Les formations françaises sont-elles différentes des autres ? Participants comme recruteurs font la différence, selon plusieurs critères. Passage en revue.

Depuis qu'il a obtenu son MBA français, Tom a discrètement redécoré son poste de travail...
Depuis qu’il a obtenu son MBA français, Tom a discrètement redécoré son poste de travail…

Dans un marché globalisé où chaque business school tente de tirer son épingle du jeu, les MBA recouvrent des conditions de formations et un passeport à l’employabilité de qualité variable selon les établissements. Malgré des innovations manifestes et des regards tournés vers des enjeux globalisés, les formations européennes, et françaises en particulier, accusent un certain retard pour faire jeu égal avec les meilleures formations mondiales. En attestent, les derniers classements du Financial Times qui ne recensent que trop peu d’écoles hexagonales voire même européennes dans le haut de leurs classements, exceptions faites des HEC, INSEAD, GEM (Grenoble Ecole de Management), EDHEC, EM Lyon ou encore Audencia. Les historiques MBA nord-américains continuent donc de truster les premières places dans un marché où l’horizon semble s’éclaircir. Car après un pic de candidatures en 2009 motivé par un repositionnement des cadres dans un contexte de crise économique, l’afflux a ralenti en raison de la frilosité des managers à quitter leur emploi et à courir le risque de faire un MBA sur un marché des cadres qui s’est progressivement tendu. Cette récession du marché des MBA du printemps 2011 à l’hiver 2014 semble doucement s’inverser, et l’on observe depuis quelques mois une légère reprise. Tendance qui n’est cependant pas à l’œuvre chez toutes les Business schools européennes. Quel chemin reste-t-il à parcourir aux écoles françaises pour tenir tête aux formations les mieux cotées ? Etat des lieux de leurs forces et de leur propension à attirer sans cesse des profils
internationaux.

Un marché restreint encourageant l’internationalisation

Voir le verre à moitié vide ou le considérer à moitié plein. En matière de marché des MBA, le Vieux Continent peut s’envisager de deux façons. Verre à moitié vide, car contrairement au marché américain, celui de l’Europe est restreint. « En France, le marché local est assez réduit. En règle général, 1000 personnes participent à un MBA chaque année toutes écoles confondues », recense Bernard Garrette, directeur du MBA de HEC. Verre à moitié plein, car le marché restreint devient une qualité lorsqu’il s’agit de s’intéresser au multiculturalisme d’affaires et aux cohortes toujours plus internationalisés assises sur les bancs des écoles françaises. Le multiculturalisme d’affaires est la règle, tout simplement parce que les Français ne sont pas la nationalité la plus représentée au sein des promotions qui comptent des participants venant de 40 à 50 pays différents à HEC. Un peu moins d’une vingtaine à l’Audencia. Entre 20 et 30 pour la plupart des business schools françaises. Des profils variés qui font la richesse du MBA, formation où l’on apprend autant de ses pairs que des enseignants recrutés dans le monde entier. « Une manière de sortir de l’ethnocentrisme d’affaires », précise Alon Rozen, doyen à l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées (ENPC). Il n’empêche que la composition des effectifs influence les politiques de recrutement avec d’un côté, des écoles françaises désireuses d’attirer plus de talents locaux et de l’autre des MBA américains envieux de nos cohortes multiculturelles.

Formations plus globales, bon goût et tissu d’entreprises concernées

« En matière de coût d’opportunité, il n’est pas nécessaire pour un professionnel résidant en Europe de faire 6000 km pour faire un MBA de qualité. Ces formations poussées sont plus internationalisées en Europe. Les business schools américaines desservent avant tout un marché local. Et pour les écoles de milieu de tableau, on souligne que la grande majorité de leur apprenants sont originaires de l’Etat dans lequel elles sont implantées », analyse Bernard Garrette. De même avec le personnel enseignant. Le système de recrutement d’enseignants visiteurs, vacataires ou résidents, à l’œuvre dans les formations françaises, permet un brassage des compétences plus intense. Leur taille, modeste au regard des universités américaines, leur autorise également plus de facilités pour s’adapter aux exigences des postes de gestion à l’image de l’évolution du curriculum de HEC implémenté en à peine une année, afin de mieux coller au monde du recrutement. L’ENPC possède de son côté une formule qui convainc par la flexibilité de ses formations, avec un MBA comportant de nombreux électifs permettant de se façonner un programme presque sur-mesure.

« Les meilleures écoles françaises font aussi un excellent travail, année après année, pour trouver des emplois bien rémunérés dès après l’obtention du diplôme », ajoute Louis Lavelle, éditeur chez TopMBA.com. Côté spécialisations, le bon goût français ne serait pas qu’un cliché en matière de formation de pointe, mais véritablement un atout pour les MBA tels celui de l’ESSEC spécialisé dans l’hôtellerie ou d’autres dédiés au luxe. Car une des plus-values indiscutables des écoles tricolores réside dans l’accent porté sur les différents aspects stratégiques du luxe : merchandising, marketing ou encore gestion de marque. Le monde nous envie dans notre manière de vanter et vendre nos produits de marque premium. Ce n’est pas nouveau. La France demeure ainsi le meilleur pays pour obtenir un MBA et faire carrière dans ce domaine. « Un MBA français vous propulse directement au cœur du marché global spécialisé dans le luxe, de la même manière qu’un MBA dans certaines écoles américaines vous connecte directement aux réseaux d’embauche de Wall Street », note l’expert de chez Top MBA. Autre atout français dont toutes les business schools parisiennes profitent, et qui explique aussi pourquoi les jeunes diplômés d’écoles privilégient cette région, avec les emblématiques buildings de la Défense et le très novateur plateau de Saclay : la présence du premier tissu de multinationales en Europe. « Ce qui va différer chez HEC, c’est l’accès aux entreprises. Les étudiants font un MBA pour changer de job. C’est vraiment leur but. Si on prend le CAC 40, onze entreprises sont dirigées par d’anciens diplômés de l’école. De même, si on élargit cette caractéristique aux membres des comités de direction, les alumni sont pléthore. Le MBA chez HEC confère ainsi un accès privilégié aux Chinois, Brésiliens, Russes ou Indiens désireux de rentrer chez Lafarge, L’Oréal, LVMH, Schneider, etc. », note Bernard Garrette.

Rythmes, apprentissages et profils différents

Certains MBA américains peuvent s’adresser à des étudiants en poursuite d’études. Après un Bachelor par exemple. C’est un cas rarissime en Europe voire inconcevable en France, où une première expérience solide demeure un prérequis incontournable pour le recruteurs des MBA. Malgré les triples accréditations internationales (Equis, AMBA, AACSB) qui confèrent un terreau commun aux formations, indifféremment du pays où elles sont dispensées, les MBA français se distinguent aussi de leurs aînés américains par les rythmes de formation. La formule se déroule souvent sur deux ans outre-Atlantique, avec une première année dévolue aux enseignements généraux et une seconde réservée aux choix de carrière et aux process de recrutement. Autre différence, « les programmes sont peut-être plus difficiles sur le plan scolaire sur toute la durée du programme », complète Louis Lavelle. Certains MBA français d’ailleurs se permettent de mettre fin à chacun de leur cours par un mini-examen. En matière de formats, le temps de formation diffère également. A l’image de ses voisins européens, la France offre des programmes plus courts à ses participants (un an voire 16 à 18 mois), contrairement aux formations américaines. « Cela s’effectue parfois au détriment du stage, qui demeure un trait caractéristique du MBA anglo-saxon », complète Louis Lavelle. Pour répondre à cette optique professionnalisante, certains MBA français adaptent également leur formule. L’ENPC propose après son cycle multi-campus une phase supplémentaire d’internships pour utiliser concrètement les compétences acquises dans un environnement propice. Les dirigeants de HEC, eux, ont choisi de compléter leur offre par une formule part-time (en temps partiel) pour leur MBA pour concilier vie professionnelle, aspirations de carrière et formation. Une première en Europe. Enfin, l’ADN de l’école n’est pas à occulter. Audencia s’est vite positionnée sur la responsabilité sociale des entreprises et le développement durable. Programme qui intéresse vivement les étudiants américains car ces problématiques sont pour l’instant mieux considérées et traitées en Europe et en France. « Peut être une question de mentalité, note PaulMcDonagh, doyen du MBA chez Audencia. D’autant que les MBA américains se concentrent davantage sur les disciplines classiques de gestion comme la finance ou le marketing. » C’est dans cette optique que certaines formations amènent les étudiants de George Washington University ou de la faculté d’Exeter à venir assister aux programmes courts à l’Audencia, centrés sur des problématiques moins traitées outre-Atlantique. Même optique chez l’ENPC qui insiste, par ailleurs, sur l’innovation et la création d’entreprises sur son campus parisien. « In business making a better », comme nous le répète Alan Rozen. Malgré tout, l’expert anglo-saxon des formations de Top MBA évoque bien plus de ressemblances que de différences en termes de contenus d’enseignement et de formation basés sur la multiplication des études de cas et de projets collaboratifs.

Des pistes d’amélioration pour généraliser l’excellence

Au regard des cohortes des MBA français, nos écoles rayonnent sur la scène mondiale : pour la qualité de leur MBA et de leurs formations continues, mais également pour le retour sur investissement de leurs programmes, selon un récent classement du Financial Times évoquant les HEC, Grenoble Ecole de Management, EDHEC et EM Lyon. Mais ne tombons pas dans une crise de franchouillardise aiguë. En dépit d’un très bon potentiel et de formations reconnues internationalement, force est d’admettre que les Stanford, Harvard, Wharton, Columbia BS et autre London Business School demeurent devant nos pourtant très bien classés INSEAD et HEC, selon les critères du même périodique économique anglais. Pour améliorer leur réputation, les observateurs du marché des MBA conseillent aux écoles françaises de renforcer les domaines de compétences où elles ne font pas encore l’unanimité aux yeux du monde entier. Surtout si le manque de reconnaissance concerne des domaines tels que la finance ou le conseil, qui offrent actuellement les plus hauts salaires après l’obtention d’un MBA. Autrement dit, cela signifie procéder au recrutement de professeurs de classe mondiale dans ces domaines et travailler avec les employeurs pour augmenter leur présence sur le recrutement à même ​​le campus. « L’ensemble de ces mesures permet de rendre les écoles françaises plus compétitives par rapport aux meilleurs établissements mondiaux, et d’attirer plus d’étudiants intéressés par ces domaines tout en augmentant les salaires de départ. Finalement l’assurance d’améliorer le classement », conclut Louis Lavelle.

Article réalisé par Geoffroy Framery

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