Au même titre que le complexe de golf, la piscine est un lieu favorable à l’échange et à la prise de contact, si bien que plusieurs cercles de nageurs sont prisés par des notables et dirigeants d’entreprise. Zoom sur une tendance qui gagne du terrain.

"De mon côté ça va. Pas besoin d'aller à la piscine..."
“De mon côté ça va. Pas besoin d’aller à la piscine…”

 

Côtoyer du beau monde dans un contexte non professionnel plus propice à la convivialité… Une bonne idée pour nouer des contacts qui serviront ultérieurement tout en se divertissant. A condition d’aimer nager. A l’instar de divers clubs sportifs haut de gamme qui ont la réputation d’attirer des businessmen désireux d’étendre leurs relations professionnelles (golfs, centres équestres, clubs de voile, etc.), certains cercles de nageurs voient également le microcosme des affaires graviter autour du bassin. « Sans avoir les détails, je sais qu’il arrive que certaines collaborations se mettent en place entre membres du club et que des connexions se fassent naturellement. Mais cela reste informel, un cercle de nageurs reste une association sportive, ce n’est pas une loge maçonnique », précise Olivier Leroy, président du Cercle des Nageurs de l’Ouest, basé à Saint-Germain-en-Laye, qui accueille notamment plusieurs dirigeants de sociétés cotées en Bourse et cadres de haut niveau. Les raisons de cette tendance ? Elles sont à mettre au crédit de l’essence même de ce sport. « Les nageurs ont une image de personnes abordables, bien dans leurs baskets. La natation est un sport relaxant, qui permet notamment à des cadres qui ont de hautes responsabilités de se détendre rapidement. Lorsque tout le monde est en maillot, sans Rolex ni costume, la prise de contact est plus facile. Et quand vous montrez que vous êtes debout à huit heures du matin pour venir faire des longueurs avant d’aller au travail, vous passez pour quelqu’un qui a le goût de l’effort, donc potentiellement crédible sur le plan professionnel », poursuit Olivier Leroy.

 

Des jeunes, des femmes et du prestige

En première ligne lorsqu’il s’agit d’énumérer les exemples, on trouve bien évidemment le Cercle des Nageurs de Marseille (CNM), réputé pour être LE repère des notables de la cité phocéenne et un lieu de rencontre privilégié pour conclure une affaire. Une image qui colle au club mais qui n’est pas sans agacer sa direction. Paul Leccia, son président, a répété à maintes reprises que le CNM était un club sportif avant tout. Ce dernier préfèrerait que l’on évoque les performances de ses licenciés plutôt que l’on s’attarde sur les contrats ou partenariats nés de longueurs de brasse en commun. Reste que le prestigieux cercle est souvent dépeint comme un endroit favorable aux opportunités de business. Un sentiment renforcé par son côté élitiste : au-delà d’une cotisation avoisinant les 1500 euros, accéder au club requiert en effet l’aval de deux parrains, l’un d’entre eux devant même rédiger une lettre de moralité. « Ce constat tient plus de la situation géographique du club que de sa vocation. Le CNM est situé en bord de mer, et son restaurant bénéficie d’un point de vue fabuleux. En outre, il se trouve que les membres sont des acteurs majeurs de l’économie locale. Automatiquement, il est plus facile de parler affaires avec un client ou un prospect dans un tel établissement que dans un boui-boui », note Patrick Fancello, auteur du livre Il était une fois le Cercle des Nageurs de Marseille. A la différence de lieux liés à l’événementiel (l’Open 13 de tennis et le Stade Vélodrome sont connus pour être propices aux affaires), le CNM est ouvert toute l’année. Pas besoin de prétexter un rendez-vous sportif particulier pour se rencontrer et échanger. « Comparés aux clubs Rotary ou Lions, les cercles de nageurs regroupent également une clientèle plus jeune, encore en activité, et plus de femmes. Quel est l’intérêt professionnel de rencontrer un ancien grand patron du CAC 40 s’il a 70 ans ? », ajoute Alain Marty, auteur de plusieurs éditions du Guide du networking, clubs et réseaux d’influence.

 

Habitudes et règles naissantes

Toutefois, le phénomène est encore trop rare pour parler de vraie tendance. En vérité, il ne concerne que des clubs privés ou quelques complexes luxueux avec piscine en bord de mer, et encore faut-il que le tissu économique local soit favorable. « Chez nous par exemple, ce côté business au club n’est pas palpable. Sûrement parce qu’il y a trop peu d’entreprises dans la région », estime Henri Novak, qui préside le Cercle des Nageurs de Cannes. La piscine de la Société des Régates du Havre, quant à elle, est un haut lieu des déjeuners d’affaires de la région normande. « Le Havre est une petite ville, tout le monde se connaît, et le cadre et l’ambiance du cercle en font un lieu de vie qui incite à la discussion », avance Sylvain Dupray, son président. S’il est gêné par le fait que de nouveaux arrivants s’y rendent dans une optique de relationnel ? Non, bien au contraire. « J’aimerais cultiver cet aspect. Il faudrait que des entreprises viennent s’y rencontrer pour parler business. Car le réseau attire du monde et cela se traduit en source de revenus pour le club au final », avoue-t-il. Mais attention. Que ceux qui cherchent à nouer des contacts dans une optique de carrière ne se méprennent pas. La passion doit primer. « On intègre un réseau en premier lieu pour l’objet du réseau. Si on n’aime pas nager, il ne faut pas y aller », prévient Alain Marty. Et pour cause, se rendre dans un club simplement dans une optique de « réseautage », sans l’envie de se mettre en maillot de bain et de se jeter à l’eau, équivaut à passer pour un opportuniste. Et la stratégie est mauvaise : un entrepreneur est plus à même de partager plus qu’une discussion avec quelqu’un qui partage déjà sa passion. « Il y a quelques règles de bienséance à respecter, notamment dans la manière d’aborder les autres membres, qui viennent avant tout se détendre et passer un bon moment. Il ne faut pas oublier que l’on est hors du cadre de travail et que les hommes d’affaires, via leur cotisation, payent aussi le droit au calme et à la sérénité. Il ne faut donc pas être trop direct », poursuit Alain Marty. Il est donc préférable d’attendre plusieurs échanges avant d’introniser le fameux « vous faites quoi dans la vie ? »..

 

Article réalisé par Marc Hervez

Répondre

Saisissez votre commentaire
Saisissez votre nom ici