Au jeu des interactions avec son arrière-pays, la cité des Canuts mène la danse vis-à-vis des autres métropoles régionales.

L’ex-capitale des Gaules a décidément de la chance. Son passé historique de carrefour commercial et économique l’a ouverte à sa périphérie, à la différence de Marseille par exemple, sa concurrente méridionale, coupée économiquement de l’arrière-pays provençal depuis le temps des colonies. A Lyon au contraire, au confluent du Rhône et de la Saône, la coopération entre la ville-centre et ses alentours apparaît comme une évidence. Raisonner à l’échelle d’un intra-muros d’une ville a-t-il encore du sens, alors que tout porte à croire en la réalité économique de la métropole, à commencer par les déplacements de travailleurs et les échanges entre communes ? L’aire urbaine lyonnaise, avec ses 2,2 millions d’habitants, est la deuxième de France derrière Paris et ses 12 millions. Cette coopération explique le dynamisme et la richesse de la Cité des Canuts : le revenu annuel par unité de consommation y avoisine les 19 800 euros, contre 19 300 en France métropolitaine et 17 400 à Marseille Provence Métropole.

Gouvernance : Future euro-métropole en « champions league »

«Notre challenge aujourd’hui, c’est de pouvoir nous comparer à de grandes villes comme Barcelone, Manchester ou Milan. Nous voulons jouer la Champions League ». Le sénateur-maire (PS) de Lyon Gérard Collomb a annoncé la couleur de ses ambitions. Plus grand Etablissement public de coopération intercommunale en France, le Grand Lyon regroupe 58 communes et 1,3 millions d’habitants, soit 80 % de la population du département du Rhône pour à peine 15 % du territoire. D’où la volonté de son président de voler de ses propres ailes en devenant la première « euro-métropole » de France, un statut réservé aux groupements intercommunaux dépassant le million d’habitants. Après avoir plaidé sa cause auprès du Président et du Premier ministre, le maire socialiste s’est dit optimiste : « Pour les grandes villes, Lyon, Lille, Marseille, où l’avenir du pays se joue, le gouvernement est prêt à faire évoluer les choses ». L’enjeu ? Récupérer pour le Grand Lyon les prérogatives dévolues aujourd’hui au département : collèges, routes départementales, RSA… Le mercato hivernal bat son plein.

Universités et pôles de compétitivités : l’union fait l’innovation

En ce début d’année 2013, le Collège des Hautes études de Lyon-Sciences est né, regroupant l’Ecole Centrale de Lyon, Sciences Po Lyon et VetAgro Sup… Un exemple de plus d’une sphère académique lyonnaise qui a oublié les querelles de chapelles pour la jouer collectif, comme en témoigne aussi le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur Lyon Saint-Etienne. En moins de 10 ans, l’agglomération lyonnaise s’est hissée au 8e rang du top 100 des villes mondiales de l’économie innovante, établi depuis 2005 aux Etats-Unis par l’agence spécialisée “2thinknow Innovation Cities”. La vingtaine d’établissements d’enseignement supérieur, les 5 Pôles de compétitivité dont 2 à vocation mondiale – Lyonbiopôle pour la santé, Axelera pour la chimie verte dans le couloir rhodanien – n’y sont pas étrangers. Mais ce sont surtout les relations tissées entre voisins qui font sa force. « La R&D collaborative entre centres de recherche et entreprises est une tradition en Rhône-Alpes. Et ce qui aide surtout la région, c’est qu’elle se structure de façon multipolaire, entre Grenoble, Lyon et Saint-Etienne et non dans le schéma capitale/arrière-pays », explique Olivier Exertier, manager innovation et compétitivité des territoires au sein du cabinet Algoé.

Infrastructures : Terre, air et…mer !

Mais pas de statut de centre névralgique sans l’élaboration d’un grand réseau. Lyon l’a bien compris : créé en janvier 2013, le syndicat métropolitain des transports s’y attelle, visant à rendre plus attractifs les déplacements intermodaux entre Lyon, Saint-Etienne, Bourgoin-Jallieu et Vienne. Mieux valait privilégier certains dispositifs malins – comme les services « smart city » fournis aux entreprises – pour créer un grand espace de mobilité, le nombre de déplacements quotidiens domicile-travail entre ces 4 agglomérations ayant atteint les 40 000 ! La métropole a aussi accentué ses efforts sur l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, troisième français pour le nombre de passagers après Paris et Nice, deuxième pour le fret. Situé au cœur du réseau autoroutier du Sud-Est de la France et disposant d’une gare TGV, il constitue aujourd’hui un pôle multimodal majeur, avec pour objectif de doubler sa capacité d’accueil d’ici à 2020. Rien que ça. C’est la même ambition qui prévaut à la création du port de Salaise-sur-Sanne, situé 50 kilomètres en aval de son aîné lyonnais, Edouard Herriot. Une enveloppe de 120 millions d’euros – un record dans le fluvial – a d’ores et déjà été dégagée. Too much pour une ville située au milieu des terres ? Pas pour le Grand Lyon, bien décidé à contourner Marseille-Fos, réduit au statut de porte d’entrée. La Catalogne s’intéresse au projet, souhaitant créer côté français des avant-ports secs, afin que le port de Barcelone participe au trafic de conteneurs transitant aujourd’hui uniquement par l’Europe du Nord. Ah, les joies de la Méditerranée !

Manifestations culturelles : Au-delà du périph’

En janvier 2012 ont eu lieu les premières assises nationales « Culture et Régions » organisées par l’Association des régions de France, afin de se concerter sur les développements artistiques et culturels que peuvent financer les régions. Où s’est-elle tenue ? Surprise : à Lyon. La métropole ne ménage pas ses efforts dans ce domaine, à tel point que Courrier International a regroupé les articles de la presse étrangère faisant l’apologie du « modèle lyonnais ». Helsinki et d’autres capitales européennes s’inspirent de la proximité créée avec la population. Ainsi, la Biennale de la danse met à l’honneur ballets aussi bien que breakdance, la fête des Lumières transforme la ville en tableau vivant, le festival des Nuits de Fourvière jongle entre danse, musique, théâtre et cinéma sur un site Gallo-romain, la gastronomie participe du rayonnement de la ville. C’est précisément sur ce dernier point qu’elle a d’ailleurs su s’appuyer sur son arrière pays pour construire sa renommée. Certes « bouchons », recettes jalousement gardées depuis 8 siècles et abondance de chefs étoilés plaident à eux seuls pour l’obtention du label de « cité de la gastronomie ». Mais la ville a aussi su leur associer l’Ecole du chocolat de Valence, l’institut Paul Bocuse d’Ecully et même la Cité du design de Saint-Etienne… Collectifs on vous dit.

Article réalisé par Matthieu Camozzi

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