2014 ou la fin des années sombres en PACA… et particulièrement dans les Alpes Maritimes. Des hausses d’activité dans l’industrie sont (enfin) attendues sur ce territoire certes béni des dieux mais régulièrement fouetté par le mistral et les coups de froid de la crise.

Il ne s’agit encore que d’estimations et de tendances, pourtant « le meilleur est à venir » si l’on en croit Jean-Jacques Cambounet, patron en PACA de la Banque de France, récemment cité par le journal Nice Matin. Une prédiction qui s’appuie sur les résultats d’une enquête effectuée auprès d’un millier d’entrepreneurs de la région. Et un chiffre à retenir : celui de l’activité industrielle qui devrait s’y renforcer de près de 3% en 2014 (du jamais vu depuis cinq ans). « La construction d’hélicoptères à Marignane ou de satellites à Cannes devrait carburer aussi bien qu’en 2013 (autour de +4,5 %) », commente le quotidien local. Ces poids lourds de la région « seront épaulés par les entreprises spécialisées dans l’alimentaire, la métallurgie ou la pharmaceutique qui ont, elles, beaucoup souffert en 2013 ». Et même si l’année a mal commencé – les Alpes Maritimes ont enregistré en janvier une augmentation en glissement annuel de 5,7% du nombre de chômeurs de catégorie A –, l’optimisme est de retour, après les bourrasques de la crise.

Une « poussée » attendue, portée en partie par les entreprises à capitaux étrangers (ECE). Déjà, sur le bassin niçois, plus de 600 de ces implantations – dont le Finlandais Kone ou des équipes du site booking.com –, générant 8000 emplois directs (17000 en tout si l’on compte les ECE de Sophia Antipolis), tournent à plein régime. « Ce tissu d’entreprises participe au renforcement de nos pôles d’excellence, contribue activement aux échanges internationaux, attire des talents et stimule l’innovation », fait-on savoir à la CCI de Nice-Côte d’Azur. Restent des failles naturelles à cet écosystème local qu’il faut « colmater rapidement », selon Georges Falessi, directeur général du pôle de compétitivité SCS (pour Solutions Communicantes Sécurisées) qui couvre l’ensemble de la chaîne de valeur des métiers des TIC¹, installé à Sophia Antipolis. Les bassins d’emplois du territoire – auxquels est rattachée cette technopole, la plus importante de France – manquent cruellement de « capitaux risqueurs de dimension internationale, relève cet ancien de Texas Instruments. C’est une grave faiblesse ». Et même si la région – via notamment son fonds PACA Investissement – « s’est réveillée depuis quelques années, on a trop ciblé les investisseurs nationaux ».

Autre lacune, malgré une forte présence de centres applicatifs de grands groupes (Intel, Samsung, HP, Invidia, etc.) et un haut niveau local de compétences : le peu de start-up connectées. « La plupart de celles qui se créent ici viennent du monde universitaire, analyse-t-il. Quand on compare avec l’écosystème parisien, on s’aperçoit que de nombreux diplômés de HEC et autres grandes écoles créent leurs structures, ce qui alimente une dynamique et un réseau solide… C’est ce qui manque ici. » Mais Nice peut compter sur une dynamique d’investissements privés à la hausse, anticipée par l’étude de la Banque de France. Une augmentation de 8% est ainsi prévue cette année après un recul de 30% en seulement deux ans. Pour 2014, les industriels pensent par ailleurs « embaucher (+0,2%) alors qu’ils avaient l’an dernier la tête aux licenciements (-0,4%) », précise Nice Matin. Nice, locomotive de la croissance régionale ?.

Attractivité

Investir dans la pierre niçoise est assurément un excellent placement. La préfecture des Alpes Maritime (350000 habitants) est de fait l’une des rares agglomérations en France où la demande locative est supérieure à l’offre. Elle est appréciée notamment des cols blancs formés à Paris qui y trouvent un environnement sans égal, en plus d’une proximité immédiate avec Sophia Antipolis. Nice était en 2010, avec Perpignan et Ajaccio, la ville la plus appréciée du pays. Seulement sur place, Paris manque à certains. « Les acteurs de référence ne sont pas ici, reconnaît ainsi Georges Falessi, du pôle de compétitivité SCS. Nous avons voulu travailler sur les transports multimodaux par exemple mais les personnes clé – qui peuvent décider d’une application sur le marché – ne sont pas sur notre territoire. » Il faut alors « monter » à Paris pour vendre en direct. Pas simple. Et surtout chronophage. « Nous avons mis neuf mois pour trouver le bon interlocuteur chez Renault à Paris et ensuite, quelques jours seulement pour mettre en place un calendrier d’actions commun. » Loin de Paris, le paradis ? Par sûr. Car ce Sud, si prisé… est aussi isolé.

Vent convoité

Le mistral – qui balaie la région une partie de l’année – devrait aider en 2016 à faire tourner les pâles d’un démonstrateur d’éoliennes off shore, au large de Fos-sur-Mer. « Un vrai défi technologique », soutient Bernard Mahiou, directeur du pôle de compétitivité Capenergies, basé à Aix-en-Provence. « Compte tenu des spécificités de notre territoire régional, pour partie isolé, nous avons intérêt à développer des solutions d’efficacité énergétique », précise-t-il, dans l’éolien notamment. Et même si EDF a renoncé l’année dernière à implanter un champ d’éoliennes dans l’arrière-pays niçois, le schéma régional éolien prévoit sur les Préalpes du Sud des objectifs ambitieux : la production de 75 MW en 2020 et plus du double dix ans plus tard. Reste que le développement de l’éolien en PACA – et dans les Alpes Maritimes en particulier –, se heurte, dixit une étude, « à de nombreuses difficultés, liées à des contraintes techniques ou à des enjeux environnementaux et paysagers, ainsi que d’acceptabilité de la part des associations de protection de l’environnement et des riverains, notamment au regard de son impact sur le paysage ».

Macao français et… première métropole du pays

Quand le territoire niçois donne le « la »… La préfecture des Alpes Maritimes et 45 communes environnantes ont en effet été les premières en France à se regrouper pour créer une métropole (Nice-Côte d’Azur). C’était le 1er janvier 2012, « date historique » pour le territoire, commente-t-on à la mairie. La nouvelle entité, qui couvre un espace regroupant plus de 550000 habitants, entend dynamiser un territoire aux atouts exceptionnels, classé deuxième destination touristique de France. Nice est aussi le Macao français, première destination « roulettes et bandits manchots » nationale avec quelque 12 casinos réunis sur sa côte. Et même si cette industrie subit de plein fouet l’avènement des jeux en ligne, les établissements azuréens engrangent encore près de 80 millions d’euros de chiffres d’affaires chaque année. Une jolie manne alors qu’actuellement 56% du produit brut des jeux sont reversés par les casinos sous forme de prélèvements fiscaux.

Cheveux blancs

Nice, la « ville des seniors ». Les plus de 60 ans représentent près de 30% de la population locale, soit près de 100000 personnes. Une situation voulue, voire revendiquée. La ville se veut en effet un paradis pour retraités qui disposent d’importantes ressources. Actions de prévention, animations, tarifs préférentiels… Tout est fait localement, sur les bords de la célèbre baie des Anges, pour leur rendre la vie douce. La ville abrite par ailleurs un nombre record d’associations et entreprises d’aide aux personnes dépendantes et de service à domicile. Nice, berceau français de la Silver Economie !

Or bleu…

Marseille-Menton via Nice par la côte : « un littoral qui vaut de l’or », affirme Patrick Baraona, directeur de pôle Mer Méditerranée, basé à la Seyne-sur-mer. Avec la présence de la Marine nationale à Toulon et les recherches sur les activités navales et environnementales du milieu aquatique à Sophia Antipolis et à Nice, PACA concentre parmi les meilleurs spécialistes français de l’étude du monde marin. « Il y a une très forte volonté du territoire de se préoccuper des aménagements de la côte et du littoral », confirme Patrick Baraona. Le pôle qu’il dirige planche également sur les navires du futur, les ressources énergétiques et minières maritimes ou encore les ressources biologiques marines. Autant de domaines d’études qui peuvent impacter l’ensemble de l’économie locale.

Circulation : Un débat cul-de-sac ?

L’axe qui relie Nice à Sophia Antipolis et Antibes – fréquemment saturé – est un enfer pour les automobilistes. Et cette situation, qui pollue la vie des habitants de la région, reste au point mort.

« Une catastrophe », « une calamité »… Il suffit de sonder les habitués de Sophia Antipolis pour mesurer l’ampleur du désastre en termes de circulation et de fluidité sur la zone. Car même si blottie au bord de la Grande Bleue, cette « Florence du XXIe siècle » (ainsi surnommée par son créateur Pierre Lafitte) est un véritable cul-de-sac. L’autoroute Nice-Antibes est engorgée et sur place, la circulation est compliquée par quantité de ronds-points et surtout pas ou peu d’alternatives à la voiture pour accéder aux zones des différents parcs technologiques qui accueillent chaque jour des dizaines de milliers de personnes. « C’est un des problèmes majeurs, qui fait partie des grands enjeux de la prochaine mandature », reconnaissait récemment Marc Daunis, le maire PS sortant de la commune de Valbonne-Sophia Antipolis. Et d’appeler en urgence à une véritable « révolution locale » du transport. L’élu, candidat à sa succession, a même proposé – espérant ainsi faire la différence sur ce sujet très discuté face à son challenger de l’UMP – la mise en place d’un moyen de locomotion par câble à l’instar de ceux proposés dans les stations de sport d’hiver afin de « s’affranchir des encombrements sur les voiries ». Chiche ?

¹SCS compte 300 membres, dont 75% de PME, 400 projets collaboratifs ont été montés depuis sa création en 2005.

Pierre Tiessen

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