Surdouée, vraiment ?

« Montpellier, la surdouée »(1)… La capitale du Languedoc-Roussillon – longtemps le fief du PS Georges Frêche – figure dans le peloton de tête des agglomérations françaises les plus attractives. Même si le mur du chômage plombe le décor.

2012 ou l’année de la consécration pour Montpellier. Alors que le Montpellier Hérault Sport Club est sacré champion de France (une première pour ce club de Ligue 1), le New-York Times retient la capitale du Languedoc-Roussillon comme l’une des 45 villes à visiter dans le monde… La même année, l’hebdomadaire Challenges plaçait la ville au deuxième rang des territoires les plus dynamiques de l’Hexagone. « Ses atouts sont indéniables et les signaux sont positifs », reconnaît aisément Chantal Marion, vice-présidente déléguée au développement économique de la nouvelle métropole montpelliéraine. Les premiers de ses atouts ? « Son attractivité et sa jeunesse ». Montpellier, classée huitième de France par la population, « est en effet poussée par sa croissance démographique, l’une des plus fortes du pays ». Son agglomération comptait fin 2014 quelque 470 000 habitants, contre 300 000, 25 ans plus tôt. Selon un scénario de l’Insee de 2012, l’agglomération montpelliéraine devrait accueillir 100 000 habitants de plus d’ici à 15 ans.

Revers de cette médaille : un taux de chômage vertigineux, à plus de 14%. « Dans le classement des métropoles, Montpellier est à la fois première et dernière… », relève Chantal Marion. La « surdouée » collectionne les palmarès : celui de la première ville de France, selon un classement de L’Express en 2010, pour l’offre de soins, deuxième pour son dynamisme économique, troisième pour son cadre de vie… mais aussi plus mauvaise élève pour l’emploi. Le rythme soutenu de création d’emplois ne suffit pas en effet à combler les besoins de la population montpelliéraine et ceux des nouveaux arrivants. C’est ainsi. Avec ses 300 jours d’ensoleillement par an, le tout à trois heures de Paris, « la surdouée » paie lourdement le tribut de son succès et souffre désormais – autre conséquence de son attractivité – d’un réseau de transports souvent inadapté à sa démographie.

Lacune que Montpellier entend « vite combler », assure le vice-président de la métropole. Avec la ligne TGV Montpellier-Perpignan (qui s’inscrira dans le projet de liaison rapide Paris-Madrid), mais aussi avec le dédoublement de l’autoroute A9 à la périphérie sud-est de la ville, qui devrait permettre à l’horizon 2017 de « désengorger l’immense trafic, en période estivale notamment ». Chaque jour, cette autoroute ne supporte pas moins de 100 000 véhicules….

Entreprises… Terre promise ?

Pour créer sa boîte, viser Montpellier… Une chose est sûre : le bassin local affiche l’un des taux de création d’entreprises (17%) les plus élevés du Sud-Est. La plupart des sociétés créées n’ont certes pas ou peu de salariés, restent fragiles et, pour celles qui survivent, « peinent à franchir le cap de la TPE », comme le relevait un récent article du quotidien Les Echos. Mais au moins sont-elles nombreuses (près de 2000 en 2013). « Une dynamique très forte malgré un cruel manque d’industries sur le territoire », relève Jean-Christophe Arguillère, président du conseil d’administration de Montpellier Business School (2883 étudiants). Un handicap, renforcé par un taux de chômage très élevé, que nous avons su en quelque sorte transformer en opportunité. » Car de plus en plus de jeunes en recherche d’emploi, décomplexés, « sautent le pas » et créent leur boite. « Dans le domaine des télécoms par exemple ou de l’informatique, cette tendance est très nette », complète Jean-Christophe Arguillère. Et avec le label French Tech que Montpellier a arraché fin 2014, « cette dynamique locale ne peut qu’être renforcée, affirme-t-il. Ce label donne une visibilité naturelle au territoire, de même que le passage au statut de métropole et la validation du LabEx « Entreprendre », mené par l’Université de Montpellier ».

BIC, incubateur haut de gamme

Nom de code BIC, pour Business Innovation Center. Le porte-drapeau régional en matière d’accompagnement de start-up (plus de 500 accompagnées en 25 ans d’existence)… Cet incubateur, qui affiche un taux de pérennité des structures accompagnées de près de 90% à trois ans, vient d’être classé par UBI Index, dans le Top 10 des meilleurs incubateurs au monde (et le seul Français !). Pour établir ce classement, l’UBI Index a comparé plus de 300 incubateurs émanant de 67 pays de tous les continents. Techsia, AwoX (cf. EcoRéseau 16), MedTech (cf. EcoRéseau 18), Intrasense, Aquafadas et Teads… Autant de structures qui ont eu recours au BIC, dirigé par Catherine Pommier. Les sociétés accompagnées toujours en activité totalisent plus de 4500 emplois et affichent un chiffre d’affaires de près de 600 millions d’euros.

Coûteuse Métropole « 3M »

Montpellier, version 2015… C’est avant tout une nouvelle métropole, baptisée « 3M » pour Montpellier Méditerranée Métropole… « Un formidable projet au service de l’attractivité du territoire », veut croire Chantal Marion, vice-présidente déléguée au développement économique de cette méga structure qui regroupe 31 communes. Mais aussi « un sujet sensible » comme l’évoquait en début d’année le Midi Libre. Avec le transfert de nouvelles compétences des communes vers la Métropole, les premières conséquences se font en effet déjà sentir. Et le quotidien local d’évoquer pour lesdites communes l’inévitable perte de recettes de fonctionnement. Dans les faits, alors que la plupart des communes percevaient ces attributions de compensation jusqu’en 2014, « il faut désormais qu’elles s’habituent, par le truchement de la perte de nombreuses compétences, à verser des sommes à la Métropole. Au global, pour les 31 communes du périmètre, quand elles ont perçu presque 7M€ en 2014, elles vont devoir reverser près de 55M€ en 2015 ! ».

Les cépages (bio) de la fortune

L’agronomie, en premier lieu la viticulture… L’un des trois piliers de développement qui figurent sur la feuille de route de la métropole, avec celui de la santé et de la cité intelligente. « Nous sommes le premier vignoble au monde en surface d’exploitation et volume de production, nous devons capitaliser sur l’œnotourisme. » André Deljarry, président la CCI de Montpellier, plaide pour la mise en place d’une « vraie route des vins, mettant en valeur le patrimoine et l’artisanat régional ». Pour aider, le Languedoc-Roussillon joue à fond la carte « bio ». Avec près de 10% de la surface viticole convertie en culture biologique, la région est le leader français de la filière organique. Quelque 1234 exploitations viticoles de la région travaillent ainsi bio sur plus de 20000 hectares (plus de 30% du vignoble bio français est en Languedoc-Roussillon).

Montpellier/Toulouse

Complémentarité ou rivalité ?

Alors que se dessinent (sur le papier encore) les contours de la future super région – regroupant Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées – les deux métropoles de ce vaste territoire de plus de 70 000 kilomètres carrés défendent leurs positions.

Duel serré… à fleurets mouchetés (pour le moment). « Il n’y a aucune ambiguïté ni combat caché sur ce dossier, balaie André Deljarry, président la CCI de Montpellier. Nous sommes, avec Toulouse, sur un travail d’union des forces ; il n’est pas question d’une guerre des métropoles. » Néanmoins, au pays d’Oc et alentours, la question taraude plus d’un édile : qui de Toulouse ou de Montpellier sera désignée capitale du grand Sud-Est, future région qu’André Deljarry propose de baptiser « Pyrénées-Méditerranée » ? Et même si l’on évoque de part et d’autre des synergies en cours et « des collaborations fructueuses » pour la naissance de la nouvelle collectivité régionale en janvier 2016, la question n’est pas anodine. Il y a en effet localement gros à jouer. Car naturellement, Toulouse – terre d’Airbus abritant près de 450 000 habitants, dont 70 000 travaillent dans l’aéronautique – fait figure de locomotive régionale quand Montpellier – 260 000 habitants – tire son dynamisme des secteurs pharmaceutique et informatique. A Montpellier, beaucoup espèrent un match ex-aequo. Comment ? « En répartissant équitablement les futures compétences régionales entre ces villes placées aux extrémités est/ouest du territoire », espère le président de la CCI. Même refrain pour Philippe Saurel, le maire de Montpellier, qui plaide pour une région à deux métropoles fortes.

(1) Surnom donné à sa ville par Georges Frêche

Pierre Tiessen

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