Réunir l’ensemble des plus grands dirigeants de chaque fonction d’une entreprise. Pari réussi pour Agora Fonctions depuis dix ans.

Revenir aux basiques pour les grands décideurs métiers...Etape 1 : la poignée de main.
Revenir aux basiques pour les grands décideurs métiers…Etape 1 : la poignée de main.

Imaginez 17 assemblées de directeurs dans chacune des fonctions clés d’entreprises d’au moins 500 salariés qui ont leur propre club. Désormais premier réseau de managers métiers en France, Agora Fonctions est né en mars 2005 à l’initiative de Sébastien Guénard et Michaël Lejard, naguère respectivement directeur commercial chez Kompass et directeur de la pub dans le Groupe Action Commerciale – aujourd’hui Editialis –, suite à plusieurs rencontres lors des soirées du Wine & Business club d’Alain Marty (cf. EcoRéseau n°1). « Ce type d’événements nous a permis de faire de la fidélisation client pour nos marques respectives. C’est en observant les syndicats et associations professionnelles dédiés aux métiers dans leur globalité que nous nous sommes aperçus que les décideurs métiers des grandes entreprises publiques et privées, comme les DSI, les directeurs de l’expérience client, ou encore les supply chain managers n’avaient pas leur lieu et organisation propre pour échanger », se souviennent les dirigeants. Un projet entrepreneurial qui partait aussi du constat que les managers métiers étaient isolés et en demande d’un outil collaboratif pour créer du lien avec des pairs, et ainsi trouver les meilleures solutions pour leur entreprise. Dès lors, comment ont-ils relevé le défi ?

Premier réseau de managers en France

Le credo d’Agora Fonctions découle du bon sens : « La confiance s’établit par la rencontre, qui demeure un facteur déterminant. Le point de départ passe toujours par une poignée de main, même si le numérique prend ensuite le relais pour optimiser les rapports », expliquent les deux dirigeants. Une idée de confiance d’ailleurs qui se concrétise également par la volonté des deux associés de réunir, par-delà les clivages, les mondes du privé et du public. Concrètement, la vie de ces 17 réseaux bat au rythme de dîners-débats, de groupes de travail, de visites sur site. L’ensemble des membres permet un échange de best practices, un partage des visions des marchés, une réflexion en matière d’outils professionnels… Ces différentes agoras ne fonctionnement bien évidemment pas en vase clos. Les frontières sont poreuses et le réseautage possible entre métiers.

 

Marier le technologique à l’humain

Comment concilier l’emploi du temps minuté de directeurs avec des rencontres jugées utiles par ces derniers? A cette question, les deux associés ont répondu technologiquement. « Nous avons développé une application en interne qui permet à chacun de ses utilisateurs d’avoir un accès à un agenda, aux plans de tables, aux profils des convives… A n’importe quel moment, un membre peut poser une question à un autre membre. Cette application n’est que le prolongement numérique en one to one de la confiance préalablement établie. Compilé sous forme d’historique, le système de questions flash permet d’obtenir une réponse confidentielle, dans un délai de deux heures », nous assurent les co-fondateurs d’Agora Fonctions. Mieux encore, ces questions peuvent amener à la constitution de workshops virtuels ou à la visite de sites. « Quelles que soient les fonctions, chaque membre peut réaliser un benchmark rapide et légitimer ses décisions en s’appuyant sur les choix stratégiques d’autres entreprises et prendre les solutions là où elles existent. Mais ces relations ne sont pas seulement basées sur les tops. L’échange se construit aussi autour des flops », détaille Sébastien Guénard.

 

Quid des rassemblements ?

Dans la forme, chaque club organise huit dîners-débats par an. Dans les clubs, le tutoiement est de rigueur. Chaque membre n’est pas personnellement affilié à un club puisque l’entreprise cotise pour l’adhésion. Chaque club possède sa propre gouvernance, composée a minima de cinq personnes, avec la plupart du temps une coprésidence à la tête du comité de pilotage. Ils décident de l’entrée des nouveaux et des différents sujets à traiter inhérents à chaque métier. Ce faisant, « plus de 200 intervenants de renom viennent discourir lors de ces soirées. Le DSI de l’Etat par exemple pour le club des DSI, le Rapporteur général du Budget au Sénat pour les directeurs financiers, Louis Gallois le président du Conseil de surveillance de PSA pour l’Agora des dirigeants, des personnalités comme Jacques Attali ou Luc Ferry pour les soirées de gala », énumère Michaël Lejard. La cooptation est souvent de mise dans le recrutement. Le nombre de membres par club n’est d’ailleurs pas limité. A titre d’exemple, le club des DSI se compose aujourd’hui de 140 personnes. Ils étaient 21 en 2005 et sont aujourd’hui 70 présents en moyenne par rassemblement. Pour les “petits nouveaux”, le premier rendez-vous est gratuit en guise de découverte. Dans cet écosystème, la cotisation est en moyenne de 700 euros. « Les règles sont strictes et il existe une ligne à ne pas franchir. Si je deviens consultant ou prestataire, je dois quitter le réseau, par exemple. » La moyenne d’âge est de 45 ans. Les membres se caractérisent également par l’appartenance à d’autres réseaux d’envergure : HEC, ENA, l’X,… d’où une véritable recherche de plus-value dans chacune des agoras. Les plans de table se décident à la faveur d’un algorithme. Chaque table possédera son capitaine, chargé de l’animation ; il s’agit bien souvent d’un membre du comité de pilotage du club. « Derrière l’événement, notre plateforme numérique Saas (Software as a service) permet d’envoyer les invitations et de gérer les réponses et présences à ces soirées. Une sorte de tout-en-un pour gérer la communauté : gestion des badges, taux de fréquentation, orchestration du repas, gestion des cotisations… », souligne Sébastien Guénard. Aujourd’hui, Agora Clubs voit les choses en encore plus grand grâce à son application mobile. Cet outil numérique permettant effectivement aux membres d’être en contact et de se poser des questions au quotidien et partout dans le monde. « A court terme nous allons internationaliser le réseau Agora Fonctions en l’élargissant à d’autres membres francophones », se projettent les deux dirigeants. Le démarrage hors de France aurait lieu vraisemblablement courant 2016. Un chantier d’ampleur pour le leader français de l’ingénierie communautaire.

Geoffroy Framery

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