Liens et réseaux se tissent aussi en parlant de voitures. Mais le mélange des genres est encore très mesuré…

Mieux vaut ne pas accrocher une voiture d'un des membres en se garant sur le parking...
Mieux vaut ne pas accrocher une voiture d’un des membres en se garant sur le parking…

Plus d’un siècle après sa création, l’Automobile Club de France conserve une part de mystère, savamment entretenue par ses membres et par son mode de recrutement. A l’origine véritable outil au service du développement de l’automobile, ce club privé est aujourd’hui devenu un lieu où les échanges peuvent tourner autour d’autres sujets. Toujours aussi sélect, ce cercle nourrit les fantasmes de certains. Géré par la société de gestion de l’Automobile Club de France, il est tout simplement le plus ancien club automobile au monde. Certes, on est bien loin des loges maçonniques et de leurs rites d’intronisation, mais intégrer ce club privé relève du défi. Fondé le 12 novembre 1895 et installé derrière les murs de l’hôtel de Plessis-Bellière, sur la luxueuse place de la Concorde, dans le VIIIe arrondissement à Paris, il est encore aujourd’hui réservé exclusivement aux hommes, et la liste de ses membres suffit à résumer le niveau des échanges qui s’y déroulent. Présidé depuis 2012 par Robert Panhard, descendant d’une illustre famille automobile, on peut ainsi y croiser les membres de la famille Peugeot, puisque Thierry, Roland et Robert y ont leurs entrées.

Grands dirigeants de tous horizons

Mais il y a bien longtemps que les acteurs majeurs du monde de l’automobile partagent les lieux avec d’autres chefs d’entreprise, dont les activités n’ont aucun rapport avec cette industrie. De Nicolas Seydoux à Bertrand Bélinguier (ex-PDG du PMU, aujourd’hui à la tête de France Galop) en passant par François Nusse (Clairefontaine), Christophe Blanchard-Dignac (La Française des Jeux) et Patrick Lucas (Gras Savoye), les univers économiques se croisent et s’entrecroisent. D’anciens patrons du CAC 40, comme Guillaume Poitrinal (ex-président du directoire d’Unibail Rodamco et aujourd’hui à la tête de Woodeum & Compagnie), y côtoient les plus grandes fortunes de France, à l’instar de Bertrand Puech (Hermès) et Patrick Sayer (Eurazeo). Et les plumes les mieux informées de l’Hexagone, à l’instar de Claude Imbert, vont y chercher les confidences « off » qu’elles se garderont bien de divulguer.

Une forme de secret entretenu par un mode de « recrutement » parfaitement encadré. Pour intégrer l’Automobile Club de France, le parrainage est obligatoire. Chaque candidat doit pouvoir compter sur deux parrains et sept sous-parrains. Une commission des candidatures réunissant 21 membres, dont les noms ne sont pas connus, examine alors le dossier et désigne un rapporteur qui rencontre le candidat à son domicile. Ensuite, celui-ci, assisté de ses deux parrains, est présenté à cette commission pour un entretien, à l’issue duquel le conseil consultatif procède à un vote à bulletin secret. Un vote défavorable annule trois votes favorables et l’admission n’est définitive qu’après approbation par le Président.

Relations d’affaires ?

Patrick de Dumast, associé de PGD Finances et Développement, résume ainsi les choses : « L’Automobile Club de France n’est pas à proprement parler un club automobile. C’est un cercle, aux conditions d’admission rigoureuses, mais la passion automobile n’est pas nécessaire pour en faire partie ». Une sélection rigoureuse qui garantit surtout le maintien d’un certain niveau d’échanges. « Nous sommes là effectivement pour faire entendre notre voix sur des questions relatives à l’automobile, notamment au travers d’une Commission dédiée qui réunit régulièrement membres et non membres pour étudier les principaux sujets d’actualité, mais cela ne constitue pas la vocation fondamentale de l’ACF aujourd’hui. » En effet, si les statuts et les « us et coutumes » en vigueur ne permettent pas, en principe, de se servir du Club pour développer des relations d’affaires, il est évident que rien n’empêche les adhérents d’échanger sur des questions d’ordre professionnel. « Les relations d’amitié peuvent déboucher sur des opportunités d’affaires », reconnaît Patrick de Dumast. Une méthode pour développer et enrichir son réseau que l’on retrouve d’ailleurs dans d’autres clubs privés dédiés à l’automobile, au sein desquels les adhérents sont passionnés de belles mécaniques, mais n’en oublient pas pour autant le domaine professionnel. Ainsi Georges Betton, patron d’Acore Industries, une petite PME du Nord Isère, à Saint-Quentin Fallavier, reconnaît avoir rejoint le Club Aston Martin pour plusieurs raisons : « J’aime la voiture et particulièrement les belles anglaises, mais ce n’est pas ce qui a motivé mon adhésion. Je participe à quelques sorties dans l’année, parfois assez loin de chez moi, pour rencontrer d’autres dirigeants d’entreprise avec lesquels je peux éventuellement développer une relation professionnelle. Cela fait maintenant trois ans que j’ai adhéré au Club et j’ai déjà signé trois affaires, directement ou indirectement, grâce à cela. Pour moi, c’est une façon de conjugueur loisir et business. »

Article réalisé par Jacques Donnay

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