Le MBA, coûteux et exigeant, à quoi bon ? Qu’apporte au futur gestionnaire ce sésame vers les fonctions les plus élevées de l’entreprise ?

« Essayons de nous fixer un objectif intermédiaire avec de nous attacher à « conquérir le monde connu »
« Essayons de nous fixer un objectif intermédiaire avec de nous attacher à
« conquérir le monde connu » »

Qu’on se le dise, le MBA, c’est un an, voire plus, où votre vie privée en prend un sérieux coup. De même que le portefeuille de votre entreprise-mécène, ou vos propres deniers. Pourtant, pas de quoi décourager les candidats : une étude du GMAC (Graduate Management Admission Council) annonce qu’en 2015 ces programmes recevront 12% de demandes supplémentaires. Il faut dire que les employeurs les plébiscitent : ils sont 72% à se dire satisfaits de ces diplômés, contre 41% seulement pour les masters in management. Pourquoi un tel engouement ?

 

Un généraliste du business

« Historiquement, la formule du MBA a été créée pour des ingénieurs qui se retrouvaient démunis à un certain stade hiérarchique, rappelle Jean Pralong, chercheur en management et enseignant du programme MBA à Neoma. Le MBA, c’est de la gestion pour les non gestionnaires, et cela s’adresse aux hauts potentiels souhaitant accéder à un certain niveau hiérarchique. On souhaite avant tout leur inculquer de nouveaux réflexes et de nouveaux comportements. » Cette transversalité est d’ailleurs son principal atout. Et si toutes les autres offres de formation continue intègrent bien cette notion, c’est de manière plus modeste. « C’est avoir en un an un panorama du business et la compréhension de phénomènes qui n’appartiennent pas à votre métier, dans un cadre intellectuel très riche », ajoute Laurent Bonnier, directeur associé chez StratX, société d’accompagnement au changement. Outre cet enseignement généraliste, les enseignants des business schools prospectent aussi de nouveaux sujets stratégiques à l’avant-garde de l’enseignement managérial. « Le QS TopMBA.com Jobs and Salary Trends Report montre que les employeurs sont satisfaits des compétences techniques dispensées lors d’un MBA. Mais la prévalence du Big data, par exemple, met au goût du jour « l’evidence-based management ». Il importe donc que les MBA intègrent cette nouvelle compétence de gestion, en lien avec l’utilisation des données », note Mansoor Iqbal, journaliste de l’équipe QS.

 

Les entreprises conquises

Pour les participants, l’avantage décisif d’un MBA réside aussi dans la prise de recul par rapport aux premières armes professionnelles qu’ils ont jusque là acquises au cours de leur carrière, tout en préparant l’avenir avec une meilleure connaissance de soi. « Le MBA est une période de forte remise en cause personnelle qui permet de passer un cap. C’est une période de transition où l’on note des changements notoires dans son comportement entre l’entrée et la sortie du programme », précise Jeanine Picard, responsable des programmes MBA de l’ESSEC. Mansoor Iqbal souligne d’ailleurs que « les entreprises accordent autant d’importance aux soft skills qu’aux compétences techniques. En particulier en matière de communication, de relationnel, de stratégie et de leadership ». L’enjeu est d’ailleurs si important pour certains employeurs qu’ils n’hésitent pas, souvent, à payer eux-mêmes à leurs meilleurs éléments ces programmes pourtant très onéreux. Et ce en dépit du risque de la fuite des talents formés à grands frais. Mais ce mode de financement dépend aussi du secteur d’activité et de la taille de l’entreprise, comme en atteste la dernière étude en date réalisée par QS (voir Observatoire RH& Formation).

En outre, pour ce qui concerne le recrutement, toutes les entreprises ne sont pas aussi sensibles aux charmes des titulaires du précieux sésame : en 2014, celles qui comptent plus de 250 salariés représentent les deux tiers des sociétés qui recrutent à ce niveau de diplôme. Et sur la scène mondiale, l’Europe demeure le second marché de recrutement, avec 19% des emplois pourvus. « Dans certaines entreprises, le profil MBA est bien connu, dans d’autres moins. Notre MBA Luxury Brand par exemple est une offre bien identifiée par les entreprises du secteur. Elles ne se trompent pas sur les attentes nourries au sujet d’un profil diplômé d’un MBA qui sort de notre école », analyse Jeanine Picard.

 

Passer un cap

Pour Bubacar Diallo, actuel participant au MBA dispensé par l’école de commerce Audencia Nantes, et ancien responsable commercial d’un groupe bancaire international, le plus gros effort fut d’apprendre à collaborer en contexte multi-culturel, malgré son premier vécu professionnel : « Chacun amène une expérience culturelle, sociale et professionnelle différente. Ce mélange des genres crée une confrontation positive et amène à changer sa manière de travailler ensemble et de s’adresser aux personnes. On ne fait pas un MBA pour gagner une compétence en particulier, mais pour y être challengé et s’ouvrir. » Une autre raison ? Changer de métier et de secteur d’activité, tout en partant à l’abordage d’un nouveau marché international. Ce cas de figure correspond surtout aux profils internationaux désireux de venir travailler pour un groupe français. Le schéma le plus courant consiste à valider un MBA français et de concrétiser son MBA tricolore par un stage au sein d’une entreprise française, sésame pour une filiale ou une succursale à l’étranger de la maison mère française. En d’autres termes, le MBA incarne un vecteur d’internationalisation des marques françaises ou de grandes entreprises étrangères qui souhaitent conquérir le marché hexagonal. « Le MBA m’a servi de point d’entrée pour un autre horizon professionnel. Il a été très utile en matière de développement de carrière et d’expertise professionnelle en m’apprenant comment capitaliser sur le passé et comprendre quelles compétences ajouter pour performer sur un nouveau poste et un nouveau marché. Dans le luxe, un MBA n’est qu’une étape qui valorise l’expérience passée et le réseau. C’est un très bon point d’entrée dans une nouvelle communauté », témoigne Maria Charueva, ancienne enseignante en économie à l’Ecole de construction civile de Moscou, alumnus du MBA de HEC et ancienne cadre du bijoutier Lalique. « Toutefois, il y a un fossé entre la qualité académique du MBA et ce qui peut en être utilisé dans une entreprise qui a ses propres problématiques business, très spécifiques. Le MBA ne donne pas tous les outils stratégiques », pondère Laurent Bonnier. Autrement dit, l’expansion géographique, l’obsession client ou encore la priorité de croissance sont autant de points trop peu abordés dans ces programmes managériaux, selon le cabinet international d’accompagnement au changement. Et ce dernier de conclure : « Des sociétés telles que Sanofi, L’Oréal, Saint-Gobain, Airbus ou Dell nous font confiance et nous sommes désormais capables de mesurer l’impact monétaire de nos programmes de formation, chose que ne font pas les business schools. Mais nous ne possédons pas l’aura des grandes écoles en matière de valorisation. » Bien qu’inégalé en termes de réputation, le MBA n’en reste pas moins en concurrence forte avec ces entreprises instigatrices du changement stratégique des entreprises..

 

Article réalisé par Geoffroy Framery

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