Lourds, épais, agréables à l’œil, les annuaires mondains trouvent facilement leur place dans une bibliothèque. Mais sont-ils réellement utilisables dans un objectif de networking ?

"Si je ne suis pas dans l'édition 2014, je saute. Il n'y a que le bottin qui m'aaaaille..."
“Si je ne suis pas dans l’édition 2014, je saute. Il n’y a que le bottin qui m’aaaaille…”

On y est ou on n’y est pas, et c’est ce qui fait tout le sel des annuaires mondains. Et si ces volumes richement décorés étaient la solution pour trouver l’adresse mail du président du directoire avec lequel vous cherchez désespérément à entrer en contact depuis des mois, ou celle de ce directeur marketing impossible à joindre ? Attention, il ne s’agit pas d’annuaires comme les autres : nous sommes à des années-lumière des Pages Blanches. Ces épais volumes renferment une mine d’informations sur l’élite française. La référence en la matière reste incontes-tablement le Who’s Who. L’édition française, qui souffle sa soixantième bougie cette année, est une véritable institution. Pour Antoine Hébrard, qui le dirige depuis le milieu des années 80, cet ouvrage de 2400 pages pour 4,2 kilos est ni plus ni moins que « le symbole de l’excellence professionnelle et un outil de travail sans équivalent ». La promesse : accéder à la biographie – et surtout aux coordonnées – de ceux qui comptent. Le Who’s Who regroupe 22000 femmes et hommes reconnus pour leurs talents et leurs réalisations dans tous les secteurs d’activité. Outre les cadres dirigeants, les hommes politiques et les gérants de société, le Who’s Who s’immisce dans tous les domaines : juristes, militaires, sportifs, diplomates… Un sésame qui a un coût : 650 euros pour la version papier et un an d’abonnement au site web. A noter que le prix tombe à 480 euros pour les souscriptions avant parution.

 

Le Who’s Who, un business model à toute épreuve

Un prix qui se justifie par la fiabilité de l’ouvrage, et la certitude d’y trouver l’élite dans chaque secteur d’activité. D’ailleurs, le modèle économique tient bon face à l’explosion des réseaux sociaux professionnels. Malgré la concurrence de Viadeo et LinkedIn, les ventes affichent une résistance qui force le respect : après avoir légèrement reculé il y a une demi-douzaine d’années, elles tournent depuis autour de 10000 exemplaires par édition. Le Who’s Who propose par ailleurs la vente sur Internet de fiches à l’unité, au prix de six euros. Une offre autour de laquelle la rédaction communique peu, de peur de cannibaliser l’ouvrage. Le fait de figurer dans cet annuaire, en revanche, est gratuit… mais demande de répondre à certains critères alliant notoriété, talent, compétences, mérite. Un comité de sélection, anonyme et bénévole, étudie les dossiers biographiques des candidats et vérifie scrupuleusement les informations transmises en faisant la chasse aux CV « gonflés ». Ce jury très pointilleux n’hésite pas à entrer en contact avec les anciens camarades de promotion pour vérifier l’existence de tel diplôme ou telle décoration. Mais le Who’s Who n’est pas le seul volume à lister les coordonnées de l’élite. Plus ancien, le Bottin Mondain existe depuis le début du XXe siècle, et recense aujourd’hui 44000 familles. Clairement moins orienté business que son petit frère – les deux publications appartiennent au même groupe, HM Editions – le Bottin est avant tout un annuaire familial. Une nuance qui saute aux yeux dès l’ouverture du livre : les entrées ne sont pas classées par ordre alphabétique des personnalités, mais par ordre généalogique. Le chef de famille est présenté avec ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. « Le but premier du Bottin n’est pas de faciliter les relations professionnelles, mais il est tout à fait possible de s’en servir pour toucher directement le patron d’une entreprise, par exemple, en évitant les strates administratives et pour obtenir un rendez-vous, explique Blanche de Kersaint, directrice du Bottin Mondain. Un dirigeant peut être plus réceptif si vous le contactez en direct plutôt qu’en passant par un service de ressources humaines, surtout si vous lui précisez que vous avez un cousin en commun. »

 

Le Bottin : les roturiers exclus d’office

Dans cet objectif, il est toutefois nécessaire de connaître le nom de la personne que vous cherchez à contacter : impossible de trouver le directeur de BNP Paribas ou de L’Oréal sans connaître son patronyme. Le Bottin ne comporte ni CV, ni aucune sorte de renseignement professionnel. Tout au plus certains mandats d’élus y sont indiqués. Le livre, en vente libre, coûte 230 euros. Pas question en revanche d’accéder au site web si votre nom ne figure pas dans l’ouvrage. « Il nous est impossible de limiter la vente du livre aux membres, ce qui s’assimilerait à un refus de vente. En revanche, notre base de données sur le Web est verrouillée et protégée par la CNIL », explique Blanche de Kersaint. Mais comment apparaître dans le livre ? Là où les portes du Who’s Who peuvent s’ouvrir aux parcours brillants, il est beaucoup plus difficile d’accéder au Bottin… à moins d’être un « fils de ». « Pour être très honnête, 98% des membres du Bottin sont des enfants d’anciens membres. Avec une population qui a quatre enfants en moyenne, le renouvellement se fait relativement facilement », souligne Blanche de Kersaint. Les quelques dizaines d’ajouts annuels se font par parrainage, et selon certains critères, dont l’appartenance à la noblesse, ou au moins à la bourgeoisie. Il existe également des versions régionales déclinées sur le même schéma. Le Livre des Familles recense 700 grandes familles de la région Nord-Pas-de-Calais. En Rhône-Alpes, c’est dans les pages du Tout Lyon Annuaire qu’on pourra trouver le nom des notables. « Du point de vue professionnel, l’annuaire de Lyon est sans doute le plus intéressant, bien qu’il soit le plus petit », remarque Blanche de Kersaint. En effet, si l’ouvrage compte à peine 500 pages, il comporte, à la différence du Bottin Mondain, les responsabilités profession-nelles ou administratives des personnalités qui y figurent. On peut ainsi y trouver les coordonnées d’un patron d’entreprise, mais aussi d’un commissaire priseur renommé, d’un élu, ou encore d’un notaire….

 

Article réalisé par Ronan Penetti

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