Entre un but et un essai, les loges et autres espaces selects des stades ne pourraient-ils pas être aussi des lieux de rencontres fructueuses en affaires ?

Derrière le cordon rouge, une autre manière de voir un match de foot...
Derrière le cordon rouge, une autre manière de voir un match de foot…

Reims, le 16 août. Cadeau de rentrée aux supporters des Rouge et Blanc, c’est l’OM qui ouvre la saison au stade Auguste Delaune. La panneautique est flambant neuve, les loges sont bien garnies, les bulles ont rempli les coupes. De quoi donner le sourire à Fabrice Harvey, directeur commercial du Stade de Reims, qui travaille aux offres d’hospitalité et au renouvellement des partenariats depuis de longues semaines. « Nous possédons 32 loges pour 400 places au total, qui disposent d’un espace VIP en commun, où les partenaires et les joueurs se retrouvent après le match pour un dîner assis. C’est le lieu des maisons de champagne qui invitent leurs clients, mais aussi leurs livreurs (ceux qui leur vendent le raisin, ndlr), explique cet ancien joueur pro qui voit débuter la quatrième saison consécutive en Ligue 1 de ce club phare des années 50. Nous disposons également d’un salon d’une capacité de 500 à 600 personnes, avec restauration debout pour les détenteurs de billets VIP. Enfin, derrière la tribune Jonquet, nous disposons d’un autre espace de 200 à 250 personnes. » On y retrouve notamment nombre d’entreprises du bâtiment, des petits producteurs, des entreprises de transport… Au total, le club compte plus de 300 partenaires. Dans une agglomération de 220000 habitants, les acteurs du monde économique se connaissent et quand ce n’est pas le cas, ici comme souvent en région, le stade fait le reste. « Ce que l’on vend ? D’abord un lieu d’émotion et de passion, le socle de l’appartenance à une ville, à un territoire, à des couleurs, poursuit Fabrice Harvey. Mon rôle est de mettre les gens en relation, de les faire se rencontrer et que le business se fasse. Ce doit être notre valeur ajoutée. »

 

Le contact est dans le plat

Pour l’investissement, il faut compter entre 15 et 20000€ par saison pour disposer de places VIP, d’accès en loge et de communication visuelle dans le stade. Ballon rond, toujours, à 500km de là. Un autre club historique du football français soigne ses partenaires. Les canaris du FC Nantes proposent ainsi des offres de 5400 à 6400€ la place en loge pour 19 matches par an. Pour Gilles Lecoublet, P-Dg de Quadra, une entreprise spécialisée dans la gestion informatique et les solutions d’impression, l’aventure a démarré il y a quatre ans. « Nous avons fait le choix de réserver, pour chaque saison, une Loge Prestige. Un véritable moment de convivialité que nous partageons avec nos clients, à chaque match, explique ce patron d’une entreprise qui réalise 12 M€ de chiffre d’affaires. Pour nous, c’est l’occasion également d’échanger dans un contexte différent, tout en profitant, à chaque fois, d’un service de grande qualité, un point très important. Nous sommes sur un club à la forte identité locale, une référence qui parle à chacun d’entre nous. » Le football, sport roi, en Ligue 1 comme en Ligue 2, et l’an prochain avec les championnats d’Europe en France, mais pas seulement, comme l’analyse Igor Juzon, P-Dg d’Eventeam. Ce spécialiste de l’hospitalité dans le sport, qui a notamment transporté 30000 clients jusqu’aux Jeux de Londres et a déjà enregistré 10000 commandes pour la prochaine Coupe du Monde de rugby en Angleterre, l’assure : « Que l’on fasse partie d’un club entreprises à l’année ou que l’on souhaite seulement acheter une prestation sur un événement, cette démarche demeure un excellent outil de relations publiques. Autour du foot et du rugby bien sûr, mais aussi du tennis avec Roland Garros, où il existe des offres pour les PME. Lors des premiers jours, il est possible d’y offrir une excellente prestation pour 450 à 500€ par personne. On y invite ses collaborateurs, ses clients voire ses prospects pour y faire du business. À nous, en parallèle de la logistique, d’être des facilitateurs des mises en relation. L’offre d’hospitalité a connu un vrai renouvellement depuis la Coupe du Monde 1998 en France. Aujourd’hui, on y crée du réseau, lui-même accélérateur de contacts, même si, pour beaucoup, c’est d’abord un support de fidélisation. D’ailleurs, il y a deux types de stratégies en cette période de contexte économique difficile : ceux qui réduisent la voilure et ceux qui, au contraire, en font davantage. Dans tous les cas, je conseille aux entreprises qui se posent la question d’investir dans le sport, de bien identifier leurs besoins et de mesurer l’activation que l’entrepreneur souhaite mettre place. » Avec, en amont des contacts potentiels, des invariants qu’il ne faut pas négliger : de bonnes places, l’opportunité de côtoyer champions et consultants, le sentiment d’être dans les coulisses de l’événement et, Français ne se reniant pas, une qualité obligatoire des prestations à table.

 

Empreinte régionale et com’ interne

Partenaire de la Section Paloise qui monte en Top14 – l’élite du rugby français –, TIGF, poids lourds régional du transport et du stockage de gaz naturel, y trouve aussi son compte. « Avec cette montée, nous allons structurer notre relation et la stratégie de l’entreprise qui va autour, en passant d’un soutien – qui prenait la forme d’une quarantaine de places à chaque matches dont la moitié dans la tribune officielle – à un véritable partenariat. D’autant qu’en face, le club s’organise de manière de plus en plus professionnelle. 12000 spectateurs dans le stade, passages TV et dans les journaux, partage des valeurs connues de solidarité, d’ambition, de cohésion, d’esprit d’équipe et de combat que l’on peut mettre en avant et surtout partage dans une région de toute façon acquise à l’ovalie : c’est franchement difficile de ne pas y être », explique Bernard Le Page, directeur de la communication d’une des dix plus grosses entreprises du Sud Ouest, déjà au soutien du handball à Billère et des basketteurs de l’Élan Béarnais. On est loin des salons du Stade Français, détenteur du Bouclier de Brennus et tout autant champion de France de la com’, qui propose des loges à l’année à partir de 76800 euros, mais aussi des packs quatre matches à partir de 1800 euros. Mais faire partie du gotha régional réuni autour des couleurs locales est forcément un atout dans les affaires. Le rugby à Pau, le football à Châteauroux, la basket à Strasbourg, le handball à Chambéry… « Entrer dans l’aventure, c’est forcément faire partie d’un cercle. En faire quelque chose, c’est aussi ne pas oublier que, si cela doit servir à l’entreprise pour se faire connaître, se faire apprécier, voire vendre quelque chose, il est indispensable que le personnel se reconnaisse lui-même dans les valeurs de la discipline ou du club que l’entreprise soutient. »

 

Olivier Remy

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