis c’est comme un business de marque, le coût engendré est en fonction du poids du réseau, de l’image de marque de l’école et de ce que vous pouvez en tirer en termes de ROI. »

Deux types de MBA, un même esprit

Il convient de distinguer les deux types de MBA, qui ne s’adressent pas aux mêmes types de population. D’un côté, il y a les Full Time MBA, et de l’autre les Executive MBA, où MBA à temps partiel. Les premiers s’adressent en général « à des trentenaires, souvent internationaux, qui ont une expérience professionnelle de 7-8 ans et qui souhaitent acquérir davantage de connaissances, monter en grade et se diriger vers des carrières managériales. Ceux-là, dans la grande majorité des cas, ont quitté leur boîte et investissent sur eux-mêmes via un MBA. 20% d’entre eux le font pour monter leur propre entreprise », explique Pascale Berthier. Les Business Schools françaises jouissent historiquement d’une bonne presse à l’international, ce qui leur permet d’accueillir nombre de candidats étrangers. L’EM Lyon compte ainsi entre 16 et 20 nationalités représentées à chaque cursus. Quant aux seconds, ils s’adressent à une population avec beaucoup plus de bouteille – la moyenne d’âge des étudiants en Executive MBA oscille autour de 40 ans. « Dans 80% des cas, ceux-là sont accompagnés par leur entreprise qui finance tout ou partie de cette formation ; ils comptent accéder à des fonctions d’expertise de haut niveau. » Qu’est-ce qu’on y apprend concrètement ? A avoir une compréhension globale du fonctionnement d’une entreprise, à être capable de maîtriser les enjeux de n’importe quelle fonction et à adopter une vision globale. « En gros, on vous enseigne comment passer de manager à leader. Mais ce n’est pas un schéma classique de prise de notes devant un intervenant qui parle. C’est participatif, avec beaucoup d’expérientiel. Si beaucoup viennent du privé, nous avons aussi des gens de collectivités territoriales qui passent un Executive MBA pour prétendre à un poste de directeur général de services ou d’une chambre de commerce au niveau local par exemple. De plus en plus, les collectivités se disent que leurs problématiques sont proches de celles des entreprises classiques », avance William Hurst.

Des critères d’acceptation qui évoluent

L’enjeu, pour les écoles, est désormais de féminiser les MBA en France. Pour ce faire, plusieurs écoles de commerce créent des programmes et des initiatives afin de mieux servir le corps étudiant ainsi que les femmes. Dans la plupart des Business Schools, en moyenne, 40% des étudiants sont des femmes. Alors qu’à l’Université Renmin en Chine, elles représentent 59% de la classe. Au Royaume-Uni, les écoles de commerce de Leeds l’année dernière comptaient 57% de candidats féminins dans leurs MBA. Au niveau des embauches, selon l’étude récente menée par QS TopMBA.com auprès de plus de 4000 recruteurs, les entreprises du secteur de la finance demeurent les plus friandes de détenteurs de ce genre de diplômes. « L’informatique est maintenant le deuxième plus important secteur de recrutement de MBA. Les cabinets de conseil enregistrent également une forte croissance », appuie sans surprise Isabelle Pasmentier. Mais certaines filières industrielles recrutent elles aussi massivement des MBA depuis peu : « C’est le cas des services pharmaceutiques, de biotechnologie et de soins de santé, ainsi que les technologies de l’information », détaille-t-elle. Encore faut-il que les diplômés y trouvent leur compte : démissionner puis engager ses économies dans une formation à 30 ou 40000 euros, parfois à 30 ans seulement, n’est pas forcément chose aisée. Mais la carotte est belle. L’employabilité est bel et bien au rendez-vous. « 90% de nos candidats ont trouvé un emploi dans les trois mois qui suivent la fin du programme, avec augmentation de salaire à la clef », relate Pascale Berthier. « Le MBA est un vrai accélérateur de carrière, insiste William Hurst. Selon nos statistiques, sur les Executive MBA, à horizon trois ans, 85% des gens ont eu une promotion ou ont monté leur entreprise. Sur les Full Time MBA, à la sortie, le salaire moyen est de 80000 euros par an alors qu’il est de 52000 euros à l’entrée. Notre MBA coûte 30000 euros. Faites le calcul. » Nul besoin de s’engager dans un MBA aussi coûteux pour voir sa carrière prendre un nouveau virage. En 2011, Ilan Dubois, expert-comptable, décide de quitter son cabinet via une rupture conventionnelle. Il engage 10000 euros pour suivre un MBA audit et contrôle de gestion à l’ISC Paris. « Je ne faisais que de l’expertise comptable depuis trois ans, et j’avais envie de faire de l’audit pour à long terme devenir commissaire aux comptes », relate le jeune homme de 32 ans. Même si ses interlocuteurs estiment qu’il est trop qualifié pour ce MBA, il décide de le suivre, alors que le cursus était classé quatrième dans sa catégorie par SMBG. Sans aucune sensation d’avoir gaspillé son pécule. La preuve, aujourd’hui il fait 70% d’audit dans son nouveau cabinet. « Certes, j’avais des facilités sur certaines matières, mais ce MBA m’a bien rafraîchi la mémoire sur beaucoup de points. Mais surtout, il m’a permis de faire un stage pendant six mois. On sait que les entreprises peuvent être frileuses à l’idée d’embaucher en CDI. Moins engageant qu’une embauche directe, ce stage fut pour eux l’occasion de me jauger sur une durée conséquente avant de me proposer un contrat. Enfin, c’est anecdotique, mais je dois dire que cela ne m’a pas déplu de redevenir étudiant à 28 ans. »

Marc Hervez

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