De par son histoire et sa position géographique, la région a vocation à connecter les acteurs dans une myriade de domaines. Et ne s’en prive pas…

Région discrète, mais toujours plus brillante.
Région discrète, mais toujours plus brillante.

«Historiquement, nous avons longtemps été l’atelier de la région parisienne, l’outil de production de nombreuses entreprises qui gravitent autour de la capitale. D’où le profil multi-filières que nous présentons toujours aujourd’hui. » Alban Marché, directeur de l’industrie, des services et du développement international au sein de la région Centre, résume par ces mots le visage atypique de cette dernière. Bien sûr, le territoire se caractérise par des points forts, des domaines de prédilection. Mais il fait surtout figure de centre d’intérêt pour de multiples domaines d’activité.

L’industrie demeure un moteur essentiel de l’économie régionale. Le territoire est la 6ème région française en termes de valeur ajoutée et d’effectifs salariés. Un important tissu de sous-traitance caractérise l’espace. « Au classement des régions dans leur ancienne configuration, nous occupions le troisième rang sur 22 dans ce domaine, se targue Alban Marché. La mécanique, les activités relatives aux métaux, la plasturgie forment des disciplines d’avenir dans lesquelles nous jouons un rôle de plus en plus important. Le Cluster AéroCentre, créé en 2009 pour fédérer les dizaines de PME du domaine aéronautique, est un vrai succès. » Les ailes et cockpits qui sortent sans discontinuer de l’usine Mécachrome d’Amboise sont les preuves de la bonne santé du secteur. Idem pour les pièces de moteurs d’Indraero-Siren, sur le site industriel d’Argenton-sur-Creuse.

Toujours dans l’aérien, l’aéroport de Châteauroux a vocation à jouer un rôle toujours plus important en matière de fret aérien. Il se veut être une plateforme capable d’intéresser des entreprises aux profils variés. De nombreux hectares de terrain restent inoccupés et sont directement connectables au site aéroportuaire. Le réseau de sous-traitants à proximité en fait un site idéal pour les activités de maintenance aéronautique.

La filière agroalimentaire et agricole est un autre fer de lance local.

Ce n’est pas un hasard si en 2015 François Hollande, alors en visite dans la région, a fait halte dans l’Atelier Saint-Michel à Contres, dans le Loir-et-Cher, pour y déguster avec Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, les célèbres madeleines.

Le Centre-Val de Loire est devenu la première région européenne en matière de production de céréales. Le vieillissement de la population rend également la silver économie et ses services associés particulièrement prometteurs. D’ici 2030, la part des plus de 60 ans passera de 23 à 33% de l’ensemble de la population régionale.

Mais Alban Marché assure que les potentiels locaux ne s’exprimeront pleinement que « si les grandes orientations définies par la région servent de fil directeur ». L’affirmation du Centre-Val de Loire dans sa vocation nationale et européenne, l’identification de la région comme terre d’innovation dans la société de la connaissance, la promotion des éléments constitutifs de la qualité de vie locale, ainsi que la solidarité comme outil de cohésion régionale, forment les quatre piliers pour soutenir les nombreux projets.

Ajoutons à cela le tourisme, domaine dans lequel la région occupe les premiers rangs : la Loire et ses châteaux, la Sologne et sa nature accueillante, les différentes appellations viticoles ou le zoo de Beauval internationalement connu, qui a récemment fêté ses 35 ans, sont autant d’attraits divers et variés mis en valeur dans la région.

Terre de sciences

58 unités de production, 9300 emplois… Les chiffres du secteur pharmaceutique dans le Centre-Val de Loire témoignent de l’importance de la filière. Les dix dernières années ont été riches en restructurations, si bien que le territoire se distingue aujourd’hui par une forte activité de sous-traitance dans le domaine. Les activités de R&D ne sont pas non plus en reste. Les biomédicaments, une nouvelle génération de traitements dont la particularité est de faire appel à une source biologique pour constituer le principe actif, concentrent beaucoup d’investissements. « Ils représentent l’avenir. Plusieurs thématiques de recherche, comme les anticorps monoclonaux, font partie des priorités de développement dans la lignée de notre vaste projet Ambition 2020 qui vise à créer des pôles internationaux de recherche de référence », souligne Alban Marché.

Une feuille de route qui explique également l’essor des cosméto-sciences, articulées autour du pôle de compétitivité Cosmetic Valley. Celui-ci vise à regrouper les acteurs de la beauté et du bien-être et à apporter des réponses innovantes en la matière. « Les grands noms internationalement connus de la parfumerie comme Guerlain, Dior, Paco Rabanne, ou encore Lolita Lempicka, s’intéressent de près à nos travaux et ont bien compris l’intérêt que peut représenter la Cosmetic Valley pour la croissance de demain », confie Alban Marché.

La région fait également figure de spécialiste des enjeux relatifs à l’eau et aux milieux aquatiques, domaines pour lesquels le pôle de compétitivité Dream est un interlocuteur de référence. L’amélioration des performances de capteurs pour les suivis qualité, l’optimisation des procédés de décontamination ou encore la compréhension de la formation des polluants sont des préoccupations majeures. Pour y répondre au mieux, le projet Pivots (Plateformes d’innovation, de valorisation et d’optimisation technologique environnementales) a vu le jour. Il s’agit de six plateformes qui accueillent des acteurs régionaux spécialistes, aussi bien publics que privés, dans une optique de collaboration constructive. On y trouve le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le CNRS, l’INRA ou encore Antea Group, une société d’ingénierie et de conseil en environnement.

Bourges, la renaissance

La volonté de modernisation et l’orientation des savoir-faire vers des spécialisations d’avenir ont conduit la Communauté d’agglomération de Bourges Plus à redorer son blason. Elle brillait dans le passé par ses activités d’industrie mécanique et de défense. Elle compte désormais s’illustrer en plus par deux axes en fort développement : l’efficacité énergétique en matière d’immobilier et la prévention du risque au sens large (naturel, industriel…). « L’implantation récente de Recticel, un grand producteur d’isolants innovants pour le bâtiment, témoigne de cette tendance », indique Erik Bentz, chef de service au sein de Bourges Plus Développement. Dans le domaine de la maîtrise des risques, l’Institut national des sciences appliquées (INSA) Centre-Val de Loire propose désormais une formation spécifique. « Celle-ci a vocation à devenir la référence pour les ingénieurs de demain », mentionne Daniel Jadeau, chargé du développement économique au sein de Bourges Plus Développement.

Le potentiel local en termes de robotique et mécatronique a fait évoluer le tissu des entreprises et sous-traitants présents, l’offre universitaire, tant sur le plan de la formation que de la recherche, ainsi que les relations entre la sphère privée et le milieu académique. En témoigne la mise au point récente d’un système d’échographie à distance, fruit d’un travail collaboratif entre la société AdEchoTech et le laboratoire Prisme, hébergé sur le campus de l’IUT de Bourges. D’autres projets ont été menés conjointement en matière de robotique terrestre et embarquée avec la Direction générale de l’armement terrestre (DGAT).

Pour favoriser les échanges et les implantations, un grand complexe a vu le jour sur le site de Lahitolle. L’agglomération y propose aussi bien des services d’hôtellerie d’entreprises que d’incubateurs et de pépinières. Environ 1350 mètres carrés sont disponibles, découpés en lots de 80 mètres carrés de bureaux. A cette offre sont associés des espaces de 180 mètres carrés d’ateliers séparés. « Les sociétés à la recherche d’espaces pouvant accueillir des charges lourdes pour des productions spécifiques y trouvent donc aussi leur compte », explique Eric Bentz.

L’avenir énergétique comme priorité

Le pôle de compétitivité Sciences et Systèmes de l’énergie électrique (S2E2) est une autre structure qui attire l’attention des acteurs de la recherche, car il rejoint deux axes de spécialisation essentiels pour la région : les solutions en faveur de l’efficacité énergétique, et la conception de systèmes de stockage de l’énergie. Autour du géant STMicroelectronics implanté à Tours gravitent plus de 80 entreprises, une vingtaine de laboratoires de recherche, et cinq universités. « Le stockage de l’énergie figure parmi les programmes phares de ce secteur et mobilise un grand nombre d’experts », indique Alban Marché, directeur de l’industrie, des services et du développement international au sein de la région Centre.

Le projet Electrolyte, mené récemment par le laboratoire GREMI (Groupe de recherches sur l’énergétique des milieux ionisés) de l’Université d’Orléans, est un des symboles des orientations que prennent les recherches locales. Il vise à réaliser des cœurs de piles à combustible à oxyde solide par des procédés plasma et laser, afin d’obtenir un électrolyte de faible épaisseur. Celle-ci permet des utilisations à une température moins élevée que les systèmes traditionnels (700°C au lieu de 1000°C). Les piles qui en résultent trouvent leur application comme auxiliaires de puissance ou de secours. A l’heure où le stockage et l’autonomie sont encore des freins importants à l’essor de certains systèmes énergétiques, ce projet concentre beaucoup d’espoirs. D’innombrables applications peuvent en découler, notamment dans l’habitat ou dans des locaux professionnels.

L’Université d’Orléans, et en particulier son Institut Prisme (Institut Pluridisciplinaire de recherche en ingénierie des systèmes, mécanique et énergétique), attire également les regards. Des axes de recherche déterminants pour l’avenir y sont déployés, notamment dans l’intégration des biocarburants de deuxième génération (biogaz, bioalcools) et leur potentiel intéressant pour améliorer les nouveaux types de motorisation. L’amélioration de la rentabilité de gisements éoliens par des études ciblées est un autre fer de lance de l’organisation.

Les élastomères au cœur des spécialisations

Dans l’esprit de tout un chacun, la filière industrielle des caoutchoucs n’est pas vraiment associée aux innovations majeures du 21ème siècle. Et pourtant. Cette spécialisation de la région opère depuis quelques années un virage à 180 degrés pour orienter son savoir-faire vers les attentes du futur. Des chercheurs ont localement mis au point des actionneurs polymères à base de caoutchouc nitrile et d’un polymère conducteur électronique. Une combinaison qui rend le matériau stimulable électriquement sous faible tension. En clair, la trouvaille signifie que ces actionneurs, qui développent alors des mouvements en flexion ainsi que des phénomènes de rétractation, peuvent être considérés comme des précurseurs de muscles artificiels. « C’est une perspective extrêmement prometteuse à laquelle nous serons très attentifs au cours des années à venir », souligne Olivier Gille, directeur opérationnel du pôle Elastopôle.

Ce pôle de compétitivité local est aujourd’hui au carrefour de nombreuses attentes. Il pilote une trentaine de projets de recherche mobilisant grands groupes, PME, laboratoires publics et privés. Ces programmes représentent 55 millions d’euros au total. « La recherche d’alternatives comme la fabrication de caoutchoucs à partir de matières végétales forme un axe futur de recherche important », indique Olivier Gille. Le projet récent Thermel est un exemple caractéristique de la nouvelle donne et des espoirs qui sont placés dans ces développements. Il vise à produire une solution logicielle de simulation et d’optimisation pour les industriels, capable de déterminer la juste énergie nécessaire dans le procédé de vulcanisation (processus de cuisson) des élastomères. Il n’existe pas de modèle de prédiction fiable à l’heure actuelle pour déterminer le bon compromis temps/température nécessaire à ce type d’opération. Une raison qui a motivé ce projet précieux pour bon nombre d’entreprises. A noter que les élastomères ou caoutchoucs sont présent dans des produits aussi variés que les gants, les préservatifs, les chaussures, les équipements de sport, ou encore des équipements industriels, médicaux. Avec environ 4000 salariés oeuvrant dans ce domaine, la région Centre-Val de Loire est actuellement le premier employeur du secteur du caoutchouc industriel.

Nœud de réseaux

Lieu de passage entre le nord et le sud de l’Europe, proximité de Paris et de ses aéroports internationaux, accès aisé vers les ports du Havre, de la Rochelle et de Nantes-Saint Nazaire… Grâce à sa position géographique synonyme d’atout, la région est devenue la pierre angulaire du secteur Logistique et Transports. Une filière qui pèse d’autant plus lourd dans la balance commerciale que le territoire est lui-même fortement consommateur de services logistiques, en raison des besoins d’industries très ancrées comme la pharmacie, l’agroalimentaire, la sous-traitance aéronautique. Depuis 2009, on dénombre par dizaines les projets d’investissement dans le domaine (créations, reprises, extensions de sites) avec à la clé plus d’un millier d’emplois créés. Le géant du e-commerce Amazon, présent depuis 2007 à Saran, dans le Loiret, joue bien sûr un rôle central avec son immense plateforme entreposant des millions de références produits. Avec les technologies RFID, les nouvelles générations d’ERP, les stratégies innovantes actuellement déployées dans les centres logistiques font aujourd’hui évoluer les pratiques et les rentabilités.

Matthieu Neu

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