Monaco

Un président normal. Un pape normal. Et maintenant, une Principauté normale ? A en croire les acteurs locaux, oui, l’organisation de l’économie monégasque serait très semblable à celle des autres pays développés européens. Les Maserati garées devant le Casino de Monte-Carlo, les yachts amarrés dans le port ? Une vitrine déformante qui laisse à croire que le Rocher ne vit que du luxe. « Jusque dans les années 1950, notre économie était très fortement centrée vers le tourisme et les activités du Casino, concède Elisabeth Ritter-Moati, Directeur général Investissement et promotion à la Chambre de développement économique (CDE). Mais depuis, et notamment grâce à l’extension de notre territoire sur la mer, les choses ont beaucoup changé. » Et aussi depuis que, dans les années 1950, le Prince Rainier a fait le choix de faire de sa principauté un territoire fiscalement attrayant pour les particuliers et les entreprises, si bien que 2000 sociétés s’y sont établies entre 1950 et 1962 selon Paul Keller, dans un article pour la Gazette de Lausanne en 1962.

Preuve de cette évolution, les redevances de la Société des Bains de Mer (SBM), exploitant le casino, ne représentent aujourd’hui que 3 à 4% du budget total de la Cité-Etat. Et la principale source de revenu de la Principauté (50%) tient en trois lettres : TVA. Le reste étant réparti majoritairement entre les transactions juridiques (13%) et les bénéfices commerciaux (12%).

Pour autant, Monaco possède des spécificités que l’on ne peut occulter. Une taille – deux kilomètres carrés – qui lui interdit les activités gourmandes en espace, au premier rang desquelles l’agriculture. Une population réduite – 36000 habitants – qui facilite la gouvernance. Et bien sûr, une fiscalité très avantageuse qui permet à la Principauté de partir avec de précieux mètres d’avance sur ses concurrents dans la course au développement.

Forte de ces particularités, la Cité-Etat a construit un modèle à sa mesure, reposant sur sept piliers.

Négoce – Une des activités phares de Monaco, qui représente un quart du PIB local. « On fait du négoce sur tout ici : les matières premières, l’acier, l’alimentaire », se réjouit Elisabeth Ritter-Moati. La société Frimo, par exemple, est spécialisée dans les produits de la pêche, quand le groupe Giraudi se positionne comme un des leaders européens d’importation de viande. Pourquoi le négoce ? En partie parce que l’activité nécessite très peu d’espace. Et aussi parce que le cadre de vie monégasque –  et sans aucun doute les avantages fiscaux – attirent les traders et professionnels du métier. Corollaire à cette activité, le développement du shipping, ou transport maritime. La Cité-Etat abrite d’important groupes de ce secteur florissant, au premier rang desquels V-Ships.

Services et finance – Sociétés de yachting (200 sur le Rocher !), cabinets de consultants, entreprises de services à la personne… Comme ailleurs, le secteur des services est très représenté à Monaco – mais son poids, de par sa diversité, n’a pas encore été quantifié par la CDE. Deux domaines s’en détachent. La santé, puisque la principauté possède un centre cardio-thoracique qui fait figure de leader mondial, et sa très réputée « clinique du sport » (IM2S) en plus de son hôpital public. Et la finance, qui, répartie entre banques et sociétés de gestion de patrimoine, pèse pour 16% du PIB local – la principauté n’est sortie de la liste grise de l’OCDE répertoriant les paradis fiscaux qu’en 2009, après avoir signé des accords de transparence fiscale avec 12 pays… dont Andorre, les Bahamas, Saint-Marin et Saint Kitts, des confettis peu réputés pour leur transparence.

Industrie – Surprenant, mais vrai. Si elle ne représente que 5% du PIB monégasque, l’industrie y est bien implantée et y fait même figure d’activité historique. Bien sûr, ici, point de métallurgie dévoreuse d’espace. Mais des secteurs à très forte valeur ajoutée. En premier lieu, la cosmétique, avec des sociétés comme Biotherm, Lancaster ou Akiléine, cette dernière regroupant dans un immeuble de six étages activités de recherche, fabrication de produits, vente et showroom. Ensuite, la pharmacologie, de plus en plus tournée vers la parapharmacie. Et enfin, la plasturgie, avec des fleurons comme Mecaplast et Silvatrim, qui fournissent des pièces pour la construction automobile.

Tourisme – Le secteur vitrine de Monaco, qui pèse pour 15% du PIB de la Principauté, et fait fonctionner non seulement les hôtels et restaurants – pleins à 80% tout au long de l’année – mais aussi le commerce de détail.

Commerce de détail – Contrairement à ce que véhicule le cliché, on ne trouve pas que du caviar et des foulards Hermès sur le Rocher. Marchés, commerces de bouche traditionnels ou boutiques de vêtements moyenne gamme traditionnelles sont légion. Si malgré tout, vous cherchez du caviar et un foulard Hermès, direction le quartier de Monte-Carlo, spécialisé dans le luxe. Dans son ensemble, le commerce de détail représente 8% du PIB local.

Immobilier – Un secteur important sur le Rocher, et particulièrement visible. « Ici, on construit, on détruit, on reconstruit, on restaure, on s’étend beaucoup », ironise Elisabeth Ritter-Moati. Résultat : la construction apporte 6% du PIB monégasque, et l’immobilier – tant privé que commercial ou de bureaux – y pèse pour 7%.

Travailleurs pendulaires – Sur 50000 salariés à Monaco, 80% viennent de l’extérieur, dont une majorité de France. « D’Antibes côté français à San Remo côté italien, nous représentons le premier bassin d’emploi de la région », s’enthousiasme Elisabeth Ritter-Moati. En contrepartie de leur force de travail, la principauté prend en charge la retraite et la sécurité sociale des pendulaires, voire, lorsqu’ils sont scolarisés à Monaco, l’éducation de leurs enfants.

Olivier Faure

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